C’est comme on dit…

Voici venu le temps de me retirer de ce beau projet, cette belle expérience que fut pour moi Force de frappes.

Comme mes collègues l’ont si bien exprimés, je n’aurai pas grand chose à ajouter sauf ceci ;

Merci!

À bientôt, car même si une période s’achève, ce n’est pas la fin de tout…

François (Efpé) Parenteau

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D’la marde…

C’est pas vrai que la vie c’est de la marde! Par contre, ça peut faire dur des grands bouts! C’est un peu ce qui m’arrive, et je commence à en avoir plein mon casque!

Le grand et bon créateur m’a pourvu d’une résistance à l’adversité qui frise le ridicule, qui franchement sort de l’entendement.

Sauf que ça va pas mieux! De jour en jour, on dirait même que ça empire.

C’en est insultant! Pas pour me plaindre, mais moi ma vie c’est l’boutte de la marde, pas juste une journée comme l’autre greluche qui s’accompagne de sa…

La patate…

Je ne sais pas pourquoi, mais je suis encore célibataire.  J’ai pourtant essayé de rencontrer des femmes. Des jeunes, des jolies, des moins jeunes, des moins jolies…

On dirait qu’à chaque fois, elles devinent le mal dont je suis atteint. Est-ce que je me tortille trop sur ma chaise? Est-ce qu’elles devinent ce que je traîne dans ma poche en permanence?

Savent-elles que lorsqu’on a des hémorroïdes, on peut aider à les combattre avec un vieux truc qui date de la nuit des temps. Il faut mettre une petite pomme de terre ronde dans sa poche et la conserver ainsi plusieurs semaines.

On ne sait pas pourquoi mais ça marche…

Sauf avec les femmes!

 

*Source inestimable de savoir ancestral, voici un endroit à visiter!*

http://www.trucsdegrandmere.com/liste.html

 

Les sons de vie, à Cicatrice

La nuit fut courte et mouvementée. Malgré ma grande fatigue, je fus tiraillé par mes pensées resurgissant entre les phases de mon sommeil, m’empêchant de profiter pleinement de mon repos. Dans un terrible mélange de souvenirs, de rêves, de vagues impressions et d’émotions, les heures passèrent, mais pas ma fatigue. Au petit matin, lorsque j’en eu assez de tourner en rond et de courir après un sommeil qui ne revenait plus, je décidai de me lever et commençai ma journée.

Mon employeur m’avait envoyé dans ce petit bled pour y recenser les enfants en âge d’aller à l’école. Un client à lui avait trouvé que d’implanter une commission scolaire dans un trou perdu au bout du monde pouvait s’avérer une bonne idée, et voulait savoir si le projet était viable, donc si clients potentiels il y avait.

Après m’être rasé, habillé et avoir sommairement replacé les couvertures sur mon lit, je partis en quête d’un quelconque petit déjeuner à me mettre sous la dent. Au rez-de-chaussée, je ne vis personne. « La masse » n’y était pas. Par contre, une odeur divine montait à mes narines et d’une pièce à l’arrière du bar-comptoir, me parvenaient des bruits de chaudrons de casseroles et d’autres ustensiles de musique culinaire s’entrechoquant. Et de ces sons s’échappait une sainte odeur de bacon, d’œufs, de café et de rôties. Ô douce mélodie olfactive ! J’appelai…

            « Hello ?! »

Une petite voix se fit entendre :

            « Un instant, j’arrive ! »

Et comme de fait, un instant plus tard, une femme entre deux âges apparut dans le cadrage de porte, derrière le comptoir et derrière sa spatule et son tablier. Je devinai qu’elle devait être la femme de la masse, donc d’Adipeux.

Aucune demande ne fut réellement requise de ma part. Elle me fit signe de m’asseoir, ce que je fis, et elle retourna en cuisine. Au son des chaudrons se mêlait maintenant mots grognés et mélodie gutturale que j’eu toute la misère du monde à déchiffrer. En fait, je ne compris que quelques mots parlants de faim, d’os et de bouillon. Allez-donc savoir !

Comme une tornade, la femme vint me servir une assiette bien remplie, une tasse de café brûlant toute aussi remplie et un sourire sans dents qui me rendit quelque peu mal à l’aise. Lorsque je vis qu’elle semblait attendre de voir si j’appréciais sa cuisine avant de retourner à ses occupations, je la gratifiai d’un immense sourire à mon tour, espérant ne point attiser de colère ou de jalousie de sa part face à ma superbe dentition. J’enfournai une énorme pelletée d’œufs brouillés et levai le pouce bien haut en roulant des yeux pour lui signifier mon contentement. Heureuse, elle repartit et s’arrêta pour noter quelque chose dans le grand registre sur le coin du comptoir, avant de retourner à sa mélopée de cuisine. Probablement un ajout sur ma note à régler avant de quitter. Je mangeai avec appétit. Avant de quitter, bien repu et éructant de joie, je la remerciai et sortit avec un petit calepin et un stylo, bien décidai de mener à bien la tâche qui m’incombait, à savoir le recensement des marmots du voisinage.

De jour, l’artère principale, bien petite veinule comparée à la « main » de certaines villes, avait un aspect moins repoussant qu’à la noirceur du soir ou de la nuit. Il y avait un peu plus d’action, quoique les gens n’aient pas vraiment plus d’énergie. Un village de zombies restera un village de zombies ! Aucun mouvement rapide, pas de bruits ni de discussions animées. J’allai au hasard de cabane en cabane, je cognai à plusieurs portes fermées, qui le restèrent. J’essayai de poser une ou deux questions aux passants, mais je ne réussis qu’à obtenir grognements et haussements d’épaules. Au bout de la rue, un jeune homme d’aspect presque normal, vendait des fruits et des légumes, étalés sur une simple table en bois. Il cachait en partie son visage derrière ses mains déjà vieilles qui tenaient un harmonica dans laquelle il soufflait toujours la même note, à la même cadence. Quand il me vit approcher, il me fit un petit signe de la tête, en mettant un petit trémolo dans son souffle. Je choisis quelques fruits pour mon repas du midi qui approchait, comme mon estomac s’efforçait de me le faire remarquer. Je payai et lui demandai ensuite son nom. Il me répondit, à mon grand désarroi, sans même décoller ses lèvres de son instrument et en expirant :

            « Aweillalbert ! »

J’en fus sidéré ! Comment avait-il pu me répondre au travers sa damnée bébelle sans pour autant  changer la note qui en sortait, ou si peu ? Son nom lui-même ne me surprit guère, déduisant facilement que le quotient intellectuel de la population devait y être pour quelque chose. Je me ressaisis et lui demandai son âge :

         « Huitpasplus ! » qu’il me répondit, encore une fois tout de go, tout d’une même note soufflée, presque crachée. Je notai dans mon calepin, Albert – 8 ans. Je le remerciai et le laissai à son auditoire végétatif.

Je me mis ensuite à la recherche d’un endroit tranquille afin de prendre le temps de mettre mes notes en ordre, et aussi manger un peu. Au bout de la rue principale, on pouvait apercevoir les champs environnants et le ciel bleu, avec quelques petits nuages blanc cotonneux ainsi qu’un petit bosquet d’arbrisseaux. Je m’y dirigeai, et au fur et à mesure que je progressais je pouvais entendre une douce mélodie. Ne sachant pas à prime abord d’où elle venait, je pris la peine de tendre l’oreille et m’orientai dans sa direction lorsque je crus l’avoir repéré. Trébuchant sur les sillons de terre labourée, j’avançai et arrivai à un grand trou dans le sol, à peine recouvert par deux planches et quelques pousses de blé négligemment jetées sur les planches. Ni camouflé, ni bouché, juste inquiétant. La musique, qui aurait pu être de la flûte de pan, de l’ocarina ou encore de l’accordéon tant l’écho en distordait l’essence et les planches en étouffaient la clarté, venait bien d’en bas. Il y avait quelqu’un dans ce trou ! Je dégageai du mieux qu’il me fut possible le trou, en écartant les planches, tout en laissant savoir ma présence et mon désir d’aider.

           « Hello ? Vous avez besoin d’aide ? »

Lorsque j’eus assez d’espace pour voir plus creux, je m’approchai de la bordure et jetai un coup d’œil au fond. C’était un vieux puits vertical, humide, sombre et profond. Les parois était en pierre des champs, suintantes et fleurant la terre après la pluie. Je regardai autour de moi en quête d’une corde, d’une chaîne, d’une échelle, d’un camion de pompier… Rien, évidemment ! C’est alors que je vis Albert, qui m’avait suivi. Il s’approchait de moi. Je lui demandai d’aller chercher de l’aide, lui dit qu’il y avait quelqu’un de pris dans ce trou, lui demandai de rapporter une corde… Il me regardait avec une expression de totale incrédulité, à moins que ce ne fût qu’un peu de crétinisme avancé. Il s’approcha du trou et regarda un moment en bas. En se retournant vers moi, il me fit signe d’écouter, en lâchant son harmonica et en mettant sa main derrière son oreille, tête penché de coté pour mieux entendre. Je m’approchai encore et penchai aussi la tête pour essayer de distinguer ce qu’il avait pu entendre de plus que moi. J’entendit alors, venant de la ville, quelqu’un crier :

           « Aweillalbert ! »

Albert souffla très fort dans l’harmonica qu’il venait de remettre dans sa bouche, et me poussa en même temps !  Surpris par sa manœuvre incongrue autant que par le grognement de bête sauvage qu’il produisit, je perdis pied. Entraîné par le poids de ma chute, je tombai d’accord pour perdre l’équilibre. Et dans l’humide obscurité, je fus précipité. La chute fut assez courte, mais le choc brutal. Je me sentis envahi par les ténèbres, le doute et la douleur. Avant de perdre conscience, je compris que je venais de m’empaler sur quelque pieu, sur quelque branche tout au fond du puits. J’entendis à peine le souffle d’Albert qui répétait inlassablement :

            « Neufpasplus ! Neufpasplus ! »

À mon réveil, en sueur, en panique et en colère, je répondit au téléphone, essoufflé. Mon employeur ne dut pas trop comprendre lorsque je l’envoyai sur les roses après qu’il m’eut proposé une nouvelle affectation, dans un petit bled perdu…

Cicatrice, la nuit.

Cicatrice était une petite bourgade dans le nord reculé, perdue dans le fin fond du trou de cul de l’univers. Même en été, il y faisait toujours frais, et je ne suis pas certain que les canards sachent comment s’y rendre… Elle devait son nom à sa situation géographique. Située au fond d’une vallée peu profonde, allongée et serpentant entre deux rangées de montagnes, c’était le seul endroit habité à plusieurs centaines de kilomètres à la ronde.

Tout, dans cette vallée, avait des couleurs chaudes, malgré le froid qui y régnait. Les arbres avaient des feuilles jaunes, oranges et rouges à longueur d’année, comme si l’automne en avait fait son quartier général. La terre y avait une teinte rosée, rougeâtre, presque délavée, quasi organique… Une petite rivière, (ou un gros ruisseau, c’est selon !) y circulait en délimitant les parties est et ouest de la vallée qui montaient de chaque cotés vers le flanc des montagnes. L’eau de ce ruisseau était légèrement teintée par le sable et la fine rocaille rose et rouge qui en composait le lit. Vu d’en haut tout ce paysage aurait fortement pu faire penser à un canard égaré que la terre avait été blessée, et qu’il en contemplait la cicatrice zigzaguant au milieu de cette contrée désolée.

Les habitants de Cicatrice étaient, selon les dires de mon employeur, des laissés pour compte, des arriérés, des rebuts de la société. Quelques vieillards impotents, ou en bonne voie de le devenir, aux dents fuyantes et noircies par la chique de tabac, passe-temps local assez prisé… Il y avait bien quelques enfants qui, sans grand espoir de recevoir une éducation digne de ce nom, apprenaient du mieux qu’ils pouvaient l’art de survivre dans la rue. Évidemment, le taux de consanguinité étant assez élevé à Cicatrice, ces enfants avaient diverses déformations congénitales, ou encore de sérieuses tares génétiques les pourvoyant d’une intelligence défectueuse, lorsque présente. Certains parmi les plus atteints avaient les déformations et l’absence de l’intellect…

C’est un peu ce qui m’amenait à Cicatrice.

Après plusieurs heures de vol pour me rendre au dernier aéroport en état de recevoir le petit tape-cul qui me trimbalait depuis la dernière ville digne de ce nom, je dus me coltiner quelques centaines de kilomètres sur un chemin sinueux, fait de gravier et de poussière, troué comme un gruyère. À croire que ce coin de pays, lire ici de tapis, était l’endroit où quelque géant venait mettre sa poussière lorsqu’il passait le balai ! Le conducteur du Grand Cherokee, Apache local d’adoption et bon samaritain à 200$, avait essayé de me dissuader de me rendre dans ce trou perdu et je compris pourquoi en arrivant, juste un peu avant la nuit, à Cicatrice.

Avec ses vieilles maisons délabrées de chaque coté de ce qui ressemblait le plus à une rue principale, ce petit bled avait des allures de ville abandonnée oubliée par le temps, les hommes et les fantômes aussi. Une ville comme on en voit tant dans certains westerns de série S, pour spaghettis… Aussitôt descendu de la camionnette, une forte odeur me prit le nez et les poumons en otages. Un mélange d’urine, d’excréments, de vidanges et de putréfaction montait du sol en grande partie recouvert de boue et d’immondices méconnaissables. Comme seuls signes de vie, je pus distinguer quelques lueurs vacillantes derrière certaines fenêtres aux vitres sales et aux rideaux déchirés. Ces lueurs, je le devinai, provenaient de chandelles, seule source d’éclairage possible dans ce lieu hors du temps sans confort ni modernisme apparent. Je ne pris même pas la peine de voir si mon téléphone cellulaire captait autre chose qu’un rhume en fait de signal.

Mon guide me mena à la petite bâtisse servant à la fois de magasin général, de restaurant et de bar, où l’on trouvait aussi quelques chambres à l’étage. Il me dit qu’il souhaitait qu’il y reste un lit de disponible, « car personne ne voudrait dormir à la belle étoile, ici à Cicatrice ». Une fois à l’intérieur, il se dirigea vers le bar-comptoir et fit un signe de la main à la masse adipeuse se tenant derrière. Homme ou femme, bien embêté que j’aurais été de deviner ! Guide expliqua à Adipeux (se) que j’avais besoin d’une chambre, revint vers moi pour me présenter et me faire remplir une fiche d’inscription à 50$ la nuit. La masse grogna et me tendit une simple clé portant le numéro 3, marqué au feutre gras. Mon guide me salua et en prenant congé sans se retourner, me dit qu’il serait de retour dans deux jours comme convenu, à midi.

Seul au monde dans un milieu hostile, ou n’ayant à tout le moins rien de rassurant, j’allai vers le bar pour demander une bière, histoire de me détendre un peu. Devant l’air ahuri du (de la ?) tenancier (ère) à qui je venais de faire ma demande, je me mis à faire ce que je croyais être des signes assez faciles à comprendre pour mimer l’implication entre une bouteille de bière et ma bouche. Finalement, devant son mutisme total, je lui pointai du doigt une bouteille vide et crasseuse trainant derrière lui (ou elle !), près des verres sales. Son visage s’illumina, et quelques secondes plus tard, j’avais la bouteille vide devant moi. « Un-zéro pour toi, chose ! » me dis-je en montant à ma chambre, la bouteille à la main et le sourire aux lèvres en pensant aux multiples interrogations qui feraient de la fin de sa soirée un enfer de questionnement à savoir ce que j’allais bien pouvoir en faire, de cette fichue bouteille !

Rendu à ma chambre, propre comme je n’en avais point l’espoir, je m’étalai de tout mon long sans même prendre la peine de défaire le lit ou d’enlever autre chose que mes chaussures. J’étais fourbu, et si je me fiais à mes premières impressions quant à la facilité de communiquer avec la faune locale, ma journée de demain ne serait certainement pas de tout repos non plus. Je m’endormis presqu’aussitôt.

C’était ma première nuit à Cicatrice.

à suivre…

Tabarnouche !

Mon voisin est un monstre. Il n’est pas un, ils sont plusieurs. Démons du bruit arrivés en mai dernier, ils cognent, piochent, crient… Ils m’énervent !

Dans les murs, sur le toit, dans la ruelle, partout ils dérangent. Que ce soit avec des commentaires scabreux sur les jolies passantes ou encore de la façon désinvolte avec laquelle ils jettent leurs ordures un peu partout, le respect n’a pas du tout l’air de faire partie de leurs habitudes de vie.

Mes voisins, ceux de gauche, sont une bande de morrons de la construction qui chaque jour essaient de faire croire au promoteur qui les engage (Amarouche son nom, qu’il m’a dit une fois !), qu’ils font tout en leur pouvoir pour avancer l’érection du magnifique condo trois étages qui me pourrit la vie depuis le début de l’été.

Vivement la fin des travaux, que j’aie enfin de vrais voisins !

T’en fais pas!

Voilà, c’est aujourd’hui qu’était supposé être le plus beau jour de sa vie. Sans trop savoir quoi, elle s’était levée avec un drôle de pressentiment, une mauvaise impression.

Le (futur) mari allait bien, quoique encore amoché de son enterrement de vie de garçon de la veille. Sa sœur, sa mère et sa meilleure amie étaient là, prêtes pour l’aider dans les derniers préparatifs. Son père avait tenu à tout payer car voyez-vous « C’est pas tout les jours qu’un père marie son bébé »!

La robe, le traiteur, les musiciens, le bar, les décorations… Tout était parfait! Et pourtant…

*

En se levant, après une relativement bonne nuit, elle s’était cognée l’orteil sur le coin d’un meuble en allant à la salle de bain. Le petit orteil. Oh! Quelle douleur atroce, qui vous prend au cœur et vous enlève tout vos moyens pendant quelques secondes et vous torture pendant plusieurs minutes ensuite. Ce fut le premier souvenir qui lui vint à l’esprit :

C’est l’été, le matin, ell a huit ans, presque. Au chalet, elle vient de terminer son goûter. Elle a hâte d’aller rejoindre ses amies pour jouer. Elle court, juge mal les distances et crac! L’orteil sur une patte de table. Souffrance horrible, pleurs multiples.

C’est alors que sa tante lui avait dit en la consolant : « Ben voyons ma pinotte, fais-toi en pas, de toute façon, tu t’en rappelleras plus le jour de tes noces! »

« C’est raté Pauline, je me souviens! » avait-elle maugrée en vidant sa vessie et massant son orteil endolori.

Un peu plus tard, lorsque la faim lui avait prit les tripes, elle s’était préparé des rôties et du café. Celui-ci, trop chaud, lui avait brûlé la langue et la croûte des rôties, trop dure, lui avait écorché le palais. Bref : Douleurs!

Comme le jour ou sa grand-mère adorée lui avait préparé des beignets maison. Elle en avait piqué un de sa fourchette et se l’était carrément enfourné dans la bouche, avec pour résultat qu’elle s’était brûlée les lèvres et la langue assez cruellement. Elle avait eu la bouche en feu pendant deux jours, elle avait eu des cloches aux lèvres et ensuite des galles pendant plus d’une semaine. Souffrance horrible, pleurs multiples.

Et sa grand-maman lui disant : « Voyons ma cocotte, faut faire attention, c’est chaud! C’est pas grave tu vas voir. Tu t’en ressentiras plus le jour de ton mariage! »

« Oui Grand-Maman, je m’en ressens encore en y pensant! Ouch! » avait-elle pensé en prenant une autre gorgée de café brûlant.

*

Pendant toute la journée, à tout moment, lui revenait des souvenirs qu’on lui avait dit qu’elle n’aurait plus en cette journée de mariage. Que ce soit une poignée de porte dans le creux avant de la hanche, le pincement d’une aiguille à coudre, l’ongle cassé, la langue mordue, la coupure d’une feuille de papier… Même l’haleine du (futur) mari lui rappela un certain lendemain de veille assez pénible.

Malgré tout ce fut une belle cérémonie et le soir, en se couchant vannée et meurtrie de partout et de toujours, physiquement comme dans ses souvenirs, elle s’endormit en souhaitant que le lendemain, tout serait vraiment oublié…