Enfin de retour

De retour, à tantôt,
C’est mon tour à présent
De vouloir te revoir
Et c’est long les saisons

Dans l’attente du moment
De bonheur que j’ai chaud
Et de tard qui me gèle
L’entre deux sera mieux

De retour ton ardeur
Me frissonne tout autour
Renouveau dans mon cœur
Je dégoutte sans pudeur

Et quand vient le beau temps
Souffles torrides et collantes caresses
Canicule de juillet
Je maigris de tendresse

C’est l’été et c’est chaud
Éternel insatisfait, demain je voudrai
Que le temps à nouveau
Revienne à la normale…

Bon retour à tous!

La grange

À l’âge de 13 ans, ma famille et moi sommes déménagés de Montréal à St-Édouard, petit village en banlieue de Napierville, banlieue de Laprairie, sur la rive-sud donc banlieue de Montréal! Petit hameau de quelques centaines d’habitants, des vrais… On avait loué une grosse maison verte sur le bord de la route, à l’entrée du village… On en a perdu des chats et des chiens sur cette route où les camions poids-lourds roulaient à tombeau ouvert. À l’arrière, deux granges, quelques pommiers, des champs et au loin, une porcherie.

Une de ces deux granges tenait encore debout, et avec mes amis et voisins, on en a aménagé une partie pour avoir, à défaut d’une cabane dans le bois ou dans un arbre, un endroit pour jouer. On avait enlevé les vieux trucs qui s’y trouvaient, balayé, frotté, nettoyé du mieux que l’on pouvait pour se faire un local, un genre de « club privé ». J’avais même déniché, je ne sais plus trop où, de petites épinglettes en forme de cornichons pour nous identifier comme membre de ce club ô combien select! Et on le portait fièrement les soirs et les week-ends, ce pickle! On ne pouvait se présenter au club si on ne l’avait pas épinglé sur soi, c’était la règle!

Dans ce club, il y avait Michel et France, sa plus jeune sœur. Je crois bien qu’elle avait un œil sur moi, maintenant que j’y repense! Moi aussi j’avais une sœur, mais je crois que je ne voulais pas qu’elle fasse partie de notre gang. Quand même! Ma sœur!

Faire de cet endroit une place de jeu fut pour moi un moyen d’exorciser un triste évènement qui s’y était produit dans les quelques jours suivants notre arrivée de Montréal. J’étais allé y jouer, en bon explorateur citadin, et j’y avais trouvé un genre de bidon de peinture avec un gros pinceau planté dedans. La mixture était épaisse, et dans ma tête d’enfant, cela aurait très bien servi de couvre plancher… Alors j’en avais étendu dans un coin, pour la laisser sécher et voir le résultat final plus tard. Je prévoyais déjà, si l’effet était satisfaisant, m’en servir pour les futures rénovations de cet endroit que je m’était déjà mentalement approprié… Quelques jours plus tard, j’y suis revenu et j’y ai trouvé Poussinnette, notre amour de vieille chatte qui était disparue depuis la veille, morte collée dans la flaque de cette glu épaisse qui était en réalité du goudron…

Le temps a passé, mes amis et moi sommes passés à d’autres jeux, dans d’autres granges… La nôtre à été rénovée par ma mère pour y accueillir une famille de six chèvres, et plus tard quinze poules et un coq qui me détestait…

Le temps passe encore, et je me souviens de cette époque où j’avais treize ans, une vie pas trop compliquée et somme toute assez joyeuse.

Voici une photo de moi et de ma sœur Élise avec Fanny, une des victimes de la route, à St-Édouard… Derrière? La grange!

Élise, Fanny et moi, 1983

Psychobilly

On en a tellement fait ensemble!

Son souffle me fait vivre;

Il expire et je vibre,

Il inspire et je tremble…

 

On en a vu du pays!

De Ste-Agathe à Paris,

En passant par les plaines

d’Abraham et Moscou…

 

On en a festivé un coup!

De Tremblant, et de Jazz, de partout…

 

On en a côtoyé des grands!

De BB King à Léo Ferré,

En passant par Bigras et Pagliaro,

John Lee Hooker et Muddy Waters…

 

Je me vante de son souffle,

De mes aigües et de mes graves,

De sa sueur, de sa bave…

De son Psychobilly,

Rock-Punk-Blues-et-Rap…

 

Il en a embrassé tant d’autres,

Je ne suis qu’une des milles!

C’est quand même quelque chose,

D’harmoniser avec Jim Zellers!

Reflux d’assommoir…

« – Comme je le disais, j’appartiens à la défense passive*. Et depuis 1935 en plus! »

Me voici donc en train de leur raconter ma vie. Elle est foutue cette vie. Quand tout sera dit, ils me pendront pour mon crime. Ils sont tous là à me regarder et à m’écouter. Le commissaire, les gendarmes, et même ce petit détective belge, rondouillard avec ses grosses moustaches et son front de crâneur… C’est à cause de lui que je me retrouve à raconter ma fin.

Ils sont venus me chopper à mon endroit de beuverie de prédilection : La gargote du père Pigeon. Ici l’absinthe est bien forte, et le client peut se la préparer à son goût, tranquillement. J’aime la place avec ses peintures d’œuvres du grand maître… Celui qui faisait plein de si beau Degas…

Et ce décor qui rappelle le temps de la guerre Franco-Prussienne, époque ou la « Fée verte des boulevards »  était si prisée par la bourgeoisie.

« – Pour qui sonne le glas?», ajouterait Hemingway s’il me voyait en ce moment même, abattu comme un mauvais Robert Jordan, maintenant que tout va mal, que j’aVal-de-Travers, Suisse comme Normand, Roman du berceau. Absinthe qui rend fou…

***

Rituel : Verser la liqueur à base de plantes dans un verre et dessus, déposer une cuillère trouée sur laquelle vous déposerez un morceau de sucre que vous ferez fondre en coulant presque au goutte à goutte l’eau destinée à diluer l’herbeux breuvage.

***

J’arrête de raconter. Je bois par petites gorgées mon dernier verre de « Bleue ». Le sucre goûte amer. C’est le carré que j’avais préparé au cas-où… Imbibé de strychnine, il suffisait de le diluer dans mon verre. Un vrai coup d’assommoir!

Alors que je me cale bien au fond de la banquette, ma vue se brouille et la douleur qui monte en moi me fait perdre toute notion avec la réalité. Je ne peux qu’entendre la vague agitation autour de ma table et surplombant le tout, cette vieille chanson… Ah! Ça non, qu’ils ne me pendront pas! Je vais m’endormir pour toujours, voici ma berceuse…

***

« Quelle est donc cette plainte
    Lourde comme un sanglot…

Entends-les qui se traînent
Les pendus de Verlaine
Les noyés de Rimbaud

Que la mort a figé
Aux eaux noires de la Seine. »

 


* Source : Agatha Christie, Oeuvres complètes. « Le flux et le reflux », p.10, 2ème phrase…

Dans l’ombre des patients

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Ils vont et déambulent sans trop avoir de but. Souvent d’un pas traînant  l’air hagard, abrutis par leur médication. Le filet de salive coulant du coin de la bouche, ou par-dessus leur lèvre inférieure pendante, ils marmonnent et conversent, mais rarement entre eux. Certains ne font que du sur place, fixant un point quelconque sur un mur ou au plafond. D’autres se recroquevillent dans un coin et essaient de faire taire les voix dans leur tête. L’air est lourd, les murs sont gris. Une odeur d’urine et d’excréments flotte en permanence dans l’espace clos qu’est cette aile de l’hôpital. À certains moments, l’un d’eux perd le contrôle, et se met à courir, à crier, à frapper. En général, il est maîtrisé assez rapidement par les infirmiers-matons, mais il arrive que ceux-ci soient débordés, surtout les soirs de pleine lune, par une hystérie collective qui se répand à la vitesse de l’éclair, un genre de désorganisation spontanée et générale. Une petite étincelle, et c’est la folie pure qui prend le dessus! Alors les infirmières arrivent en renforts avec leurs seringues. Il s’ensuit une catatonie quasi complète, tous redeviennent calmes et l’odeur d’urine un peu plus forte…

En général, nul ne me voit. Je suis tapi dans l’ombre et j’observe. Par contre, de temps à autre, l’un d’eux m’aperçoit, et souvent se met à hurler. Ceux-là reçoivent de plus fortes doses de tranquillisants. Je reste quand même avec eux. Je les suis, je m’amuse à leur dépends, un peu. J’aime étudier leurs manies, leurs tics, leur folie. Même que quand c’est trop tranquille, ou bien que les matons ne foutent rien de leurs dix doigts, je pince un patient, juste pour foutre le bordel, et je m’installe pour regarder le spectacle! Quand même, c’est mieux que de violenter des personnes âgées!

Je suis ce que certains appelleraient un esprit frappeur, et je m’amuse comme un fou, dans l’ombre des patients…

« Choose Life. Choose a job. Choose a career… »

« Je suis venu faire une demande pour mon certificat de naissance,
ça prend-tu un appointment? »

Je regarde le bonhomme, maudit que des fois je me dis que la vie est injuste… Je meurs d’envie de lui dire qu’avec ça au moins, il va pouvoir aller à l’école, ou se trouver une job, gagner son argent, se faire couper les cheveux… Se trouver une petite femme, lui faire des enfants, s’acheter une petite maison avec une ridicule clôture blanche, un gazon à couper le dimanche avec sa nouvelle tondeuse et si Dieu le veut, un p’tit christ de chien-rat avec les yeux de Jean-Luc Mongrain, à passer dans la souffleuse l’hiver d’après… « Choose Life » comme y disent à la fin d’un film British sur les méfaits de la drogue, ou de ses effets sur la société! (http://www.imdb.com/title/tt0117951/)

Finalement, j’ai pitié et je lui donne le formulaire à remplir, en trois copies… Juste pour faire sûr!

Des fois j’vous jure… Engagez-vous qu’ils disaient!

Massacre à quai

C’est arrivé, il y a quelques années… En automne que c’était. Les feuilles des arbres avaient pris de drôles de teintes, comme un vieux rouge brique et un jaune moutarde malade. Le ciel était laid. D’après la voisine du petit cousin de ma maîtresse de l’époque, c’était une mauvaise journée pour naître, même pour un canard!

Un homme était entré par effraction sur un vieux bateau converti en maison flottante, et y avait massacré toute la petite famille avec un pied de biche avant de les « dumper » sur le quai et de s’échapper avec le bateau.

Depuis ce temps, le bateau et la malade sont introuvable. Alors si vous vous promenez sur les quais, aux abords de n’importe quelle ville, prenez garde! On ne sait jamais…

La vaisselle de Noël

Bon… C’était bien bon tout ça, mais maintenant que tout est mangé et que seuls ne restent les vestiges de cette soirée, il faut ramasser. J’aurais du y penser hier soir, mais j’étais un peu trop paqueté pour m’y mettre!

Vider les assiettes des restants de peau et d’os de dinde, les quelques morceaux de feuilles de laitues, les oignons ici, les champignons là… La dernière bouchée de farce ou de purée de pommes de terre se détrempant dans les vapeurs de vinaigrette césar. La poubelle aussi va manger gras cette année!

Les miettes de pains, de gâteau aux fruits, les verres de vin séché, les taches de sauces diverses, pour la fondue, la dinde trop sèche et la petite huile-vinaigre balsamique pour le Ciabatta, sur la nappe, la table les chaises et même par terre… C’est le foutoir dans ma cuisine! Et encore, je ne parle pas de la pile de plats ayant servis à faire cuire, réchauffer, transvider, séparer… Les ustensiles collés, les louches rendues très louches et les cuillères spatules et autres malins instruments ayant servi à triturer la boustifaille. Le tout s’empilant sur mon comptoir, près de l’évier. Sur la table sont restés les pots de condiments les beurres, (régulier, à l’ail, demi-sel) et la maudite margarine qui essaie de revendiquer sa place! Les fonds de tasses de cafés, avec ou sans alcool, les thés, les tisanes, les jus, le lait… Il ne reste plus un verre ni une tasse de propre!

Ah! Mais ce fut vraiment une belle soirée! Avant que Roger insulte Rita, qui pourtant n’avait que renversé sa deuxième coupe de vin, la première sur la table, et celle-ci sur l’entre-jambe de Roger. Probablement que si elle avait voulu le nettoyer en frottant, il aurait moins crié… L’alcool aidant, les premiers plats furent repoussé devant les coudes levés bien haut. Les premières cigarettes écrasées dans les bols de soupes, pas tous vidés.

Ensuite ce sont les enfants de Pierre et Ginette qui couraient partout qui ont commencé à taper sur les nerfs de tout le monde. Les petits sacripants avaient commencé à faire des leurs en réalisant que le chat et le chien furetaient sous la table pendant le repas. Alors en douce, ils avaient gavés les deux bestiaux de tout ce qui leur tombait sous la main. Je trouvais ça curieux que deux jeunes gamins d’au plus 100 livres à deux puissent manger autant! J’ai compris quand le chien à répandu le contenu de son estomac sur les manteaux de la visite, disposés sur notre lit, en courant après l’ostie d’chat qui lui pensait s’en sauver sous les fourrures…

Alors en plus d’une note salée de nettoyeur, d’une soirée de fou et d’un mal de crane de lendemain de veille, il faut que je me tape toute cette vaisselle… « Et plus vite que ça, on reçoit ce soir, des amis du travail », que vient de me confirmer ma douce qui elle, repart avec ma carte de crédit pour aller faire des achats de dernière minute… C’est certain, on est le 26 décembre, après tout c’est le boxing day!

Et dire que la semaine prochaine pour le jour de l’an, on recommence dans sa famille!

Aux enfants…

J’avais commencé à écrire l’histoire d’un petit sapin yukonnais qui aspirait à devenir célèbre, au moins pour une petite famille… Admiré, bichonné, décoré et adoré pendant le temps des fêtes, il aurait été le premier « cadeau » de la famille pour ce Noël…

J’y ai pensé pendant 2-3 jours, j’ai tranquillement commencé à l’écrire et puis Bang! C’est arrivé.

Il y a des évènements qui changent le cours d’une ou de plusieurs vies. Quand c’est un évènement heureux, ça va, tout baigne. La vie change, et elle continue, souvent pour le mieux. Mais quand ces évènements sont sordides, condamnables, malheureux, la vie change aussi mais souvent s’en trouve attristée, amoindrie, plus lourde, voire douloureuse. Ou bien elle cesse…

Un malade mental est libéré au Québec. Celui-là même qui tua ses deux enfants, de dizaines de coups de couteaux. Chirurgien… Deux jours plus tard, un autre débile tue vingt petits êtres innocents et sans défense dans leur école primaire, aux States… Une école primaire VIARGE!!! Je ne suis pas vraiment en mesure de continuer à écrire un conte de Noël, en sachant que pour au moins une vingtaine de familles, Noël ne sera plus jamais… Un cadeau!

Désolé, mais pour cette semaine, je passe mon tour.