Le Courrier de Marguerite

Chère Madame Marguerite,

C’est encore moi, Miss Anonyme, la jeune fille de 13 ans amoureuse d’Alexandre. C’est aujourd’hui la dixième fois en un mois que je vous écris. Je sais, je suis persistante… Et vous êtes bien aimable de me répondre à chaque fois. Votre patience vous honore. Mais aujourd’hui je vous écris pour vous dire que je suis lasse de vos réponses confuses et changeantes. Alexandre m’aime-t-il? Un jour c’est oui, le lendemain c’est non. J’ai donc pris une décision importante : une fois pour toutes, j’ose vous mettre au pied du mur. Je vous en supplie, Madame Marguerite, vous qui savez tout, dites-le moi enfin franchement: Alexandre m’aime-t-il, oui ou non?? C’est de la torture de ne pas le savoir… Je suis trop timide pour l’approcher, vous le savez bien, dès qu’il est près de moi je sue, je fige, je bégaie. Il est si beau! Je rêve à lui la nuit! Alors il faut que j’en sois certaine. SVP, répondez-moi sans détour. Bravo pour votre courrier que je lis religieusement chaque jour.

Miss Anonyme

Chère Miss Anonyme,

J’admire votre persistance et votre détermination. Et je comprends votre trouble. Nous sommes toutes passées par là. Mais je ne pourrai jamais vous donner une réponse précise, et je crois que vous le savez aussi, au fond de vous. Ne serait-il pas temps pour vous de foncer? Alexandre se sent probablement aussi timide et maladroit que vous… L’apprentissage de la séduction ne se fait pas en un jour. Prenez votre courage à deux mains, une grande respiration, et allez voir Alexandre. Je sens que vous êtes maintenant prête à faire ce premier pas. Vous serez fière de vous par la suite. (Et de grâce, cessez le massacre de ces fleurs innocentes.)

Marguerite.

Problème

Bonjour Jeannine,

Tout d’abord je dois te dire à quel point ta chronique a donné un sens à ma vie. Depuis que je lis tes réponses, j’ai compris que tu l’avais l’affaire, toujours la bonne solution, la bonne attitude à adopter. Merci.

J’ai décidé de t’écrire à mon tour parce que je me retrouve complètement démunie face à une situation.  Après plusieurs essais à trouver la pantoufle à mon pied, j’ai suivi ton conseil et j’ai abandonné cette idée. Cependant, comme toute femme, j’ai des besoins disons « personnels ». J’ai donc encore une fois suivi ton conseil et je me suis procuré un objet pour combler ce manque.

Je dois te dire que depuis que j’ai cet objet, je me sens beaucoup mieux… Cependant j’ai remarqué que je commence à m’attacher beaucoup à ce dernier. Il semble commencer à prendre beaucoup de place dans ma vie. Tout a commencé innocemment alors que je l’avais laissé traîner après une nuit de débauche…. Le lendemain après une journée épuisante au travail, je me suis miser à lui raconter mes frustrations. Je me suis tellement sentie bien de pouvoir enfin exprimer mes sentiments. Depuis, il a une place avec moi à la table pendant le souper et j’ai beaucoup difficulté à m’en séparer.

Il m’accompagne dans mes sorties, et même au travail. J’ai l’impression qu’il commence à contrôler ma vie. Il a pris à mes yeux une importance incroyable et j’en viens même à me questionner sur ses motifs: que veut-il de moi? pourquoi me donner autant sans rien me demander?? est-ce normal de voir un objet comme un substitut à une relation humaine??

Bref, tu vois Jeannine que j’ai un grand besoin de ton aide. J’attends avec impatience ta réponse.

Fannie

« Fais pas cette tête… »

Cher Courrier du Cœur,

Je ne suis pas doué pour l’écriture alors je vous expose immédiatement mon problème : j’ai une petite tête, par rapport au reste de mon corps, et je vis très mal avec ça. Voilà, c’est tout. Ma tête n’est pas proportionnelle à mon corps et je me demandais s’il n’existait pas une chirurgie plastique qui me permettrait de remédier à la situation. Je ne sais pas moi… Quelque chose comme un agrandissement du crâne, ou une réduction de la masse osseuse… J’ai toujours l’impression que les gens ne voient que ça quand ils me regardent. Ça me trouble. Je ne suis plus capable de vivre comme ça.

S’il vous plait, aidez-moi.

Jean-Charles, Varennes

Censure et grandes questions

De : Élodie <elodie_@hotmail.com>
À : Louise <courrierdelouise@lejournal.ca>
Envoyé le : vendredi 16 novembre 2012 15h09
Objet : La relève

Chère Louise,

Depuis des années, des gens envoient leurs questions existentielles au Journal dans l’espoir que vous leur donniez votre point de vue pour qu’ils bénéficient ainsi d’un peu d’attention positive dans leur vie. Sans ces âmes en peine, et surtout sans la curiosité des autres, votre rubrique n’existerait pas.

Vous avez probablement aidé quelques personnes à se relever les manches pour prendre leur vie en main, mais vous avez peut-être aussi embrouillé l’esprit de quelques uns. Vous savez, je ne suis pas psychologue ni spécialiste en relation d’aide comme vous vous efforcez de l’être, mais je dois avouer, en tant que simple humaine, que vos réponses me laissent parfois pantoise et dubitative. Est-ce que les lettres que vous recevez sont publiées dans leur intégralité ou seulement en partie? Car je perçois régulièrement un décalage entre la problématique abordée par votre confident et vos toujours bien intentionnés savants conseils.

Entre vous et moi, serait-ce une mascarade? Une mise en scène? Une oeuvre épistolaire hebdomadaire visant à aborder en surface les tracas et tourments de confidents inventés pouvant ressembler à Monsieur et à Madame Tout-le-monde? Si tel est le cas, cela me semble si passionnant comme travail. Peut-être pourrais-je un jour prendre votre relève? Le courrier de Élodie : non mais, pourquoi pas? Je pourrais bien me prêter au jeu, moi aussi! Je suis certaine que le lectorat embarquerait.

Après tout vous jouez vous-même un rôle : celui de la confidente. Car votre vrai métier, on s’entend, ce n’est pas comédienne?

Alors allez, voilà, je suis prête n’importe quand pour un coaching. J’ai des idées plein la tête et le coeur à la bonne place. Répondrez-vous à cette missive?

Une femme extra bien qu’ordinaire

Courrier de Louise
Journal du 20 novembre 2012

Chère Louise,
Je me pose des questions existentielles – je suis une âme en peine. Depuis des années, vous avez aidé des personnes à prendre leur vie en main. Je suis une simple humaine, et je ressens un décalage. J’ai l’impression que ma vie est une mascarade, une mise en scène. Il faut que je me relève. Je dois en terminer avec le jeu. Je ne veux plus faire la comédie. J’ai besoin de coaching. Me répondrez-vous? – Une femme extra ordinaire

Ma chère,
Votre lettre m’a touchée en plein coeur. Vous savez, c’est en mettant un pas devant l’autre que l’on apprend à marcher. Vous avez fait un premier pas, alors soyez confiante : vous saurez maintenant faire l’autre. Bonne route.

1337*ma573r*69

Chère Zoé,

Tout d’abord, j’aimerais te dire que j’aime beaucoup lire tes réponses au courrier du cœur. D’habitude, c’est une rubrique que je trouve mièvre et puérile mais ton humour incisif me plait beaucoup. Bravo !

Je me présente : j’ai 22 ans et je suis plutôt beau garçon, je n’ai pas de difficulté à me trouver des filles, en fait, c’est d’en trouver qui sont assez intéressantes pour que j’aie envie de rester qui est problématique dans mon cas. Je m’explique : je possède une intelligence et une maturité au-dessus de la moyenne et la vérité, c’est que la majorité des blondes que j’ai eues ne faisaient pas le poids. Il faut dire que c’est un âge où les femmes sont belles mais trop peu sûres d’elles, elles ont toujours besoin d’attention, d’être rassurées… et je suis tanné de jouer le rôle paternel. Évidemment, quand la relation en est rendue à ce stade, je m’arrange pour l’écourter, ce qui finit invariablement en drame pour ces demoiselles désespérées de voir partir celui qui « les comprenait si bien » etc., etc. J’ai bien essayé de fréquenter des femmes plus âgées, et si j’y trouve satisfaction au niveau de l’intellect, elles sont en général déjà mariées ou trop « installées » à mon goût.

En bref, je t’écris, chère Zoé, pour solliciter tes conseils : que ferais-tu à ma place pour sortir de cette situation pénible où il semble impossible de trouver chaussure à mon pied? Il y a sûrement quelque part une jeune femme à ma hauteur ! Peut-être as-tu des amies à me proposer?

Sincèrement,

**MA573R69**

PS : j’aime les brunes pulpeuses