Albert

Cé tu Albert qui crie pis qui nous fait des signaux d’la main là-bas !
Albert le «méné» !
Non !
R’garde d’l’aut’bord du lac – dans sa chaloupe – on dirait Albert !
Albert la «crapet» !
Non ! René ! Voyons !
J’sais pas – j’vois pas ! Alors j’devine !
Enwaye – mets tes lunettes pis dis-moé ki cé – cé tu Albert qui nous fait des signaux là-bas !
Attends !
Toé tu les as pas tes lunettes !
Non !
Haha !
Wais !
Quoi wais !
Wais cé Albert ?
Albert qui?
On dirait Albert l’«fatigant» !
Oh ! Ouache ! Ok !
Retire doucement tes lunettes René – pis on s’tourne doucement vers la rive – on pêche OK !
On dira qu’on l’a pas vu !
Wais !
Ok !
Tu veux tu une bière René !
Ok !

Bébert

Albert, c’est mon p’tit chat. Je l’aime plus que tout. Mon p’tit minou, il est doux et ronronne fort. Il me réconforte quand je suis triste, il joue avec moi quand je suis heureuse, il dort avec moi pour me réconforter ou pour me réchauffer durant les nuits froides d’hivers. Ensemble on rêve , on vogue dansla nuit comme sur un bateau.  Quand je l’appel des fois c’est par les sobriquets Al, Albi, ou Bébert, mais peut importe le nom que j’utilise il sait que c’est lui que j’appel. Albert, mon p’tit chaton il est gris et blanc avec le bout du nez rose, de grand yeux bleus gris et il me rend heureuse

E=mc2

Albertinou, mon chou !  Sais-tu que j’adore tes cheveux en broussaille … ta grosse moustache, ton air narquois … tes neurones en ébullition.

Avec toi je voguerais sur « les flots bleus de l’été » sur un radeau qui prend l’eau ou même dans la chaloupe de Pi avec ses amis !  Tu pourrais apporter ton violon.  J’apporterais les sandwiches.  Les « Jos Louis » aussi si tu veux … et un dictionnaire pour être sûr qu’on se comprenne …

Dis, mon petit génie, tu veux ?  C’est sûr que je me fie à « ta » loi de la relativité pour rendre tout ça possible … Je ne suis pas folle !  Je sais bien que dans mon monde tu es mort … Mais tout est possible … non ??? Allez dis ouiiiiiiii !

La cigogne et le loup de mer

Image

Ça faisait à peu près une semaine que j’étais arrivé à Antibes. J’avais la barbe longue, l’oeil hagard, le coeur lourd. Je n’arrivais pas à me résoudre à mettre fin à mon errance, qui durait maintenant depuis presque un mois. Elle n’avait toujours pas rappelé. Je l’avais déçue. Je l’avais trahie.

Je descendis le petit escalier de l’auberge et marchai un peu. Je croisai une jeune femme aux cheveux courts et aux yeux brillants, faisant son jogging. Ses cuisses fermes, dorées, puissantes captèrent mon oeil. Je la suivai du regard sur plusieurs mètres, en pensant à comment elles pourraient m’enserrer juste là, tout près, sur le sable. je trébuchai sur mon lacet. Dans ma tête, l’image fit un fondu de la joggeuse pour laisser place à une image floue de Marie en pleurs qui claque la porte. Soudainement, les cris des goélands résonnaient à mes oreilles comme mille et un rires moqueurs. J’entrai au Bar du Port. Il n’était même pas 10 heures.

-Bonjour, Albert.

Albert leva un sourcil et me jeta un coup d’oeil en marmonnant un « bonjour » bien grave.

-Café, s’il-vous-plaît.

-Cognac?

-Ouais… Oui, surtout.

Albert eut un petit ricanement étouffé en baissant les yeux. La porte s’ouvrit toute grande et une bourrasque de vent marin me rafraîchit la nuque.

-AliBaba!! Chéri!! Comment vas-tu, vieux loup? T’aurais dû voir la tronche du réal’ quand j’lui ai dit qu’on s’est connus au bordel!!! ‘Faudrait vraiment que tu viennes faire un tour sur le plateau, rencontrer l’équipe, c’est notre histoire, après tout!

Une grande femme, cinquantaine avancée, portant une écharpe blanche autour de son long cou avait trotta jusque derrière le bar et laissa une grosse trace de rouge à lèvres sur la joue d’Albert. Son exubérance me tira de mes idées noires. Elle s’assit sur un tabouret. Je m’approchai du bar et m’assied pas trop loin d’elle.

Je pris une gorgée de caf… de cognac-café.

-hum hum!

Elle se tourna vers moi.

-Ah! Je suis Madame Luce. Qui êtes-vous? Dit-elle en tendant la main.

Surpris, mal-à-l’aise dans mon air négligé devant une femme si élégante, je dis d’une petite voix qui sortit toute tremblante:

-Luc.

Elle rit alors que je me râclai la gorge pour dire d’un ton mâle:

-Je suis Luc.

-Eh bien, Luc, il est clair que vous n’êtes pas d’ici. Je suis seule ce matin, et ce n’est pas mon vieux loulou qui

-Lucie… gromela Albert.

-Ah! Pardon… Capitaine! Dit-elle me regardant d’un air entendu. Ce n’est pas lui qui bougera de derrière son bar pour s’asseoir à une table. Déjeunez avec moi, je vous raconterai comment Albert a perdu son bateau… Mais aussi comment il m’a gagnée! C’est une très belle histoire, ils sont en train de tourner un film, vous savez?!

Elle sourit de toutes ses dents, dont une brillait d’or rose. La même qu’Albert.