Meilleur avant

Je l’ai purgé ma peine
À plus d’une reprise
Allez savoir pourquoi
Comme toute bonne chose
Le bonheur a une fin
«Meilleur avant»
Qu’ils disent

Dans le supermarché
des feelings
Tu peux tout prendre
Mais saches qu’à la caisse
Sur le gros spécial
Y’a une limite
De 1 par client

Donner la peine


Cloud ©Vik Muniz, 2001

À la table d’un buffet chinois
Toi d’un côté moi de l’autre
Une table si grande
Deux fuseaux horaires de long
Et que les plats défilent

Était-ce la friture qui créait autant d’interférence?
Ou tes souvenirs dans ce même restaurant
Qui avaient tachés le tapis à motifs floraux?
Des souvenirs aussi lourd
Qu’une fois imprimé Wikipedia

Parce que le vide ne comble rien
Changes le mal de place
Cours les marathons
Tombes donc en amour
Donne-toi la peine

Près d’une falaise
Dans les Laurentides
Une meute de loups
S’affairent
À guetter des moutons

Un banquet imaginaire
Autant de moutons
Ça se peut juste pas
Des pattes de loups
Trempent dans la salive

Après des heures
La meute est calme
Pu un son
Pas un os qui traîne
Rassasié? Si seulement…

Pas mort de faim
Mais pas loin
À force de compter les moutons
Ils se sont endormis

le luxe insulte la misère

J’ai entendu dire que les «roses» ont été nommé ainsi en l’honneur d’une chanson de Johnny Cash.

J’ai entendu dire que les musulmans ne mangent pas de porc parce qu’ils cachent leurs sous dedans.

J’ai entendu dire que le réchauffement climatique engendre des catastrophes naturelles.

J’ai entendu dire qu’on devrait tuer tous les pauvres parce qu’y’a pas assez de place sur la planète.

J’ai entendu dire que l’argent règle tous les problèmes, même si c’est cela même qui les a créé.

J’ai entendu dire que si t’es pauvres, t’as pas le droit d’avoir des opinions.

J’ai entendu dire qu’on va avoir besoin de renfort.

C’qui passe

Une éclipse sur ma rétine
Depuis ce jour marqué
Comme un bras dévoré
Par un loup ou un grizzly
Pu rien comme hier

Ce jour-là
Ma tête un oeuf de calibre gros
Sur le bord du bol fendu
Un 12 tronçonné
Sur la tempe
Nouveau destin dessiné

Une flaque de vouloir
Un soupçon d’espoir
Des tonnes de pas possible
Un char de déception

Pas vite. Toi non plus
Deux crevettes dans un marathon sous-marin
Comme le jaune, crevés
Pas la couleur de nos maillots

Courir? J’pense pas
Suivre le lapin blanc
S’il passe dans ma rue
Un matin d’printemps
Dans le blanc des yeux

Laurent

Laurent, Oh Laurent
J’r’pense à toi de temps en temps
Y’t’manquait une dent d’en avant
J’t’ai vu au bar du Cheval Blanc
Tellement beau c’était troublant
J’ai bu pour te voir double

Oooooooh Laurent!!!!!
Y’en avait pas deux comme toi

Laurent, Oh Laurent
Mes vendredis su’un p’tit banc
Tu spinnais des records de Ferland
C’tu moi ou ça duré deux ans?
Appelles ça d’l’acharnement
J’ai bu pour te voir double

Oooooooh Laurent!!!!!
Y’en avait pas deux comme toi

Laurent, Oh Laurent
Un bon madné t’as sacré l’camp
J’pense pour la Nouvelle-Orléans
Quand j’suis parti au Lac Saint-Jean
Ta photo su’l bord du divan
Pis j’bois pour te voir double

Oooooooh Laurent!!!!!
Y’en a pas deux comme toi

Bonjour. Je m’appelle Julie et je suis hypocondriaque.

Je souffre. Oh, que je souffre. Vous ne pouvez pas imaginer à quel point. On dirait que je n’ai pas un membre à la bonne place. La tête dans le cul, un poing au ventre, les pieds dans la bouche, le doigt dans l’oeil, le coeur sur la main; la liste est longue.

Ce soir au sous-sol de l’église Saint-Dominique, c’est notre meeting mensuel. Les hypocondriaques anonymes se donnent rendez-vous tous les premiers mercredis du mois. Moi, je suis sur mes derniers miles, je le sais. JE SUIS MOURANTE! Oh à petit feu mais tout de même; un éclat de verre peut anéantir une forêt, sans surveillance. Ne rien prendre à la légère. Surtout pas l’air; elle contient tant de bactéries. J’essaie d’arrêter, mais, parraîtrait-il que c’est plus difficile que d’arrêter la poudre.

En fait, je dis «notre meeting» mais je n’y suis jamais allé. Oh j’ai voulu, quelques fois, mais j’ai toujours mal au coeur, ce jour-là.

Solo

C’est être champion au bilboquet
Un inconnu comme voisin au cinéma
Un tête-à-tête avec ta main
Dans les traces de personne

C’est un bout de plastique comme amant
Un voilier sans vent
Une page sans crayon
Un lit beaucoup trop grand

+++

Tel un poisson triste
Remplira son bocal
Et s’en sortira peut-être
Seul