Summer 2015

T’as passé le balais dans ma vie comme un front froid dans le ciel

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Sale gueule

J’ai toujours voulu donner du style à ma gueule – je trouvais que j’étais né ordinaire – que tout le monde passait à côté de moi sans me voir – pour s’extasier sur le voisin

Mais j’étais faible – jeune – et faible

J’ai lu des trucs que j’aurais pas dû lire et j’ai fait des trucs que j’aurais pas dû faire

Mais au moins là – à l’époque – on m’regardait – on m’interpelait – pas toujours pour du bon – souvent pour du mauvais – mais au moins j’existais

Aujourd’hui j’ai vieilli – j’ai lu d’autres choses et j’ai fait des trucs que j’aurais dû faire plus tôt

Mais le mal est fait

Heureusement un copain à moi qui travaille pour une revue de mode très tendance m’a sorti de ma détresse – de ma déchéance

Il a fait de moi son mannequin vedette

Il m’a mis de beaux vêtements sur le dos

Il s’est soucié des éclairages

Aujourd’hui – ma figure a du style

Je suis un beau monstre

Sœur lumière

Elle est la fleur fraîche de rosée qui s’épanouit au creux d’un rocher perdu en plein désert.

L’œil bleu d’un lac sur le gris d’une montagne.

Le soleil quand il est une boule de feu et qu’il se pose sur la ligne où la mer et le ciel se rencontre.

La nuit suave qui tombe doucement devant les jalousies des fenêtres d’un manoir.

Si seulement nous n’habitions pas si loin.

Tu sais bien qu’il faut que je sois ici.

Je me souviendrai de tout.

Du silence.

De ton visage.

De tes saisons.

Comme quand

boy and girl

Comme quand j’avais 14 ans

Sourires interdits, Grimskunk au square Berri

Comme le southern dans mon sac et ton flasque de whisky

Ma tête dans le bass drum

Comme quand dans la réserve on espérait des chamans

Et trouvait que des hommes

Comme quand dans le feu j’ai vu danser mon monstre

Et que j’ai cru découvrir le monde

entier

en une seule nuit

Les petites saintes vierges sur la tablette

Nos visages maquillés mahori

Comme quand St-Denis Mont-Royal un seul baiser glacial

Au bout du fil, oubli fatal mon

poumon cocaïne sautant dans ‘face du grand fendant

Comme quand Chantal s’est brûlé les mains sur le toit

Que j’ai piqué ton bécik pour aller voir si les gens

Sous mon chapeau de cowboy reconnaissait Boris Vian

Et comme quand tu m’as dit  « j’ai couché avec Méli »

À ‘taverne St-Laurent.

 

Jazz Club BeeBop soda le vrai hit

Qui a fait vibrer ton cœur

Mais après personne sur Papineau

Voulait entendre parler d’Charlie Parker…

 

Mon oiseau

Désemparé

 

Comme quand tout en haut d’l’escalier de secours

J’ai ri et crié et craché

Comme une historique hystérique

À la gueule des policiers qui auraient pu te trouver

Roulé en boule dans l’objectif de ton point de fuite.

 

Comme quand…

 

Comme le char pas volé

Comme Châteaubriand en ruelle ribambelle déchirée

Comme quand les libraires deviennent tovaritche

Que la vodka part dans la montagne se faire flamber

En couleurs sur un picking de Django

Gracias mucho, dunka shen, spàssiba

Comme tu voudras

Mais il faut que je m’en aille

(est-ce que ça t’a fait mal ?)

Comme quand les fées se trompent de lit

Et que je te dis

Tous mes secrets.

Les époques révolues, les participes passés,

Les figures de style détrempées

Comme un chien sous la pluie,

qui attends qu’un vieux Buick vienne le chercher

Pour l’emmener à Chicago

Je repense à Léo

Et à qu’est-ce qui t’as pris

Rouge marocain

Le pain, le vin, l’oseille

Les vapeurs kerosen

et le petit chat

Ces offrandes à des dieux qui ne connaissaient que toi.

 

Maintenant

À des kilomètres l’un de l’autre on se réveille et

C’est le soleil

le premier entré dans la chambre ce matin

Ça brille entre les cils et ça fait rêver d’incroyable

Comme quand on rentrait chez nous par la piste cyclable.

*

Branlette espagnole

Dernière nuit à Cadix. Le carnaval s’éteint.

Je discute avec les étoiles du ciel andalou sur la Plaza Candelaria

lorsqu’un Wisigoth qui fuit de la cafetière se ramène dans mon baldaquin.

Mon radar ne déchiffre pas les barrissements espagnols de ce radis en rut.

Mais le voilà qui me déballe le grand mât et,

tout en se faisant sécher les dents, s’étrangle le borgne avec acharnement.

D’un geste prompt à esquiver l’estocade,

j’évite de justesse la mousse de ce champagne cheap et me carapate à grandes

envolées, vers d’autres voûtes célestes.