72e thème

Thème :

Clandestins

Contrainte:

Citer:
– Une ville
– Un poisson
– Un âge
– Une épice
– Une saison
– Un regret

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Anna

Anna rentrait de l’école.
Elle retira ses bottes, son manteau, sa tuque et dénoua ses cheveux. L’automne amenait son shitload de pluie et Anna avait les pieds trempés. Elle retira ses bas collants qu’elle lança sur son sac à dos. Elle n’avait qu’une envie, la même envie qu’elle avait chaque automne depuis qu’elle était toute petite, et elle s’élança dans la cuisine, d’un pas gracieux et dansant. Anna n’était plus petite. Anna avait 16 ans.

Elle tira un petit tabouret et y grimpa, la jupe ras-le-jardin. Elle voulait le pot de biscuits qui trônait sur le frigo. Des sablés au gingembre, la meilleure recette de sa mère. Son corps tout tendu s’étirait de tout son long pour atteindre l’objet de son désir sans y parvenir.

Mathieu l’observait sans qu’elle ne se doute de sa présence. À la vue des cuisses lisses d’Anna, il sentit une raideur dans la fourche de son pantalon. Son vêtement, soudain, était trop petit.

-Aurais-tu besoin d’aide?

Anna se retourna, aucunement surprise, et esquiva un sourire complice.

Il s’approcha doucement et fit glisser le bout de ses doigts dans le creux de son genou, laissant valser sa main vers l’intérieur de ses cuisses. Mathieu sentit son membre se raidir de nouveau. Anna ferma les yeux en poussant un soupir de soulagement : elle attendait ce moment depuis longtemps, depuis le matin.

Elle se retourna rapidement. Sans hésiter, Mathieu enfonça son visage dans la chatte d’Anna et la renifla passionnément. De ses doigts fins, Anna écarta ses lèvres et crampa son corps, les fesses bien accotées sur le frigo, offrant complètement son sexe aux lèvres de Mathieu. Il pénétra doucement les orifices d’Anna avec sa langue et sentit la chair se détendre. Matthieu lapa la jeune chatte, ivre de son jus. Son sexe était dur; les veines étaient enflées, son gland était lisse et brillant, une goutte de fluide s’écoula de la cime de son sexe.

Il regrettait déjà le manque de temps, mais surtout la voiture qu’on entendait se garer devant la maison. Une porte claqua. Anna jouit au même moment, serrant la tête entre ses jambes, soupirant « papa, papa », doucement, comme le frisson qui parcourait son corps.

Mathieu embrassa le sexe de sa fille et retourna doucement au salon, alors qu’Anna se retournait vers le frigo, se hissant vers le pot. Au même moment, Monique, sa mère, mit la clé dans la serrure de la maison familiale, située rue Principale à Repentigny. Lorsqu’elle vit Anna, elle lui dit :

-Anna! Tu vas encore gâcher ton repas avec des biscuits. Ce soir, en plus, je vous fais de la bonne morue! Elle est vraiment fraiche.

Underground Soup

J’habite New-York depuis trois générations et ce que je vais vous raconter ce soir dépasse l’entendement

Je vous dirais bien ce que j’y ai fait depuis toutes ces années – mais je crains encore des représailles

À mon âge cependant – 73 – mes activités ont plutôt ralenti – plus personne ne devrait avoir à s’inquiéter – disons que j’ai passé le relais

Je recherche maintenant davantage l’anonymat – une petite vie tranquille – pimentée çà et là – au gré de mon humeur du jour – et de ma validité du jour

Depuis quelques années – disons que bien des choses ont changé

Mais certaines demeurent – celles qui me sont chères – celles qui chaque jour repoussent un peu plus loin mon entrée au cimetière

Parmi celles-ci – mon rendez-vous tous les vendredis chez Tian Min – enfin chez son fils – Tian Min Junior – car Tian Min Senior a quitté ce monde l’automne dernier

Les causes du décès ne m’ont pas été révélées – la dure loi du milieu l’oblige

Le sentiment n’a pas trop sa place ici

Enfin – jamais je n’aurais pensé lui survivre

Tian faisait le meilleur bouillon de poisson que j’ai jamais goûté – les français parleraient de bouillabaisse – mais Tian faisait encore mieux – j’ai beaucoup voyagé – et laissez-moi vous dire que c’est ici – dans ce sous-sol sans enseigne de cette petite rue malfamée du Queens que les restes d’arêtes et de têtes sont mis en soupes de façon divine

Je pourrais aussi vous parler de tant de choses qu’on y passerait des nuits – comment j’ai rencontré Tian au Vietnam – de la façon dont je l’ai ramené par bateau dans un container bourré d’héroïne – des hommes que j’ai tués à mains nues – de mes amours amers – de mon enfance dans la rue – de mon alcoolisme vaincu – mais tout cela nous mènerait trop loin – de toute façon tout ça c’est du passé – n’en parlons plus

Revenons à Tian Min – et cette nuit du 12 janvier dernier – Tian Min Junior entendons-nous

Tian Min Senior n’aurait jamais agi ainsi – du moins je le crois – du moins je l’aurais souhaité

Le resto n’a pas d’enseigne depuis 25 ans – aucun guide n’y fait mention – il n’est catalogué nulle part d’autre que dans l’estomac des accoutumés initiés du monde interlope – en d’autres mots il n’existe pas

Depuis cinq ans déjà – Tian Min Junior m’inquiète – moins bridé et moins dévoué que son père – il insiste à chacune de mes entrées hebdomadaires

Monsieur – vous vieillissez – vous vieillissez trop – vous devriez vous faire livrer – pour votre bien – on livre – soupe – poisson

Et moi je réponds – maison c’est mort – je veux sortir jeune homme – vivre

Une fois assis – je me dis – qu’est-ce qu’il me fait chier ce jeune petit trou du cul

Je n’avais pas bien saisi la portée son message

Mais cette nuit du 12 janvier – j’ai tout compris

Vieil homme = Risque

Ici tout est clandestin dans la plus grande ville du monde – du plongeur au propriétaire – de la soupe que je mange depuis 25 ans aux poissons aux provenances incertaines

En ramenant Tian Min Senior à l’insu de tous – des rivages ravagés d’un Vietnam en guerre – J’ai participé à créer un empire clandestin qui aujourd’hui me dépasse et me menace

Ce soir-là – ma dégustation d’une crevette internationale au safran d’ailleurs fut accompagnée d’un malaise de vieux ayant trop vécu – un malaise sérieux – douloureux – du genre fatal

Du peu de lucidité qu’il me restait j’ai sorti mon cellulaire pour appeler une ambulance – j’avais à peine composé le numéro qu’il me fut confisqué par une serveuse assurément entraînée à la chose – puis cinq hommes habillés de blanc m’ont aussitôt pris en charge pour me descendre dans un deuxième sous-sol très humide et très froid où j’ai cru reconnaître un des plongeurs

J’ai pensé que toute trace de ma présence avait dû être aussitôt effacée – je connais mon ex-métier quand même

Je suis donc resté douze jours et douze nuits aux soins intensifs du restaurant qui ne figure dans aucun guide gastronomique

Une fois remis – une fois de retour dans la rue – j’ai demandé à Tian Min Junior – mais qu’arrive-t-il à ceux qui ne te connaissent pas comme je te connais et qui risquent de porter plainte – ou ceux qui succombent simplement à leur malaise

Il a tourné la tête vers ses fourneaux fumants et bouillonnants – vous savez – on sert de tout ici monsieur – cher ami de mon défunt père – de la tête à la queue – un extra est toujours le bienvenue

J’ai ri jaune

J’avais créé un monstre

Inutile de dire que je n’y suis plus jamais retourné

Non pas que ce soit mauvais – loin de là – je ne voulais simplement pas partir en entrée

Voilà tout !

Viviane

Montréal, 27 novembre 2013

Cher journal,

Comme les autres, je me sais travestie. Quelle étrange sensation que d’exister mais ne pas pouvoir diriger sa destinée. C’est comme être une demoiselle, ce poisson de nature grégaire qui suit aveuglément celui qui le précède dans le groupe sans pouvoir dévier de sa route et explorer de nouveaux territoires à sa guise.

Cette situation a débuté il y a quelques années déjà. On était au tout début de l’automne. Béatrice avait organisé une soirée pour souligner mon anniversaire. Mis à part nous deux, Daphnée, Aude, Mélodie et Charlotte  étaient présentes. Il y avait aussi Antoine. À l’époque je le connaissais assez peu. Il était surtout ami avec Béatrice. Il était très gentil et possédait une personnalité différente, voire opposée, à celle de Béatrice. Je me suis régulièrement posé la question comment les deux s’étaient rencontrés. Je ne l’ai jamais fait et il est trop tard maintenant. C’est là un de mes petits regrets.

Béatrice avait fait une réservation dans un restaurant indien. Elle savait me faire plaisir. J’adore la cuisine indienne avec ses épices et notamment le cari. Mais cela cachait quelque chose.

Peu après mon arrivée, j’avais ressenti une étrange sensation. La belle me suivait des yeux et des gestes. Elle épiait mes tics et mouvements et les reproduisait en y prenant un malin plaisir. Un peu comme les jeunes enfants qui répètent tout ce que disent et font leurs parents. Mais avec Béatrice c’était d’un niveau supérieur.

Depuis ce jour de mes 27 ans mon corps répond de moins en moins à ma volonté. 27 ans, cet âge maudit qui m’a vu mourir, mais pas vraiment.

Mélodie, Aude, Charlotte et Daphnée, je vous le dit:  nous sommes toutes des êtres clandestins sous la férule de Béatrice. C’est elle qui guide notre avenir.

——-

Viviane relut son texte, y apporta de petites corrections et le publia dans le blogue littéraire. Comme cela était prévu.

À l’aventure

C’était l’été,  j’avais dix sept ans et le gout de l’aventure. J’avais décider d’embarqué clandestinement sur un bateau à destination de l’Europe, Paris me voilà! Je m’était bien renseigné et j’avais un contact, un garçon de cabine me ferais subtilement entré à bord,  ensuite je me mêlerais à la foule et le tour serait jouer!!

J’attendais avec impatience, dans un coin peu fréquenté du port. Je voyais au loin les touristes embarqué sur le paquebot. Je pouvais voir les accolades des membres de la famille venu souhaiter bon voyage à leur proche. Certains étaient assis à un petit bistrot et profitais des dernières heures avant le départ pour profiter d’un bon repas. Les effluves du saumon à l’aneth me parvenais et me rappela soudainement que j’avais faim.

Plus ma faim grandissait, plus je fit envahit soudainement d’une grande mélancolie. Je regrettai  être parti sans dire un mot. J’avais envie de serrer ma mère dans mes bras pour une dernière fois, j’avais envie de me régaler de sa tarte au pommes. Le garçon de cabine était en retard, à chaque moment qui passait mon désir de partir diminuait. Si j’étais déjà à bord, je ne pourrais plus reculer.

De loin je vis un couple s’embrasser tendrement, tout près d’eux un homme semblait dire au revoir à sa mère très âgée. Mes yeux se remplirent d’eau, ça y est,  je devais retourner à la maison. Le voyage devra attendre.

Clandestins

… Nous espérions nous rendre  quelque part où il fait chaud … Portugal …  Afrique …. Amérique du Sud … malheureusement, on a pas fait attention au drapeau flottant sur le mât … de toutes façons personne n’y connaissait rien … une croix, du bleu, du rouge, un peu de blanc … et après ?  C’était différent !

Puis le nom du navire : « Sild » … ça nous faisait penser à un diminutif pour Sinbad … Alors ! … nous voilà embarqués en catimini .

Finalement au bout d’un moment, on sent le Sild qui bouge.  Ahhh ! Enfin !!!  On sent aussi … le poisson … En fait toute la cale est imprégnée de cette odeur.  Pouahhh !  Ben ! oui !  Je sais c’est un cargo, pas un bateau de croisière … quand même j’ai le nez sensible !

Plus tard, lors d’une escapade de reconnaissance, notre jeune mousse, à peine sorti de l’enfance, a mis la main sur un dictionnaire islandais/français à la traîne .  Alors par désoeuvrement, je me suis amusé à chercher  si SILD y apparaissait … et j’y ai découvert la raison de cette odeur !  SILD = HARENG !!! …

Et oui, vous avez aussi bien lu … dictionnaire ISLANDAIS/FRANÇAIS !!! … Bye ! Bye ! Pays du gingembre, de la vanille, du cumin et autres douceurs du genre  … été perpétuel …  Bonjour Reykjavik, soleil de minuit, aurores boréales (… quand même, tout n’est pas que noir !) … J’ai juste peur de regretter mon Kanuk … mais, n’anticipons pas ! Commençons par voir où nous mènera vraiment ce périple …

Quelques mois plus tard …

– … nous avons appris, aujourd’hui, qu’un harenguier battant pavillon islandais, qui avait disparu des écrans radar, a été retrouvé, échoué, sur les côtes du Labrador.  Retrouvons notre envoyé spécial  James Cook.

– Oui Céline, le navire de pêche était parti plus tôt cette année de St John’s, Terre-neuve … Il semblerait que les seuls survivants soient des clandestins devant leur survie aux tonnes de harengs entassées dans la cale leur ayant servi d’isolant et … de nourriture … Les clandestins, tous âgés entre 9 et 15  ans, venaient de la ville et se croyaient embarqués sur un cargo pouvant les mener très loin sur les mers chaudes …

TV Hebdo

TVA (CFTM), poste 004

Drame-123 minutes-FR

(Clandestins) (7) Dan. 1988.
Dans une ville subaquatique où un épice rare est cultivé en secret, un poisson d’un âge respectable vit une saison difficile lorsqu’il doit faire face à un regret.

Réalisation:
Toodrunke Touphoke

Avec:
Sardine Canmore
Bruce Spring-Teen