Rock Agonie

Ma Stratocaster sèche sur la corde à linge.

Souvenir de mon père en rockeur à pitons.

Mon chien a déserté sont collier de studs allemands et perd ses dents.

Mick Jagger fait de l’Alzheimer, est désormais satisfait mais ne reconnais plus Satan qui fait jouer de vieux vinyles en improvisant du air drum sur un solo de John Bonham.

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Branlette espagnole

Dernière nuit à Cadix. Le carnaval s’éteint.

Je discute avec les étoiles du ciel andalou sur la Plaza Candelaria

lorsqu’un Wisigoth qui fuit de la cafetière se ramène dans mon baldaquin.

Mon radar ne déchiffre pas les barrissements espagnols de ce radis en rut.

Mais le voilà qui me déballe le grand mât et,

tout en se faisant sécher les dents, s’étrangle le borgne avec acharnement.

D’un geste prompt à esquiver l’estocade,

j’évite de justesse la mousse de ce champagne cheap et me carapate à grandes

envolées, vers d’autres voûtes célestes.

 

Les poubelles de l’amour

Une poubelle trône à coté de ma porte. Je la regarde d’un sourire presque tendre. Les mouches tournoient de plus en plus nombreuses. Patiemment je la nourris. Hier d’un reste de cassoulet oublié dans le frigo, ce soir d’ossements de poulet au safran. Dans un excès de zèle j’ai aussi jeté un oreiller jauni, une vieille paire de bottes, un pot de fleurs mortes et un portrait de toi. Les asticots s’amuseront sans doute de mes tripes et ventricules et, pendant que des effluves enroberont ton souvenir, j’attendrai patiemment le ronronnement du camion. Je sortirai alors dans la ruelle, mon sac poubelle à la main,  me précipiterai à pas véloces. L’éboueur balancera mon offrande dans son broyeur, me tirera par la main, relèvera ma jupe et me prendra contre la benne, me soufflant son langage salace et ordurier.

La révolte des mouettes

Le crépuscule descend comme une couverture diaphane jetée sur la ville. La nuit s’annonce douce. De petits groupes d’amies, des familles, des amoureux ont investi les parcs de Montréal. Au loin le son d’une mandoline se fait entendre entre nos anecdotes, nos rires et nos soupirs.

Je n’ai pas de chalet dans le nord ou dans le sud, ni Emma, ni JF ni Sébastian ni la plupart des gens qui procrastinent allègrement en cette fin de journée dominicale. On s’en fout, on se partage les espaces verdoyants de la cité dans le respect et la convivialité. Montréal nous sourit.

 

Mais voilà qu’ils débarquent avec leurs sales gueules et leurs gros sabots en piétinant les plates-bandes et les fleurs d’hibiscus. Ils sont quatre. Leurs voix de charognard émettent des grognements d’interdiction de se réjouir. Ils fouinent dans le restant de notre pique-nique; la carcasse du poulet rôti, le restant de salade de macaroni n’est qu’un faible alibi selon eux et pendant qu’un pignouf nous balance son pseudo règlement bidon par la tête, un autre mal dégrossi fait grincer son Bic sur un carnet de contravention. 150$ pour avoir osé déguster en plein air ce Pacherenc-du-vic-bilh dont le tiers de la bouteille se fait lentement renverser sur la pelouse par une grosse paluche porcine. C’est à ce moment précis, devant nos regards ahuris que la super Mouette avec son cri tel un rire strident, se vide les entrailles en bombardant d’une fiente bien juteuse, le gros nez du phacochère.

Ce matin, à la une du journal de Montréal on parle d’un complot. Des justicières ailées entravent par millier le travail honnête des policiers du SPVM. L’escouade GAMMA sera chargée de l’enquête.

La révolte semble commencée!

En attendant deux mains

Seule dans une pièce à l’éclairage tamisé, la tête dans le beigne de la table à massage, j’attends. Je pense à ce que la vie transporte d’absurdité. Cette musique censée me relaxer, cette odeur d’huile camphré qui me tombe sur le cœur. J’anticipe le plaisir de me faire cajoler les omoplates de sentir une pression sur ma colonne meurtrie. J’entends le bruit de la porte, quelques pas. J’ouvre les yeux pointés sur le sol, je vois les pieds de mon masseur et j’attends toujours. Le temps me parait long, la cassette rejoue les mêmes mélodies de flute de pan et de murmure de cascade. Les pieds n’ont pas bougés. À bout de patience, je relève doucement la tête et regarde l’homme devant moi, son visage concentré. Quelque chose cloche et je prends un moment pour me rendre compte qu’il est manchot.

Là où tu n’es pas

Je ne sais pas où je vais dormir, mes pas claquent dans cette ville lunaire. Les rares buissons me paraissent suspects, les oiseaux hurlent parfois comme des enfants de mai. Je continue de marcher sur des œufs dans cette nuit qui cligne de l’œil sur un deuxième cauchemar. Les ombres s’étirent et s’entrecroisent. Je n’ai pas un sou en poche. Tout s’est passé trop vite. La vie s’est fait pousser en bas du balcon et s’est brisée la clavicule.

Sur un coin tranchant, je bifurque vers le vent qui me boussole. Mon radar ratisse la faune bleutée. Aucun repère ne m’invite à fuir. Les bâtiments sont des géants qui me protègent. L’aube assoupie me déambule à rebourg.

 

Ce soir encore je choisi l’exil.

Je m’étalerai au bout du naufrage

face contre ciel

à en oublier ton prénom