51e thème

Thème :

Instrument de musique

Contrainte :

Personnification de l’instrument préféré d’un musicien bien connu – racontez son histoire ou son parcours. .

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Mon amant violet

Je dors dans le velours violet. Depuis combien de temps, je l’ignore. Je suis bien, même si je suis dans le noir. Je suis bien au chaud dans mon lit, mais je m’ennuie un peu. Le temps est si long loin de mon amant, et le silence est lourd…

Mais ceux qui prendraient mon lit pour un cercueil seraient dans l’erreur. Car je ne mourrai jamais. Je suis éternelle.

Je ne sais pas où je suis. Où es-tu mon amant? J’attends ton retour depuis si longtemps…

Je n’ai que mes souvenirs de toi. Ils sont gravés dans mon cou. Ils sont tatoués sur mes frettes, à jamais. Les souvenirs, c’est tout ce qu’il me reste…

Un jour mon amant m’a fait flamber sur scène, et j’ai vécu l’ultime orgasme. J’ai été brûlée vive, la mystique, la douloureuse extase! Mais j’ai survécu à l’incendie électrique. Car je suis éternelle.

Mon amant est le premier Héro. Il a emprunté des chemins inexplorés. Mon amant était un magicien enrobé de brume mauve… Mais j’ai peur pour lui. Il ne m’a pas prise dans ses bras depuis trop longtemps maintenant. Je crains qu’il n’ait fini par brûler sa vie par les deux bouts…

Soudain… on ouvre mon lit? Soudain la lumière m’éblouit. Est-ce mon amant, enfin?

Soudain un étranger se penche sur moi, un sourire de béatitude absolue sur les lèvres.

Je suis trimballée… évaluée… adorée et béatifiée… Soudain je suis derrière une vitrine. Et je crie nooooon, je ne suis pas faite pour le silence funéraire du musée! J’ai été conçue pour hurler et jouir, rire et pleurer, devant des milliers de spectateurs en délire!

Où es-tu, mon amant violet? Es-tu devenu une légende? Tes mains me manquent.

Psychobilly

On en a tellement fait ensemble!

Son souffle me fait vivre;

Il expire et je vibre,

Il inspire et je tremble…

 

On en a vu du pays!

De Ste-Agathe à Paris,

En passant par les plaines

d’Abraham et Moscou…

 

On en a festivé un coup!

De Tremblant, et de Jazz, de partout…

 

On en a côtoyé des grands!

De BB King à Léo Ferré,

En passant par Bigras et Pagliaro,

John Lee Hooker et Muddy Waters…

 

Je me vante de son souffle,

De mes aigües et de mes graves,

De sa sueur, de sa bave…

De son Psychobilly,

Rock-Punk-Blues-et-Rap…

 

Il en a embrassé tant d’autres,

Je ne suis qu’une des milles!

C’est quand même quelque chose,

D’harmoniser avec Jim Zellers!

Si je pouvais parler je dirais ceci

Quand il s’assoyait derrière moi, immédiatement je me sentais enveloppé, mon dos se lovait contre lui comme sur un lit douillet. Je devenais entre ses mains l’objet le plus précieux du monde. Il aurait facilement pu me broyer de ses dix doigts, mais il me chérissait et pinçait mes quatre cordes avec amour.

Au début, il grattait toujours un rythme doux puis, à travers ma caisse,les vibrations de sa voix immense s’ajoutaient à mes harmonies. Je paraissais minuscule, à ses côtés… ç’en était presque ridicule. Comment un ukulélé aurait-il pu faire autrement dans les bras d’un géant de 343 kilos?

Il est parti trop vite, à trente-huit ans. On aurait pu s’amuser encore longtemps, lui et moi. Ma carrière s’est arrêtée en même temps que sa vie.

On a jeté ses cendres à la mer à Mākua Beach; moi, on m’a remisé et scellé dans une vitrine d’exposition près d’une photo de nous deux, flanquée d’une affichette.

 

Iz et ukulele

Ukulélé ayant appartenu à Israel Kamakawiwo’ole
Le Doux Géant
Aloha, IZ! Mahalo!
Hawaii, 1997

 

 

 

Et quelque part au-delà de l’arc-en-ciel de flashs qui m’éclaire, parfois, il me semble l’entendre encore chanter:

Somewhere over the rainbow,
what a wonderful world…

Le son de la fin

6 janvier 1993

Aujourd’hui, c’est fini. Aujourd’hui, je ne veux plus rien dire. Aujourd’hui, je ne PEUX plus rien dire. Aujourd’hui, mon pote Dizzy est mort.

Plus jamais je ne sentirai son souffle puissant faire vibrer mon cuivre, faire tourner les têtes, faire valser les chevilles.

J’ai la nostalgie de ces premiers moments d’extase où il m’a fait découvrir des sons que je croyais impossibles.

Et j’ai la chienne de ne plus être qu’un objet qu’on admire derrière une vitre, un trophée à la gueule de travers, la fierté d’un collectionneur.

 

Extrait du Journal de la trompette de Dizzy Gillespie, ed. EdiSon, 1999.

Soir de première

J’ai le tract. Ce soir c’est mon soir de première! j’espère que je serais à la hauteur. Contrairement à mes consœurs qui n’ont pas réussi à impressionner assez pour revenir à une deuxième représentation.

Mes cordes sont neuves, fraîchement installées et ajustées à la perfection. Je serais extrêmement sensible au moindre effleurement, chacune des notes qui sortira de moi sera parfaite.

Je me demandes bien par contre ce qui a pu arriver à celles qui ont jouées avant moi. Après être monté sur scène nous ne les revoyons jamais. Elle ne réintègre jamais leur stand, c’est quand même étrange.

Ça y est! c’est l’heure!

Depuis plus d’une heure je produit des sons divins! la foule en redemande! La finale approche!

Mais qu’est-ce qu’il fait ce mongole?? il me prends par le cou!! non! c’était le moment où je devais faire le solo!! Mais qu’est-ce qui se passe!! pourquoi il me brasse de cette façon?? Soudainement je comprends pourquoi nous ne revoyons jamais les guitares choisies pour le show, il va me fracasser sur le sol! Je vie mes dernières secondes et afin de ne pas être détruite sans avoir protesté, je laisse sortir une fausse note qui retentira dans tout l’aréna pour longtemps.

Mémoires d’une guitare de Pete Townshend.