Alléluia

Enfin, je n’ai rien au programme cette semaine. Pas rien du tout, juste rien qui concentre toute mon énergie en un seul point bénit. Mis à part le travail, je suis tout loisir. Pas en vacances, mais suffisamment à temps libres.

Sentiment divin, fragile et euphorique, je me permets de grands écarts. Sans l’ombre d’un souci, je perds la tête pour quelques jours. Pour l’équilibre. En fait, je n’y peux rien.

Ce matin, en regardant passer la neige, je cherche encore des indices de la maudite soirée d’hier.

Couscous

Chère Johanne,

Je tenais à écrire cette lettre suite au souper que j’avais préparé pour toi. De mon point de vue, j’ai trouvé que tu es partie très vite et je n’ai pas compris.

Le couscous aux merguez que je prépare depuis des années selon la tradition familiale semble t’avoir fait fuir.

J’ai entendu ma mère me répéter à maintes reprises que je me devais d’être flexible dans la vie, que je devais faire avec ce que j’avais. J’ai aussi appris d’elle que, par-dessus tout, c’est l’intention qui compte. Je t’ai donc préparé ce couscous en y mettant tout l’amour que j’éprouve à ton égard. Étant sans le sou, débordant de bonnes intentions, j’ai remplacé ce que je n’avais pas, la semoule de blé, par ce que j’avais, des flocons d’avoines.

Johanne… En voyant le désarroi sur ton joli minois, j’ai réalisé que j’avais lamentablement échoué. Je t’avais pourtant dit d’y ajouter du harissa, moi-même ni voyant que du feu. Je t’avais aussi fortement suggéré d’ajouter plus de bouillon, de carottes et de navets, et encore des raisins de Corinthe et plus de pois chiches pour dissoudre la texture quelque peu différente… J’ai croisé ton regard horrifié et j’ai su que tout avait changé.

Je ne sais plus si nous pouvons continuer. Je me questionne énormément. Je te trouve fermée, Johanne.
Je t’aime, tout de même. Et du coup, je me sens perdu.

Michel

Confession

J’ai pris mon temps aujourd’hui pour écrire ce texte
Je le voulais sans bavure
Je ne voulais cette fois pas dire de conneries
Il vrai que des fois j’en dis – que d’autres fois j’en fais

On m’aime toujours autant
Parfois même plus
J’ai de la chance

Aujourd’hui je vous salue
Ceux que j’ai pu blesser – ceux que j’ai pu décevoir

Je suis moi et vous m’aimez
Comme je suis

Ce soir comme promis
Je dirais pas de conneries

À vous !
Simplement merci !

Et merde !

Je retourne chez moi avec ma peinture jaune. Pourquoi j’ai choisi une telle couleur. Moi et mes idées de fou aussi. Je ne cesse de me dire quelle connerie, quelle connerie ai-je encore fait !

Je n’aime pas particulièrement le jaune. Oui j’avais eu une pensée pour Béatrice, mais quand même ! Ce n’est pas une raison. Et je ne sais pas vraiment quoi en faire: elle ne va pas du tout avec ma cuisine, pas plus que mon salon. Et pas question de repeindre ma chambre en jaune. Il faudra bien que j’y trouve un usage à cette peinture. Si au moins j’étais artiste-peintre je pourrais m’en servir dans mes toiles, mais  comme je ne le suis pas… Et merde !

Je peux toujours acheter un gallon de bleu pour en faire du vert. Mais je ne sais pas plus ce que j’en ferais de cette peinture: j’aime pas cette couleur.

Je suis pris avec.

À moins que…

Le rendez-vous

Non mais quelle connerie. Je me suis levé très tôt ce matin. Spécifiquement pour aller à mon rendez-vous. Pas question d’être en retard, j’ai du temps en masse. Mais la vie en a décider autrement, il pleut, j’ai besoin de mon parapluie, j’aurais aussi eu besoin de vêtement de rechange, mais bon c’est de l’eau ça va sécher.  Y’a le connard en char qui m’a éclabousser, pendant que j’attendais l’autobus, fait chiez le mec bien au chaud et au sec. Le putain de bus trop plein qui passe sans s’arrêter. Au diable, j’ai décidé de marcher, de toute façon je peux pas être ben ben plus mouillée. J’arrive au métro, j’ai encore du temps je serais pas en retard.  Je suis coincée comme une sardine dans un wagon de métro qui part pas. Ça fait quinze minutes qu’on est arrêté et que personne ne bouge d’un coup que les portes se  fermeraient. Interruption de service, super. Je me précipite avec la foule de zombies vers les escaliers, au diable je prends un taxi, j’ai encore le temps d’arriver à l’heure. Pas un taxi en vue, pas de service de navette non plus, quelle connerie. Finalement je vois un taxi, comme je viens pour ouvrir la porte un homme en complet entre par la porte de l’autre coté et me vole mon taxi en pleine face. Le con!!! Je réussis à convaincre une femme d’affaire de partager son taxi avec moi, c’est la seule bonne chose qui m’est arrivée depuis que je suis partie, je vais économiser la moitié de la ride.

Je suis finalement arrivée au bureau du médecin, situé à l’autre bout de la ville, et c’est là qu’on m’informe que le médecin est malade, les rendez-vous sont reportés, on a essayé de m’appeler.

Quelle connerie cette journée!