Mea culpa

– Je m’excuse de n’avoir rien fait
– Je m’excuse de n’avoir rien dit
– Je m’excuse de ne pas être allée voter
– Je m’excuse de ne pas m’être tenue debout
– Je m’excuse d’avoir trouvé toutes sortes d’excuses
– Je m’excuse d’être restée assise, couchée, étendue, avachie, lasse
– Je m’excuse de n’avoir que des excuses à offrir
– Je m’excuse de n’avoir pas réfléchi assez longtemps, assez fort, assez intensément
– Je m’excuse de n’avoir pas écouté
– Je m’excuse d’avoir participé au saccage sous principe que j’aurais un bon salaire, une belle maison, une belle retraite
– Je m’excuse de m’être servie de toi comme prétexte pour tout le reste.
– Je m’excuse pour l’échec, l’inaction, la lâcheté, la couardise, la mesquinerie, l’appât du gain, la petitesse d’esprit et l’ignorance
– Je m’excuse pour la paresse

Mais ce n’est vraiment pas de ma faute.

Mes excuses les plus sincères.

Je n’ai rien pu faire.

C’est toujours ça de pris, non?

Force de la nature

File:Wave polished glass fragments from Guantanamo's Glass Beach.jpg

Il existe un endroit où, en l’espace d’un siècle, nous avons alternativement, jeté et ramassé  selon notre volonté.

La nature, a encore une fois corrigé l’une de nos erreurs.

La plage brille de mille feux.
On s’y rend pour ramasser, ces petits morceaux de verre poli.
Comme on s’y rendait pour jeter ce que l’on  ne voulait plus.

Au début du siècle précédent, les résidents du coin ont décidé d’utiliser cette plage comme décharge municipale.
Pendant plus de 60 ans on y a déversé, déchets, bouteilles, métal et même véhicules que l’on ne désirait plus.
Ensuite il est devenu interdit d’y jeter quoique ce soit. La plage, ou ce qu’il en restait a été laissée à elle-même.

La mer a cependant continué d’exister, et après des décennies d’érosion, les morceaux de verre abandonnés sont devenus de beaux petits cailloux.

Aujourd’hui la plage a été nettoyée des plus gros morceaux de métal restant. On s’y rend pour ramasser le verre poli. On veut s’en faire des bijoux, ou le garder en pot pour se remémorer la plage et une partie de nos vacances.

Mais on oublie peut-être le plus important, la force de la nature.

Donner la peine


Cloud ©Vik Muniz, 2001

À la table d’un buffet chinois
Toi d’un côté moi de l’autre
Une table si grande
Deux fuseaux horaires de long
Et que les plats défilent

Était-ce la friture qui créait autant d’interférence?
Ou tes souvenirs dans ce même restaurant
Qui avaient tachés le tapis à motifs floraux?
Des souvenirs aussi lourd
Qu’une fois imprimé Wikipedia

Parce que le vide ne comble rien
Changes le mal de place
Cours les marathons
Tombes donc en amour
Donne-toi la peine

Près d’une falaise
Dans les Laurentides
Une meute de loups
S’affairent
À guetter des moutons

Un banquet imaginaire
Autant de moutons
Ça se peut juste pas
Des pattes de loups
Trempent dans la salive

Après des heures
La meute est calme
Pu un son
Pas un os qui traîne
Rassasié? Si seulement…

Pas mort de faim
Mais pas loin
À force de compter les moutons
Ils se sont endormis

L’Oeuvre d’Art

On nous avait cordés en rang bien serré, d’abord le long du mur, puis ensuite par paire. Tout plein de petits uniformes identiques déambulaient dans ce parcours surprenant que constitue le Musée du Louvre. Une quarantaine de petits habits comme le mien, camouflant mal des petits corps âgés d’environ 8 ans.

Le professeur nous expliquait les œuvres et nous demandait de commenter.  Il y en avait tellement de tableaux, de sculptures, d’œuvres d’art que je ne savais plus où donner de la tête, ni des yeux. Il disait que son peintre préféré était Delacroix. Il s’arrêtait plus longtemps devant ses tableaux, faisait de grands mouvements avec ses bras et touchait souvent son cœur. Je regardais La Joconde, puis La Liberté guidant le peuple, puis mon professeur.

À la fin du parcours, il nous a demandé quel était notre tableau préféré. J’ai regardé tout autour d’un air affolé, puis par terre en regrettant déjà son regard qui allait bien finir par se planter dans le mien.
Mon tour est arrivé. Le temps s’est arrêté.
Je n’étais pas capable…  Je ne pouvais pas lui dire que mon œuvre d’art préférée, c’était lui.

 

Aujourd’hui, 20 ans plus tard, c’est dit. Je jette un coup d’œil  dans la garde-robe et remarque les vêtements qui y sont suspendus.  Des habits-cravate fades et ternes, en rang.

Sur la commode, une photo de mon mariage avec l’exécutif de la compagnie. Un sourire figé dans le temps, un sourire faux et sans amour vraiment.
Au mur est accrochée une réplique de La mort de Sardanapale.  Mon regard passe de la photo à la toile, à la  vitesse de l’éclair. Malgré l’argent et les beaux habits bien propres, malgré mon mari toujours prêt à me plaire, à me conquérir, je m’assois souvent au bord du lit et je pleure.

Pas que j’aurais voulu l’accrocher au mur, mon professeur, mais je n’ai jamais rien vu d’aussi beau. Pas même après toutes ces années.
Œuvre de chair dotée de cœur et de sang. Œuvre vivante. Œuvre changeante. Plus belle que toutes les autres accrochées dans mes souvenirs de petite fille. Plus beau que tous les traits de pinceaux de Delacroix.

Je pleure.
Parce que je n’ai jamais été capable de dire à mon professeur que c’était lui, mon œuvre d’art préférée.
Parce que je n’ai jamais aimé aucune autre œuvre d’art.
Je n’ai jamais aimé Delacroix.
Je n’ai jamais aimé aucun autre homme.
Aucun autre homme que mon professeur d’art.

 

Image: La Mort de Sardanapale – Eugène Delacroix

Couché là

Couché là je songe à Lui
Celui qui veille et qui porte
Il n’est pas humain
L’a peut-être déjà été
Ailleurs que dans les livres

Sa force attire les regards
Les fidèles et leurs prières
Moi je n’attire plus
Que pitié et vermine
Avec cette peau de misère

Ma vie comme lui me semble aussi
Tout en béton et en acier
Mes parents ivres ont disparus
Mes vrais amis…
Jamais connus

Mais avoir froid, ça je connais ça
Le goût de vomi, les fonds de vidanges
Trop-plein d’offenses – juste pour vous dire…
Des fois je n’ai même plus
Pitié de moi

Couché là je pense
Filer droit au sud
Vivre pour une fois
Le temps des récoltes
Manger tout mon saoul – à satiété

Depuis longtemps
J’ai une faim de tout
Mais plus de moi
Non, plus de ça
Demain alors je partirai

Avec la nuit

Photo de Champlain et de l’homme anonyme : Marc Rousseau

Anthropomorphisme

banc

Y’a le chef, en avant,
et y’a nous, en arrière.

Il nous crie des ordres
pour que ça fasse beau qu’il dit.

On fait ça pendant des heures,
mais ça change rien au fait d’avoir l’air d’une grosse baleine nerveuse.

J’ai compris que si je me plaçais au milieu du groupe,
le courant créé par les autres fournissait l’effort à ma place.

Des fois, quand je veux, j’ai pas de volonté.