Alibi – La fin

Adam n’était pas fier de lui. Il s’était dit, voilà trois coups passés, que c’était son dernier. Et ce matin, en lendemain de récidive, son sandwich aux œufs goutait la laine d’acier. Tout le contraire!

C’est que cette fois, il était impliqué au premier degré. Impossible à refuser. Ça lui rapportait au max. C’était lui qui connaissait quelqu’un qui connaissait quelqu’un qui savait où habite Stefie Shock. Il devenait ainsi LA pièce essentielle d’un puzzle machiavélique. Celui grâce à qui l’on allait sauver l’univers culturel. Il avait le grand rôle. Il allait enfin danser le cha-cha-cha plutôt que de faire la file d’attente au cinéma comme d’habitude. Tout le contraire!

Pour couvrir ses arrières, Adam avait eu la brillante idée de participer au crime à distance d’une soirée de speed dating. De cette façon, autant de visages que de cinq minutes passées là sauraient témoigner de sa présence en ce jeudi soir 7 août.

Il ne s’attendait toutefois pas à rencontrer une fille qui lui plaise. Il n’y était évidemment pas pour ça. Pourtant, elle était là et elle s’appelait Ève. Chaude et fondante comme une chandelle. Tout le contraire d’un mimosa! C’est pourquoi il lui avait laissé sa carte professionnelle en s’éclipsant aux toilettes après avoir reçu un texto qui portait à croire que le plan était en plein en train de foirer. De retour à sa table, une fois le dossier réglé, il y trouva une nouvelle inconnue. La cloche avait sonné.

En rentrant chez lui, Adam, excité par sa part du gâteau et impatient d’aller la récupérer dans le casier de la gare Centrale, chercha sa carte. Celle sur laquelle étaient inscrits le numéro du cadenas et son emplacement et qu’il avait fourrée dans sa poche avec les autres, sans penser qu’il en sortirait quoi que ce soit cette soirée-là.

Et lorsqu’il comprit qu’elle n’y était plus, qu’il l’avait donné rapidement à la belle qui lui était tombé dans l’œil, il se sentit comme une bonbonne de propane qui explose. Tout le contraire d’une puce qui saute dans le carré de sable!

Maintenant, n’ayant plus aucun contact avec ses complices, il ne lui reste plus qu’à attendre et espérer que cette fille l’appelle. Un vent d’aventure. Adam et Ève. Elle seule pourrait faire de sa vie de famille un 5 à 7. Tout le contraire était maintenant entre ses mains!

Speed dating – Le début

Eve se leva avec un sacré mal de bloc. Son premier réflexe fut d’allonger son bras et agripper le pot de Tylenol. En avalant ses cachets, elle dit à voix haute:
-Bordel! Quelle soirée! Des tylenols ou un coucher d’soleil… Pour moi c’est l’contraire…

Elle sortit du lit péniblement et se traina à la salle de bain. Elle ouvrit les robinets afin de sauter sous la douche. Elle constata avec désolation qu’il lui manquait des bouts de la fin de sa soirée. Elle se rappelant tout de même de sa soirée de speed dating…

L’eau chaude la ranima. Elle s’essuya et remarqua qu’elle n’avait plus aucun sous-vêtement de propre. Obligation d’aller à la buanderie immédiatement, malgré le lendemain de veille. Elle prit quand même le temps de se faire un café et un grill cheese. Elle pensa « une bouchée de grill cheese ou faire une tresse à une moppe… Pour moi c’est le contraire… »

Elle ramassa sa poche de linge et descendit dans la rue. Le chien de la voisine se mit à grogner et japper, comme à son habitude. Eve pensa « un chien qui jappe versus une fleur qui fane. Pour moi, c’est le contraire! »

Une fois à la buanderie, elle défit ses bas en mottons, vira ses chandails à l’envers et vida les poches de ses pantalons. Eve sentit sous ses doigts un petit carton. En le sortant, des souvenirs d’un beau jeune homme remontèrent. Elle se rappela que ça avait pourtant cliqué avec lui. Qu’ils en étaient à leurs premiers rires quand il se confondit en excuses avant de jeter sa carte d’affaire sur la table et de s’éclipser à toute vitesse vers les toilettes. Eve avait, à ce moment-là,  immédiatement penser « une gastro? un texto?… Le texto ou le rêve… Pour moi, c’est le contraire. » C’est à ce moment-là aussi que la petite cloche avait sonné, annonçant le prochain galant.

 

Elle conserva la carte et mit les vêtements à la machine. Une fois la lessive commencée, elle alla, par curiosité lire le babillard. Des annonces de ménages, de gardiennes. Des ventes de frigos, de maisons, de cochonneries. Des cartes d’affaires.. LA carte d’affaire! La même qu’elle ressortit de sa poche. Elle afficha un sourire heureux et se dit que c’était un signe. Elle devait l’appeler. Maintenant.

Elle passa à l’essorage, décida de sécher à la maison et elle pacta ses p’tits. Elle pensa, encore: « pacter ses p’tits ou signer un bail… Pour moi c’est l’contraire… »

 

Cryptonimie

Dans le secrétaire, de la paperasse, des clés, de la menue monnaie, des stylos, des comptes. Elle trouva ce qu’elle cherchait: son étui de carte d’affaires. Il devait y en avoir une cinquantaine. Et presque autant de noms différents.

– Qui ai-je le goût d’être aujourd’hui ?

Elle se posait cette question quotidiennement. Parfois elle pigeait une carte à l’aveugle. D’autres fois elle en choisissait une spécifique selon son tempérament du moment.

Elle hésitait entre la personnalité de Mélodie ou encore celle de Viviane. Deux tempéraments différents mais avec certaines ressemblances. Mélodie avait tendance a perdre patience. Elle pouvait même parfois être si fâchée noir que ses poings serrés blanchissaient. Ses sautes d’humeur ne duraient jamais très longtemps: elle reprenait rapidement ses esprits.

Viviane aussi avait un petit côté soupe-au-lait qu’elle tentait de dissimuler le plus possible. Mais cela n’échappait pas à Béatrice qui avait un malin plaisir à profiter de cette faiblesse. Faire preuve de modération ? La belle était plutôt partisane de l’excès. Et elle allait en profiter sans retenue.

Sa décision était prise: elle serait Viviane aujourd’hui, comme hier, et peut-être demain aussi. Jamais deux sans trois dit le dicton. Un proverbe c’est figé et sacré: le changer c’est un geste profane.

Last call

Ton verre à moitié vide, le mien à moitié plein,

le néon rouge qui dit « Ouvert » alors que tout le monde sait

que les esprits sont fermés.

J’aurai beau dessiner demain en couleurs à l’intérieur de ta main

Tes pensées tournent en noir et blanc, il n’y a plus grand chose à faire

 

Le diable t’a laissé sa carte en guise de sous-verre.

 

 

 

 

 

 

 

 

Désenvoûtement

Avec ton cœur entre mes jambes

telle une orange de l’aube,

tu réapparais

me sauver de moi-même.

Mes cheveux crépitent de cendre

au crépuscule de tes désirs.

Ton sourire de fauve

fustige mon regard

qui replonge dans ta fuite

à la recherche de l’eau

 

Au feu du Burning Man

je te veille du haut d’une échelle

en bois d’arbres morts que parfois

tu fais tomber

d’un simple coup d’étoile.

Malgré le vent dominant et les vives intempéries,

l’ombre de ta main m’attire dans une danse effrénée.

Soumise à l’exorcisme,

je me vautre sans leurre

dans ces minutes de sable.

 

Et soudain,

sans crier gare,

tu sors brusquement de mon corps

de mon lit, de ma chambre, de ma vie,

me repousses froidement et, avant de disparaitre,

me tend la facture et

ta nouvelle carte d’affaire