Cours!

Je cours, sans but, sans direction. Je laisse mon corps me guider, après tout c’est lui qui semble savoir ce qui est bon pour moi.
J’ai voulu arrêter depuis longtemps, mais mon esprit n’a plus la force de se battre contre mon corps. J’ai mal, en fait à bien y penser j’avais mal, maintenant je ne ressent plus rien. Je cours, je ne fuis pas. Je me précipite vers quelque chose de mieux.  Je cours, c’est pour nettoyer ce qui est mauvais, une grosse remise à zéro. J’y crois, si je cours assez longtemps, assez loin, il n’y aura plus de boucane dans mes poumons, plus de shit dans mes veines. Mon cœur va battre encore, mon esprit sera enfin tranquille et vide. Je cours et quand je vais enfin m’arrêter, je vais vivre. C’est ma dernière chance.

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Eva P. ou ne plus se lever

6h15.
Eva P.
Elle peut, enfin, respirer.

Le cadran, il sonne tranquillement. Elle snooze. Neuf minutes de paix.
Juste. Neuf. Minutes.

Le cadran sonne encore pis Eva P. ne veut pas se lever même si elle n’a pas l’choix même si elle ne veut pas ça sonne et elle se lève bondit du lit les ch’veux dans face clac grosse claque sur le bouton ON d’la machine expresso s’habille deux temps trois mouvements coule le café allume une clope calle le nectar pas l’temps de l’déguster ni même de l’boire brosse brosse brosse se brosse les dents pas l’temps d’niaiser check-up de son sac clopes clefs lunch carte de job porte-feuilles STM Interac lighter rouge à lèvres crayon d’plomb crème à mains un grand bol d’air pis ferme ses yeux pis les ouvre.
Eva P. n’est pas réveillée.
Eva P. ne veut pas s’en aller.
Mais Eva P. est bien domptée.

Elle travaille bouge fait l’épicerie bouge passe par la boucherie le bar la garderie la SAQ l’école le cinq à sept le chien le gazon la pratique paye ses bills ses taxes sette des meeting embrasse ceux qu’elle aime le plus souvent possible le plus fort du monde court pour son kid son chum sa mère à ‘pital son cours de maçonnerie court pour sa vie court pour rattraper le temps qu’elle n’a pas le temps qu’elle n’a plus elle court pour ce qui compte pour ce qui presse vraiment là maintenant ici tusuite pour se sentir en vie parce que ça presse parce que ça part pis ça part vite parce qu’elle veut aller quelque part parce qu’avancer ça l’aide en ciboire.

Eva P. n’oublie jamais de respirer.

Droit devant

Un jour je me suis levé et j’ai eu besoin de courir

J’ai eu besoin de fuir

J’ai pris la voiture et j’ai roulé très longtemps

Loin de la ville

Mais chaque fois que je m’éloignais d’une ville – je m’en approchais d’une autre

Alors j’ai roulé – et roulé

Puis très loin – j’ai trouvé un sentier

Je suis descendu de voiture

On était le 1er octobre

J’ai déposé les clefs de la voiture sur le capot brûlant

J’ai vidé mes poches sous le regard intrigué d’un chevreuil aux yeux de biches

La nuit était proche

J’ai déposé l’enregistreur de mes pensées sur une roche déjà humide de la prochaine rosée

J’ai regardé une dernière fois derrière moi

Puis je me suis élancé dans le sentier

En courant

Droit devant