L’œuvre de Dieu

La question de la survie est résolue. La mémoire de l’humanité est gravée sur une clé USB. Toutes les parcelles de terre localisées par GPS. L’ensemble des connaissances en fiches Wikipédia. Le cycle de l’amour dans les médias sociaux.

Mon rythme cardiaque est connecté à mon bracelet. Je suis prête.

Por una cabeza

 

Darwin évoluait. À sa façon.
Comme tout le monde.
Comme toi. Comme moi.
Mais pas comme elle. Parce qu’elle, elle était trop p’tite. Mais ça, c’est une autre histoire.

On parlait de Darwin.
Ahhh, Darwin, Darwin…
Lui,
il évoluait pas comme les autres.

Non.

Darwin était toujours un peu à l’écart.
Toujours un peu tout croche, à côté d’la track.
Genre que notre ami Darwin, y fittait pas trop dans l’décor.
Mais ça aussi, c’est une autre histoire.

Anyway…
Même si Darwin aimait marcher, il n’avançait pas beaucoup.
Darwin tournait en rond. Ses pieds pointaient, revenaient vers l’arrière.
Ses orteils traçaient des cercles et Darwin comptait ses pas.

Darwin était quelque peu obsédé.
Darwin était obsédé par le tango. Et il trippait ben raide sur la toune dans Parfum de Femme.
Et il répétait, au moins une vingtaine de fois par jour: « J’suis dans l’noir, Charlie! »
C’était pas mal ça.

Darwin restait stické sur son tango. Pis sur Pacino.
Darwin n’évoluait pas.
Enfin, pas tant que ça.
Un peu comme toi, pis moi.
Mais pas comme elle.
Mais ça…

Attributs primitifs

Quand Guy mange ses crottes de nez en  »cachette »;

Que Jérôme se gratte la tête et le cul;

Que Mathieu se gonfle le torse pour plaire;

Que Brigitte mange la crasse sous ses ongles;

Que ma mère enlève les poux dans mes cheveux;

Que les hommes poussent des cris assourdissants lorsque leur équipe de hockey compte un but;

Je comprends que Darwin avait raison, tu ne montreras pas à un vieux singe à faire des singeries.

Demain

À force de nous mettre à genoux face contre terre

Dans un monde où la loi du plus fort ne tient plus

que sur la foi aveugle du plus faible,

Vous verrez.

Nos enfants naîtront demain

Avec un coeur de lion, des yeux derrière la tête

Et les huit jambes de Sleipnir…

Ils ne pourront plus

que vous échapper.

Évolution

Détonation

La rue se déverse en un torrent de souris folles qui glissent dans les interstices, les chiens aux fesses

Leurs jappements dans des mégaphones

nos cris dans la voie lactée

Je serre mon enfant contre moi qui hurle à la guerre et nous affrontons le cordon qui soudainement nous sangle et nous étrangle tandis qu’un bruit de botte s’écrase dans nos oreilles, sur le visage d’un jeune homme et contre le cœur du pavé

Mon enfant tremble en regardant le peuple hagard cracher ses dents

À la télé réalité, Noémie dans sa face à bout portant et des rires en canne comme du gros vomit sur les murs virtuels

 

L’horizon est d’une tristesse sans nom

Darwin nous prédit le retour d’un front froid et protozoaire