62e thème

Thème :

Insulte

Contrainte:

la dernière phrase du texte s’arrête en plein milieu

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Se cogner l’orteil

Elle est pourtant d’un naturel patient, même souvent souriante alors qu’il s’agit de perdre son temps en ligne. Toujours le mot juste, rationnel sinon sage. Elle est la grâce et l’élégance.

Comme à chaque fois où le 5 à 7 s’étire jusqu’à pas d’heure, elle se réveille au milieu de la nuit avec l’envie grave de boire de l’eau et que seul le fait d’en boire peut apaiser.

L’esprit effiloché, elle se lève alors tant bien que mal et marche chancelante jusqu’à la cuisine.

Cette fois toc! Elle se heurte au pied de la chaise et s’exclame, en s’adressant au meuble :

La Chambre Froide

Quand elle vint pour ouvrir la porte, elle se surprit de la constater verrouillée. Elle déposa ses paquets sur le sol et se mit à fouiller dans son sac à main pour y trouver ses clefs. Elle baissa la tête pour voir un peu plus clair dans ce fouillis au même moment où la porte s’ouvrit et une main attrapa violemment le col de son manteau, l’entrainant à l’intérieur où elle fut littéralement jetée contre le carrelage froid du portique.

-T’étais où, ma criss de chienne? Encore partie fourrer comme une ostie d’salope?!

Avant même de pouvoir répondre, elle reçut un pied en pleine gueule. Ce fut le noir total.

Elle ne sut combien de temps s’était écoulé entre le coup et son réveil. Bien que dans l’obscurité, elle savait exactement où elle se trouvait.

La chambre froide.

Tout en prenant soin de ne pas trop bousculer les bêtes pendues, elle se dirigea à tâtons à travers la pièce. Elle parvint lentement à l’interrupteur et l’activa. Le néon éclaira doucement la pièce, comme pas sûr de lui, vacillant entre le clair et le noir avant d’éclairer complètement la pièce d’un blanc trop brutal. Elle tâta sa joue, sa tête et remarqua que le tout était bien fendu par la botte de construction qu’elle connaissait très bien. Elle osa tout de même, tremblante :

-Rey… Reynald?… As-tu rangé l’épicerie?…

Le silence, puis des pas, au dessus de sa tête. Ceux de son mari saoul, chancelant, se dirigeant vers l’escalier qui menait au sous-sol.  Puis à nouveau le silence, et les pas se dirigèrent vers le frigo. Des sons de bouteilles. Un briquet. Et les pas revenèrent vers l’escalier. Elle l’entendit haleter, s’accrocher solidement à la rampe et commencer à descendre les marches. La bouteille se fracassa et elle entendit un

-Ma criss de chienne!

bien senti. Quand elle sut qu’il était devant la porte, elle recula au fond de la chambre en remontant sa veste et ne la lâchant plus. Paniquée, mais calme. Elle entendit la grosse barre de fer se lever et la porte s’ouvrir, mettant ainsi en scène son Reynald bien amoché.

-R’garde c’que tu m’fais faire, charrue!

Il pointait vers elle le reste d’une bouteille de Glenlivet dans sa direction, la main menaçante malgré son manque d’assurance. Il s’approcha d’elle, clairement saoûl.

-Mon Dieu, Reynald… Ça fait combien d’heures qu’tu bois de d’ça?

-Ça, c’pas d’tes criss d’affaires Jeanne! C’est toi qui réponds à mes questions, tu l’sais. Son bras descendit lentement, le coupant de la bouteille vers le sol et il s’approcha plus près de sa femme. Toi, ma criss de chienne, t’étais où? T’ÉTAIS OÙ?

Elle se raidit et ferma les yeux très fort quand le visage de Reynald n’était qu’à quelques centimètres du sien, redoutant les postillons qu’elle lui connaissait ivrogne. Sur le ton le plus calme possible, elle lui dit :

-Là, Reynald, ça fait des mois que c’est la même histoire… T’as raison, aujourd’hui… Je suis allée faire des courses, oui, mais je suis aussi allée là où tu ne veux plus que jamais je mette les pieds. Oui, je suis

MOI !

Moi les insultes j’aime pas ça – je l’dis d’emblée – pour qu’on sache à quelle enseigne je loge – pour qu’on sache qui je suis – j’suis un type franc – MOI !

Qu’on devine tout de suite que je suis un type bien !

Moi les insultes je les supporte pas – je les digère pas – elle m’écoeure à me faire vomir –

Les insultes ça manque d’éducation – de respect –

Ceux qui en disent c’est des merdes des trous du cul des enfants de chiennes des fils de pute des salopards des p’tits merdeux

La lie de la société

CE SONT QUE DES…

D’la marde…

C’est pas vrai que la vie c’est de la marde! Par contre, ça peut faire dur des grands bouts! C’est un peu ce qui m’arrive, et je commence à en avoir plein mon casque!

Le grand et bon créateur m’a pourvu d’une résistance à l’adversité qui frise le ridicule, qui franchement sort de l’entendement.

Sauf que ça va pas mieux! De jour en jour, on dirait même que ça empire.

C’en est insultant! Pas pour me plaindre, mais moi ma vie c’est l’boutte de la marde, pas juste une journée comme l’autre greluche qui s’accompagne de sa…

La nouvelle blonde

Extrait d’une conversation entendu dans la salle de bain d’un club de golf.

La porte ouvre d’un coup sec.

-J’t’insultée ben raide!! Ça pas d’allure! t’as-tu vu?? y’a du culot en maudit l’écoeurant!

Curieuse, je regarde à travers les craques de la porte pour voir ce qui se passe, deux femmes sont devant les miroirs. L’une est dans la cinquantaine, elle porte un petit kit de golf qui ne l’avantage en rien, a des kilos en trop et beaucoup trop de maquillage (qui a d’ailleurs commencé à couler). L’autre, petite et mince, fin quarantaine, semble soudainement se demander pourquoi elle a suivi l’autre dans la salle de bain.

– Ça fait trois mois qu’on est divorcés!! il a pensé que c’était pour être une bonne idée de venir pavaner sa petite jeune pendant le tournoi de golf de la compagnie?? En plus, elle est enceinte d’au moins six mois!!!! J’ai vu les regards! Tout le monde rit de moi.

– Ben non Denise, pas tout le monde…

– Je le sais ben que le boss l’aime beaucoup, pis que c’est un fournisseur pour la compagnie, mais il aurait pu utiliser son gros bon sens, pis pas se présenter. Moi je suis humiliée!!! En plus tu l’as vue, elle!! Quand moi j’étais enceinte, j’ai pris 100 livres, elle rien!!  Elle pis son corps de déesse, elle pis ses beaux cheveux blonds longs, elle pis ses belles dents blanches toutes égales…. La bitch.

Je me dis que j’ai peut-être été dans la toilette assez longtemps et que comme je ne sais pas combien de temps encore, Denise va pleurer devant le miroir, faudrait pas que j’aie l’air d’avoir écouté trop longtemps.  Je sors donc de la salle de bain et je me lave les mains rapidement. En me dirigeant vers la porte, Denise recommence.

– Une chose est sure, si je suis pour avoir l’air d’une folle, tu peux être sure que lui va aussi être insulté.  En sortant d’ici, je vais….

BANG

C’était froid, lourd, dur et obscène. Ça sentait la mort métallique.

C’était parfait.

Parfaitement fait pour lui.

Ça la faisait rire comme ç’avait été facile à trouver. Avoir su, elle l’aurait fait plus tôt. Elle se serait épargnée des souillures.

Tous les soirs, il s’annonçait d’un grincement olympien en grimpant les marches. Cette rengaine sinistre l’avait tourmentée jusque dans son sommeil. Cette fois, elle l’accueillit comme son alliée, comme une promesse de liberté.

Elle recula le cran de sûreté et pointa la porte. Il eu juste le temps de retrousser ses lèvres en une grimace haineuse.

« T’es qu’une sale p –