Insomnie obligée

En attendant demain, je suis vraiment en retard.
Mon texte était écrit, rimait beaucoup, était très long.

Les plans ont changé.
Je ne te dois plus rien.
Pis en attendant demain, enfin, en attendant la vie, je me suis camée hardcore.

J’attendais rien. Ni toi ni demain.
Ça traînait sur le comptoir.
Pis j’vois mon congé s’allonger.
Rien demain.
Rien.
Je ne vois pas plus loin que le bout de mon nez.

Je me lèche les lèvres.
J’ai tout effacé.
Autant mon texte que toé.

C’pas ça que je voulais.
J’ai pas l’choix.
Un condom sur mon coeur.
Un speed dans mon corps.

La mâchoire flanche un peu.
T’as tué le feu. Je t’en veux à mort.

En attendant demain, je frappe je crie j’écris.
C’est sûr que je ne dormirais pas.
Parce que, quand je dors, je ne t’en veux pas.

 

À demain

Tandis que je n’ai plus d’ongle à ronger

Que je n’ai plus de gale à gratter

Que mon anxiété se transforme en espoir

Encore une fois ce soir

Je vais me coucher en espérant demain te croiser

D’ici là  » tout va bien »

Sauve qui peut

Sauf que rien

En attendant deux mains

Seule dans une pièce à l’éclairage tamisé, la tête dans le beigne de la table à massage, j’attends. Je pense à ce que la vie transporte d’absurdité. Cette musique censée me relaxer, cette odeur d’huile camphré qui me tombe sur le cœur. J’anticipe le plaisir de me faire cajoler les omoplates de sentir une pression sur ma colonne meurtrie. J’entends le bruit de la porte, quelques pas. J’ouvre les yeux pointés sur le sol, je vois les pieds de mon masseur et j’attends toujours. Le temps me parait long, la cassette rejoue les mêmes mélodies de flute de pan et de murmure de cascade. Les pieds n’ont pas bougés. À bout de patience, je relève doucement la tête et regarde l’homme devant moi, son visage concentré. Quelque chose cloche et je prends un moment pour me rendre compte qu’il est manchot.