75e thème

Thème :

Criminel.

Contrainte:

L’action doit se passer pendant une tempête de neige.

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30 vies

Il s’est toujours senti traqué. Parce qu’il avait sa graine de délinquance et l’art d’accueillir les mésaventures, de sa vie d’homme. Ce n’était ni la faute de sa mère, ni celle de son père, ni même de son quartier citron. Ce jeune avait toujours attiré les voyous et inspiré le pire. Il s’impliquait beaucoup en cela.

C’était du temps qu’il était un homme

Ayant succombé trop tôt à des blessures entrainées par un mauvais coup, par balle, son esprit s’est revu né dans un corps de teckel. Il était trop tard pour la spiritualité. La capacité d’interprétation de l’information et de transfert des énergies de sa personne était en plein réduite. Il se sentait maintenant vilainement simplifié en chien.

Sa personnalité l’a très mal pris

Par reflux, il s’accrocha un jour à la neige. C’était un jour de tempête. Ce qui devait n’être qu’une ballade d’hygiène finit en combat ultime, donnant lieu à un spectacle sans fin dans lequel il sautait sur lui-même, mordant dans le froid, sautillant comme de spasmes et en s’enfouissant le museau dans la poudreuse jusqu’au béton. Détaché de sa laisse, il tournoyait dans les airs en aboyant, regardant autour en cherchant la mort, il sentait le bout de ses doigts de pattes insensibles s’endommager de la texture.

Il s’est sauvé dans une direction

Les vents violents duraient. Après cette course surréaliste dans son décor abstrait, le chien-saucisse épuisé s’endormit dans la forêt mystérieuse. Après ses pieds, ses jarrets ont gelé. Autant que ses poils, ses oreilles, ses yeux et sa queue. Les loups n’en ont fait qu’une sucette glacée.

Il sera autre chose

Mélodie en sous-sol

Mélodie se lève les yeux encore brouillés par un sommeil trop court. Elle se dirige à la cuisine et se prépare son café. Dehors une neige à gros flocons tombe et s’accumule sur le sol. Elle se branche sur le site de Météomedia. Effectivement comme elle le craignait une belle tempête va s’abattre sur le Québec. À Montréal un minimum de 25 centimètres sont attendus. Il y a même une alerte météorologique en vigueur.

– Pourquoi aujourd’hui ! C’est pas le moment ! J’ai trop de choses à faire aujourd’hui, j’ai pas de temps à perdre à être prise dans une tempête, maudit !

Mélodie se prépare pour sa longue journée tout en rageant intérieurement. Elle sait qu’elle ne peut pas y faire grand chose. Mais qui sait ce qu’elle serait prête à faire pour éviter tous les désagréments à venir. La journée va va être bordélique et elle le sait.

– C’est sûr que ça val mal aller: c’est écrit dans le ciel.

Déjà sur les trottoirs ça commence à être difficile avec la croûte de glace sous la neige. C’est trop glissant: des voitures ne peuvent s’arrêter à temps aux arrêts et aux feux de circulation. C’est certain qu’il va y avoir des accidents.

Bruit de klaxon. Mais c’est trop tard: un camion de livraison vient d’emboutir une voiture. Le conducteur sort de sa voiture armé d’un bâton de baseball, frappe de toutes ses forces la carrosserie du camion tout en sacrant à pleins poumons.

Mélodie arrive à la station de métro Papineau. Enfin un peu de répit. Elle attend le prochain wagon en organisant sa journée. Il ne faut pas oublier de relever le défi de Béatrice sur le blogue littéraire.

Perdue dans ses pensées, elle n’est pas trop consciente de ce qui se passe autour d’elle: un sans abri endormi qui cherche un peu de chaleur, des jeunes qui se poussaillent entre eux, un autre plus loin qui dessine une barbe sur une affiche publicitaire.

Mélodie commence à s’impatienter. Elle regarde sa montre. La rame de métro arrive enfin. Elle entre et s’assoit à côté d’un homme âgé plongé dans un livre.

La rame démarre puis s’arrête brusquement. Les lumières du wagon s’éteignent. Les portes du wagon demeurent fermées.

Quelques minutes plus tard:

– Avis aux usagers:  en raison d’un problème électrique le service est interrompu pour une période indéterminée sur la ligne verte entre les stations Lionel-Groulx et Berri-Uqam.

– Ah non !!! J’vais faire un meurtre si ça continue d’même !

Ça se confirme: la journée s’annonce longue.

Blanc comme neige.

Janvier s’éveilla en sursaut.  Il se rappela comment il était arrivé ici. Il vit sa soeur endormie à côté de lui. Il sourit. Il n’avait plus peur.

Il poussa l’étroite porte de la cabane et fût aussitôt ébloui. Le soleil matinal réflétait sur la glace. La tempête s’était calmée. C’était blanc, blanc à l’infini.

La nuit dernière, ils avaient traversé le lac dans le blizzard, c’était surréel. Les chiens tiraient le traîneau où Janvier, caché sous les couvertures et les peaux, priait, tremblant. Il aurait voulu monter dans le même traîneau que sa soeur, mais le musher lui avait expliqué que ce serait trop lourd pour les chiens, surtout à cet période de l’année, où le vent fait rage. Il ne savait plus quel jour on était, où encore quand allaient-ils arriver en lieu sûr. Il n’osait pas sortir la tête d’en dessous des épaisses couvertures, pensant que le froid allait entrer dans sa bouche et le glacer par en dedans.

Mais, ce matin, une nouvelle vie commençait. Il savait qu’il était loin d’Haiti, mais, de toutes façons, comme la dame américaine avait dit, il n’y avait plus personne maintenant pour s’occuper de lui et de sa soeur. Janvier n’avait qu’à la suivre, elle leur avait apporté des biscuits et offert des habits. Elle était très gentille. Il aurait enfin la chance de vivre dans une belle maison, d’aller à l’école, et Zabeth resterait avec lui! La dame s’assurerait qu’ils ne seraient pas séparés.

Pendant que Janvier se régalait des biscuits au glaçage blanc, comme de la neige, elle lui avait dit comme c’était beau et magique, comme chaque flocon était unique. Janvier avait toujours rêvé de voir la neige. La dame avait aussi expliqué que le voyage serait long, qu’après avoir descendu de l’avion ils prendraient un train, et que là ils devraient mettre les parkas qu’elle avait acheté, parce qu’il ferait très, très froid. Elle dit que c’est le prix à payer pour la beauté de la neige. Elle disait souvent « Il y a un prix à payer ». Chaque fois, Janvier se demandait c’était quoi, le prix.

Ils attendaient que la dame reviennent les chercher. Elle, elle n’avait pas traversé le blizzard, elle était remontée dans le train. Janvier l’avait entendue parler au téléphone sur le quai de gare, pendant qu’ils attendaient les mushers. Elle disait:

« Il y a un prix à payer, vous savez. Vaut mieux un enfant acheté qu’une enfance volée, n’est-ce pas? »

Dans une petite cabane à pêche, sur le Lac Érié, Janvier attends. Il pense à Haiti. Il réfléchit. Il se demande c’est quoi le prix.

Il se dit que c’est peut-être des biscuits. Des biscuits avec du glaçage blanc.

 

 

 

 

Conduire avec facultés affaiblies…

Cinq heures le matin. La ville se réveille, il fait noir et froid, très froid. Ce n’est pas une surprise pour personne, ça a tombé pendant vingt-quatre heures, mais la ville est recouverte de trente centimètres de belle neige blanche.

Beaucoup de monde vont se dire:  « Fuck it j’prends le métro » quand ils vont voir la belle bosse où leur voiture était.  Pas pensé à déblayer une couple de fois dans journée hier?? C’était dimanche, t’es pas sorti, t’avais le temps… anyway.

Les rues sont ben évidemment pas déblayées, il y a beaucoup plus de monde dans les bus qui roulent au ralenti. Pis y’a les taouins qui savent pas conduire. C’est probablement eux les pires, eux autres y’ont déblayé leur voiture à matin, pis y’ont décidé d’aller travailler en char, pis ils sont pas sûrs, sûrs d’eux-même sur les routes enneigées, donc on roule à trente, on break pour cent milles raisons toutes moins valables les unes que les autres. Bref, on cause des accidents, on paralyse la ville et on met tout le monde en criss parce que tout le monde est en retard.

C’est pas écrit dans les livres de lois, mais ça devrait être un acte criminel de pas conduire comme du monde parce qu’il a tombé de la neige. Si t’es pas sûr au volant de ta voiture, BEN RESTE CHEZ VOUS!!

La perfection du crime ou la perfection du temps ?

À l’extérieur la tempête fait rage … [cliché]

À l’intérieur sa conscience se débat mollement avec son lutin malfaisant …

Il a tout juste eu le temps de revenir de l’école avant que les chemins soient complètement bloqués.  Les autres doivent « camper » qui au bureau, qui au collège.

C’est le moment idéal !  Il se rend dans l’antre de cette chère Béa.  Par quoi commencer ?  Trouver son journal … trouver ses mots de passe.  Ça ce ne sera pas compliqué … pas d’imagination, la soeur !  Foutre le bordel dans le lieu … Ça c’est plus compliqué !  Pour qu’elle s’aperçoive de quelque chose faudrait plutôt faire le ménage !!!  Mais pas question !  Par contre on a tout le temps de passer ses secrets au peigne fin !  Il y a sûrement beaucoup de choses qui pourront servir à de futurs chantages … ou juste à faire royalement chier …