En guise de fin du monde

Je viens d’un pays lointain, certains disent d’une autre planète. Seul homme d’affaires à des kilomètres, je suis affairé à voyager souvent. Cette vie me plait, j’aime les souvenirs, les petites choses qui s’accumulent au quotidien. Alors entre deux rendez-vous, j’erre dans les boutiques et les brocantes étrangères avec beaucoup de tendresse. J’ai ce don du hasard heureux, de tomber sur des objets typiques. Il y a des fois où je ne sais même pas de quoi il s’agit. J’avoue trouver ça d’autant plus intéressant.

Mais cette dernière trouvaille.

Dans une contrée louche, cette fois je me suis nanti d’une petite boîte magnifique avec des détails d’architecture inconnus, des vrilles sculptées, des formes organiques et un double fond tapissé d’un textile soyeux et raffiné. Elle, belle à en pleurer, moi, sous le charme. J’allais payer le gros prix pour en être fier propriétaire. L’argent n’était pas un problème. Je l’entendais me supplier de l’emporter avec moi.

De retour à la maison, quelques heures après avoir déposé la fameuse sur une table, mille et une créatures minuscules fourmillent dans mes appartements. Elles défient le bon sens de la gravité, passent en rang sur le plafond de la cuisine ou « à l’isolé » à travers les pièces de la maison. Elles portent dix fois leur poids sur le dos. Elles sont dodues et aiguisées. Rapidement, elles mangent la porte et sortent.

Elles bouffent tout.

Elles compostent tout sur leur passage, les charpentes, le cuir, les trottoirs. Elles ont des tons chauds d’orange, de rouge et de jaune, en meute on dirait des flammes. Elles se reproduisent et se déplacent trop vite pour en faire le contrôle. Quand elles en ont fini d’une place, elles suivent les chemins de fer et les autoroutes jusqu’à la prochaine.

Aujourd’hui, tapis dans les fossés et à l’orée des stationnements, nous voyons au loin autant de villes que de nids grouillants, des espèces de fourmis par millions de milliards, en masse aux intersections comme des éruptions volcaniques, rongeant dans le tissu urbain et crachant leurs fumures sans peine. Il n’y aura bientôt plus rien, je crois bien qu’elles nous mangeront.

Le Piton d’la fournaise

J’ai caché une petite boite la première fois que tu es venu chez moi. Ça faisait une semaine qu’on se connaissait et on n’avait pas encore goûté nos chairs.
Nous étions fébriles, excités, sur le bord d’exploser comme le Piton de la Fournaise.
Faisait chaud même si on approchait Novembre.

La première chose que j’ai mis dans la boite, c’est l’enveloppe du premier condom qu’on a utilisé.

Une fois, je t’ai demandé comment tu écrivais. Tu as alors pris le premier papier qui t’est tombé dans la main pour y écrire « J’écris comme ça. Ni bien ni mal. Avec mes doigts. Et de l’encre. »
J’ai aussi gardé ça.
Et nos tickets de cinéma.
Et nos fiches de pointage de Scrabble.
Et le dernier paquet de cigarette que tu as laissé.
Des étiquettes des bières que tu as avalées.
Le dernier paquet de cigarettes que tu as fumé.

Maintenant, je ne rajouterai plus rien dans la boite.
Et le Volcan ne gronde plus.

Cuisine d’ailleurs

Comme tous les jeudis le prof de géo entre d’un pas rapide et les bras chargés dans la classe

Chargés souvent d’une boîte comme aujourd’hui, longue et large, qu’il porte précautionneusement malgré son impatience – il la porte tel un serveur dédié à son métier

Êtes-vous prêts nous dit-il en la déposant sur son bureau – Venez ! Approchez !

De cette boîte blanche il extrait un plateau de friandises inconnues

Et tous à l’unisson on dit WoW !

Regardez et contemplez cette présentation, ce joyau de l’épicurisme oriental

Chaque pièce montée est un bijou du savoir faire de la gastronomie japonaise

Alors aujourd’hui encore, laissons de côté ce sixième sens qu’est celui de l’orientation pour le géographe pour faire place à ceux qu’affectionnent les japonais – à savoir la vue, le goût et l’ouie s’empresse-t-il de dire en appuyant sur «play» – aussitôt la pièce est inondée d’une musique aux intonations de geishas

Les questions fusent alors spontanément – c’est quoi ça M’sieur ?

Les adolescents ont les yeux écarquillés et gourmands

Ça jeune homme c’est du saumon – du thon – de la pieuvre – du crabe – du gingembre – une fleur – l’expression d’une saison

Et cette petite pâte verte, M’sieur ?

Prenez-garde les enfants à cette petite pâte verte aux allures de pâturages innocents, car elle est redoutable – et si par aventure vous en abusez – alors là – Boum

Chaque défense de votre langue déclenchera en bouche une éruption volcanique aux laves salivaires incontrôlables – un feu incessant qui ferait pleurer même les plus endurcis !

Ce serait comme croquer le versant sud du Mont Fuji ! Ce stratovolcan toujours actif dont je vous ai parlé la semaine dernière !

Et une fois qu’on a pleuré Prof – qu’est qu’on fait ?

Eh bien – on attend que ça passe !

Puis on recommence !

Allez ! Régalez-vous ?

Will

Depuis quelques jours déjà, Henri et moi prenions soins de Will.
Il n’était vraiment plus lui-même depuis que cet inconnu, qui était arrivé avec la tempête du siècle de la semaine dernière, était reparti avec sa damné boite.
On avait eu beau essayer de le stimuler avec de la musique, des blagues, de la nourriture, rien ne le faisait plus réagir.
Un volcan aurait pu cracher son fiel à ses côtés que ça n’aurait rien changé à son état catatonique.
Alors tout en s’occupant de son commerce, et en essayant de trouver une solution pour rétablir la connexion entre lui et notre monde, on se remémora les événements…

http://efpecritures.wordpress.com/2012/06/28/la-boite/

Mystère

Petite boite

au contenu mystérieux

cadeau des dieux

 

forgé avec le feu

au centre de la terre

Expulsée il y a des millénaires

Dans une éruption spectaculaire

 

Passée de main en  main

de génération en génération

Source de  mythes et de légendes

 

petite boite

au contenant précieux

que contiens-tu?

Migraine

Impossible de se lever. La douleur fulgurante avait explosé en arrière de ses globes oculaires. Elle songea à ce volcan islandais dont la fumée crachée avait perturbé de nombreux vols au-dessus de l’Europe. Fuir la fumée. Fermer les yeux et demeurer immobile, empêcher la fumée-lumière de poignarder. S’enfermer loin dans sa tête, réduire son corps à sa boîte crânienne, puis laisser son esprit tourner en rond dans cette cage de douleur, se fracasser contre ses parois tel un papillon de nuit brisant ses ailes contre la vitre du salon, encore et encore.