61e thème

Thème :

Le célibat

Contrainte:

Partager un truc de grand-mère

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Julia

Chère grand-maman, t’as su garder ton homme et ta maison grouillante d’enfants et de petits enfants avec tes quatre versions du bonheur sucré. Belle ménagère, je n’ai pas souvenir d’un repas qui ne se soit terminé avec une pointe de cette tarte au citron frais coiffée de meringue parfaitement toastée, ou celle aux bleuets sauvages que nous cueillions avec toi, laquelle se passe de commentaire tellement le goût était pur, ou encore, ces biscuits craquants au sucre blanc et ces galettes à la mélasse réconfortantes empilées dans le congélateur à réserve, que nous mangions impatients, alors que le centre était encore un peu dur par le froid.

T’avais tôt fait de comprendre que cuisine et amour font bon ménage. Et l’on t’en remercie.

Séance

– Ma grand-mère m’a dit que je n’aurais pas d’enfants; que j’étais rendue trop vieille et que je n’aurais pas d’enfants…
Elle étouffa un sanglot, encore, et porta le mouchoir à ses yeux, puis à son nez.
-Mais vous n’avez que 31 ans !
Il était rare que le psychanalyste parlait, pourtant ce ton se voulait réconfortant. Il avait plutôt l’habitude d’écouter, de mettre le doigt sur la blessure et d’appuyer. Il parut s’en vouloir d’avoir été spontané. Il se redessa sur son fauteuil et la fixa de ses grands yeux marrons.
-Redites-moi ce que vous avez dit au tout début.
-Je ne me souviens plus…
-Vous disiez que vous buviez. Pourquoi?

Elle jouait nerveusement avec ses ongles, comme pour retenir quelque chose, mais ses mains étaient vides.
-Parce que je me fuis. Parce que je ne suis pas capable de rentrer à la maison. La solitude m’effraie. Parce que je m’ennuie… Ou peut-être juste pour oublier.

Il soutenait toujours le regard de la patiente.

-Oubliez-vous?
-Non, oui, en fait… J’oublie pas mal tout de ma soirée, combien ça m’a coûté, comment je suis revenue à la maison, mais je n’oublie pas ce que je voudrais oublier.
-C’est-à-dire?…
-Lui. Le vide. Le fait qu’il ne m’aime pas. Que je suis encore seule. Que tout le monde me quitte. Que je déteste ce célibat…
-Avez-vous déjà été célibataire et avoir apprécié cet état.
-Oui. Avant. Avant que tout ne s’écroule. Il y a trop longtemps…

Il y eut un long silence où elle fixait le tapis du bureau et où lui la fixait toujours.

-Qu’est-ce que ça vous fait, que votre grand-mère pense cela?
-De la peine. De la colère. Ça me fait chier, oui. Comme si on était dans les années 20! Comme si aujourd’hui, on ne pouvait pas avoir d’enfants plus tard que dans son temps. Ça m’enrage. Mais, encore, je ferme ma gueule, parce que c’est ma grand-mère, parce que je fuis le conflit…
-Est-ce qu’elle vous dit autre chose, votre grand-mère?
-Quelques trucs de merde comme, pour laver les vitres ou je ne sais quoi encore. Mais j’oublie vite. Je ne me souviens pas d’aucun de ses trucs.
-Et ce célibat?
-Ce célibat, ce célibat. Il m’emmerde. Je me sens terriblement seule. Et sans amour… Je voudrait qu’on m’aime, qu’on me prenne la main, qu’on ait besoin de moi…
-Vous voulez qu’on ait besoin de vous, ou qu’on soit amoureux de vous?
-Amoureux, je crois que ce serait plus juste.
-Parce que le besoin, souvent, il devient comblé. Alors si on n’a plus besoin, on vous rejette… On reprend la semaine prochaine.

Elle se leva, paya la séance. Lui, avec son regard pénétrant, qui fouillait encore l’âme de la patiente, dit simplement:
-Même heure, vendredi prochain. Bon week-end.
-À vous!

Mémé !

Le célibat mon petit c’est comme la vie de couple – sauf que là t’es tout seul

C’est bon mémé !

Si des fois tu t’ennuies – dis-toi qu’a deux aussi – des fois on s’ennuie pas à peu près

C’est bon mémé – j’ai compris !

Même les plaisirs du lit – des fois – y m’arrivait de faire plus souvent qu’à mon tour du temps supplémentaire toute seule –
Toi ça va de ce côté-là – tu t’en sors – car y faut surtout pas négliger ça petit ! Ton moral y s’tient là aussi !

Ok Mémé ça suffit !

Dernier truc après j’te fous la paix – le soir quand tu manges tout seul et que ça te déprime – mange devant la glace – comme ça tu s’ras deux – et en bonus – t’auras même pas besoin de faire la conversation !

La patate…

Je ne sais pas pourquoi, mais je suis encore célibataire.  J’ai pourtant essayé de rencontrer des femmes. Des jeunes, des jolies, des moins jeunes, des moins jolies…

On dirait qu’à chaque fois, elles devinent le mal dont je suis atteint. Est-ce que je me tortille trop sur ma chaise? Est-ce qu’elles devinent ce que je traîne dans ma poche en permanence?

Savent-elles que lorsqu’on a des hémorroïdes, on peut aider à les combattre avec un vieux truc qui date de la nuit des temps. Il faut mettre une petite pomme de terre ronde dans sa poche et la conserver ainsi plusieurs semaines.

On ne sait pas pourquoi mais ça marche…

Sauf avec les femmes!

 

*Source inestimable de savoir ancestral, voici un endroit à visiter!*

http://www.trucsdegrandmere.com/liste.html

 

Un pot de yaourt

C’était une super idée que mes copines ont eu: une gang de filles célibataires sur le bord d’une plage à mâter les beaux mecs. Bonus, le jour que nous avions décidé de faire notre escapade, il y avait une compétition de volley-ball de plages. Vous voyez un peu l’image, de belles jeunes femmes en bikini, des mecs aux pectoraux luisant, on ajoute un soupçon d’alcool, du soleil et on a une recette parfaite pour se trouver un mec et avoir une journée inoubliable.

Il faut croire que ce n’était cependant pas mon jour, premièrement je me suis réveillé avec des crampes atroces. Parfait! Je commence mes règles…. on oublie le bikini blanc. On s’était déniché un endroit parfait pour regarder les mecs et profiter du soleil, pas trop loin des concessions pour les collations et de l’eau pour se rafraichir. J’ai mal calculé ma consommation d’alcool, ou j’ai oublié de calculer l’effet soleil plombant plus la perte de sang. Mais je suis devenu saoule assez vite et j’ai fait une complète folle de moi. Bref, les copines se sont toutes pognées un mec, et moi un coup de soleil.

Me voilà donc le lendemain, mal à la tête, mal au ventre  et mal au corps, cherchant désespérément un soulagement à mon coup de soleil. Debout devant le frigidaire ouvert, et presque vide, mon regard se pose sur un pot de yogourt passé date (pas de beaucoup, mais assez pour que je ne veuille pas en manger) quand la voix de ma grand-mère se fait entendre: « Pour soulager un coup de soleil, on applique une bonne couche de yaourt. » Mon esprit considère l’idée, j’ai mal, j’ai du yaourt, et plus aucune estime de soi. Je prends donc le pot de yaourt d’un air décidé, me pose une question sur la meilleure méthode d’application, choisis une spatule et me dirige vers la salle de bain. Au bout de quinze minutes, j’ai le dos recouvert de yaourt passé date à la vanille, du yaourt partout sur le plancher, j’ai chaud et je pue. Je croise mon regard dans le miroir et je ne peux m’empêcher de rire.  Vous voyez un peu l’image, une jeune femme lendemain de veille, vêtu d’une belle culotte de grand-mère, le dos badigeonnez de yaourt dans la salle de bain. Pour la première fois depuis longtemps je suis contente d’être seule.

La pomme

Mimi avait toujours été rondelette, et les courbes lui allaient bien. Quand elle était minette, on l’appelait « la pomme », sa mignonne face potelée était à croquer avec ses petits pépins d’yeux pétillants.

Mimi avait beau être jolie, la mode était aux grandes maigres, et elle peinait à trouver galant. Si la vie de célibataire avait ses avantages – elle pouvait s’empiffrer à loisirs de beignets à l’érable et de fondants au chocolat sans avoir à endurer de rappels à l’ordre concernant sa santé en général – elle trouvait dommage de n’avoir personne avec qui partager ces voluptés.

Un matin, la peur de finir vieille fille la prit au saut du lit. Persuadée qu’il lui fallait maigrir pour trouver l’âme sœur, elle s’assis devant Google à la recherche de méthodes faciles pour perdre du poids, si possible sans couper dans les beignes. Grand-maman Simone, qui n’était pas avare de ses trucs, partageait justement la réponse sur son blogue MamieSaitTout.ca : il suffisait de s’emmailloter dans du Saran Wrap, quelques heures à chaque jour, boire beaucoup d’eau, blablabla, de l’air frais, « aller de faire votre travail normal autour de la maison », etc, etc. Ah ça, mamie était pas forte sur le français, mais la méthode semblait fonctionner, s’il fallait en croire les témoignages élogieux du site.

Effectivement, en peu de temps, les poignées d’amour de Mimi avaient fondu comme de la guimauve en camping. Miracle. Les proches n’en revenaient pas. Voilà même que le voisin du dessus lui tenait la porte et offrait de monter son épicerie.

Deux semaines plus tard, il l’invitait à boire un café. Mimi était aux anges.

L’idylle dura 6 mois.

« Mimi, va me faire un café ! » « Mimi, ton poulet est dégueulasse, t’aurais pu mettre moins de sel » « Mimi, c’est quoi ce bordel sur la table du salon, tu pouvais pas ramasser mes canettes, t’avais qu’ça à faire aujourd’hui ! » Mimi par ici, Mimi par là, Mimi n’en pouvait plus. Avoir su que c’était ça, être en couple ! Elle se retrouvait bien embêtée d’avoir ce… cet… individu sur les bras, et étant novice en matière de couple, ne savait plus quoi faire pour s’en débarrasser. Elle retourna donc aux sources du savoir ancestral et s’enquit auprès de Grand-maman Simone d’une « manière efficace de bousiller son couple ».

Au moins, les beignets n’empesteraient pas le vestiaire et lui chialeraient pas après…