Bienvenue à Laideurville

-Scène I-

ÉPOQUE : un futur indéterminé

DÉCOR : une rue d’un quartier pauvre, délabré, sale; des immeubles à logements en béton de plusieurs étages, densément peuplés; des murs couverts de graffitis haineux, des ordures diverses sur le trottoir. Bruits de sirènes de police et de trafic lointain.

Un petit homme nommé Elvis entre sur scène d’un pas lent. Il a un gros nez orné d’une verrue et il lui manque des dents. On peut voir quelques rares touffes de cheveux sous son chapeau mou.

ELVIS : Avancez messieurs dames, n’ayez pas peur, approchez! Bienvenue à Laideurville! (Un petit groupe de touristes s’avancent sur scène timidement, le regard ébahi; ils ont des manteaux de fourrure et des bijoux; leur beauté est parfaite, plastique.) Suivez votre guide Elvis, ne vous éloignez pas trop, car vous vous trouvez dans l’un des coins les plus turbulents du quartier! Laideurville existe depuis environ un demi-siècle. Il a été aménagé pour répondre aux exigences de la nouvelle loi sur la beauté obligatoire. Loin vers l’est vous pouvez entrevoir le Mur Sale, qui empêche les Laiderons (habitants de Laideurville) de s’échapper du ghetto et de contaminer le paysage de Perfection, votre magnifique et honorable cité de verre, messieurs dames! (Il fait une révérence exagérément théâtrale.)

ALBERT, TOURISTE (hautain): Où en sont les nouveaux aménagements? J’ai entendu dire qu’on construisait un nouveau quartier de l’autre côté du Pont Affreux, au Nord…

ELVIS : Aaah, Monsieur est bien informé! En effet, une phase majeure de nouvelles constructions est en cours, afin de régler le problème de la surpopulation qui sévit ici, et qui entraîne une hausse effarante du taux de criminalité… Vous devez comprendre que de nouveaux arrivants sont envoyés ici quotidiennement par le Tribunal de la Beauté!

ERNESTINE, TOURISTE (une jeune fille, blonde et ingénue) : Quand entrerons-nous au Lépreux?

ELVIS : Oooh, Mademoiselle a le goût de l’aventure! Le Lépreux, le bar le plus populaire de Laideurville, est justement notre prochaine escale. Allez, suivez-moi, c’est juste ici à votre gauche!

-Scène II-

DÉCOR : un bar bruyant, rempli à pleine capacité. Rires gras et bruits de bouteilles cassées. Sur la scène du bar derrière un grillage, deux chanteurs de hip-hop obèses, Snoopy et Brutus, se démènent. Alors qu’Elvis fait son entrée suivi du groupe de touristes, on les entend scander une phrase de leur chanson.

SNOOPY : « Si la beauté / est dans l’œil / de celui qui regarde… »

BRUTUS : « …pourquoi quand tu me r’gardes / je me sens comme d’la marde! »

ELVIS (élevant la voix: Le Lépreux, messieurs dames! Hip-hop les vendredis, metal les samedis, bluegrass les dimanches! Prière de surveiller vos objets de valeur et vos consommations, ici c’est le royaume des pick-pockets et du GHB… (Mentionnant cela, il étire le bras d’un geste très rapide et s’empare du portefeuille du Touriste #1, sans que personne ne s’en aperçoive.)

ERNESTINE : (chuchotant à son amie Gertrude) : Du GHB!! Wow, trop cool, on va bien s’amuser, hihihi!

-Scène III-

DÉCOR : la même rue, à l’aube. Les touristes, toujours précédés d’Elvis, sortent du Lépreux en contournant dédaigneusement une bagarre qui vient d’éclater sur le trottoir. Ils sont enthousiastes mais un peu secoués, comme à la sortie d’un manège.

ALBERT (parlant à son épouse) : Vous êtes-vous amusée, Marlène chérie?

MARLÈNE (dans un grand rire) : Ah oui mon tendre époux! Quel dépaysement, quelle débauche, quelle exquise misère, c’était si exotique! Ces Laiderons sont de vraies bêtes sauvages, ma foi! Mais où est notre nièce Ernestine?

Ernestine s’avance en titubant, supportée par Gertrude. Ses cheveux sont ébouriffés, son regard est vague, mais elle semble avoir tous ses morceaux.

MARLÈNE : Oh mon Dieu Ernestine mais que vous est-il donc arrivé??

GERTRUDE : Je ne sais pas Madame, je l’ai perdue de vue à un moment de la soirée et je viens de la retrouver dans la ruelle…

ERNESTINE :  Je ne me souviens de rien! (Elle éclate d’un rire niais.)

ALBERT (en colère, il va sans dire) : Vous étiez responsable de la sécurité de ces jeunes gens, monsieur Elvis! D’ailleurs où est mon porte-feuille?

ELVIS : Ah non non non, n’oubliez pas qu’en entrant à Laideurville vous avez signé ce contrat me dégageant de toute responsabilité! (Il sort un papier de sa poche et le brandit sous le nez du touriste qui fulmine.) Je vous avais bien dit de surveiller vos verres, c’est l’œuvre du GHB sans aucun doute possible!

ALBERT (postillonnant) : Vous ne vous en sortirez pas comme ça!

MARLÈNE (réconfortante) : Allons allons, mon cher ami, il faut que jeunesse se passe! Elle n’est pas blessée, elle a eu tant de plaisir… Rentrons à la maison maintenant. Cette visite fut exquise monsieur Elvis, j’en parlerai à mon entourage!

Ils lui tournent le dos et sortent de scène.

-Scène IV-

DÉCOR : Toujours la même rue. Elvis est seul sur scène et s’adresse au public.

ELVIS (morose) : Aaah mes amis, Laideurville n’est plus ce qu’elle était, je vous le dis… Mes tours guidés de la ville sont devenus si populaires auprès de la jeunesse de Perfection, je ne sais plus où donner de la tête… Leur divine beauté insulte nos pauvres yeux! Ces jeunes sont une véritable infection! De vrais dégénérés! Certains décident même de rester ici! Ils disent que c’est plus amusant, misère, ce qu’il ne faut pas entendre!! (Il soupire, au comble du découragement.) Que voulez-vous, c’est le progrès!

-Rideau-

Horreur

Acte I

Scène :Un écran blanc est descendu devant la scène.

Une lumière blanche illumine de derrière le décor.

On voit donc sur l’écran les ombres des meubles qui semblent constituer un bureau, chaise, plante, lampe, un divan. Une silhouette est assise à un bureau.

 On cogne à la porte

 Docteur :

Entrez!

 Une porte située à gauche de la scène s’ouvre, une autre silhouette entre (un homme).

 Le patient :

Bonjour Docteur.

 Docteur :

Assoyez-vous M. Tremblay, comment allez-vous aujourd’hui

 M. Tremblay :

Euh, comme d’habitude docteur, ce n’est pas très jolie.

 Docteur :

Ben voyons M. Tremblay, aujourd’hui c’est une belle journée de printemps. Les arbres sont en fleur, il fait doux, le soleil brille, le ciel est bleu…

 M. Tremblay :

Oui, oui, c’est vrai, mais le parfum des fleurs sur ces arbres, ça me donne des nausées. Le soleil est beaucoup trop brillant et m’irrite les yeux. Le bleu du ciel, me donne des vertiges…

 Docteur :

On a déjà discuté de tout ça M. Tremblay, je croyais qu’on avait fait des progrès. Vous deviez commencer à voir la beauté dans la vie qui vous entoure

 M. Tremblay :

Je sais docteur, et j’ai bien essayé, mais je n’y arrive pas, tout est laid.

Comment est-ce que je peux trouver quelque chose de beau quand la première chose que je vois en me levant le matin c’est cette tronche?

Dites moi docteur, est-ce que vous seriez capable de trouver des choses belle si vous deviez vous levez tous les matins avec une telle horreur qui vous dévisage?

 Docteur :

Euh, oui, je comprends, mais est-ce que je ne vous avais pas suggérer de couvrir les miroirs? Temporairement bien entendu, pour vous faire oublier cette laid…, cet handicap, pour vous permettre de pouvoir voir la beauté autour de vous.

 M. Tremblay :

Cet handicap?? Haha vous me faites rire docteur. Aujourd’hui on juge les gens par leur apparence, nous vivons dans une société bidimensionnelle vécu sur les pages des magazines, pour réussir on doit être beau. Je n’ai pas cette option. Je ne peux même pas y travailler, parce que j’ai essayé docteur. J’ai voulu passer sous le couteau, subir une chirurgie. Mais on m’a clairement dit que les technologies pour améliorer mon sort n’existaient pas encore…

 Je suis la laideur incarné docteur, comment trouver le monde qui m’entoure beau?

 La lumière qui illuminait l’écran s’éteint tout devient noir

 Fin de l’Acte I

Déclamation

La laideur ce n’est pas du vaudeville, ce n’est pas du théâtre.

Mais bien une réelle tragédie, sans masque.

Il y a la laideur physique, cet accident tragique qui gâche la vie de ceux qui la portent, douloureusement – heureusement certains finissent par l’accepter.

Il y a la laideur intérieure, cette perversion de l’esprit qui gâche la vie de ceux qui la subissent, douloureusement – heureusement certains finissent par la fuir.

Rideau

Du parterre au balcon

Applaudissements

Rappel

Salutations et révérences

Restaurant

T’es belle

La scène est séparée en deux pièces. Côté cour, une chambre à coucher : Lit, garde-robe, table de chevet avec quelques livres éparpillés. La porte d’entrée. Côté jardin : un salon : fauteuil, téléviseur, table basse où reposent revues et journaux.

Devant la garde-robe ouverte, Monica arrache frénétiquement les morceaux accrochés aux cintres en les balançant par-dessus sa tête. Elle soupire souvent, lâche quelques fois un petit couinement de découragement, et lance les vêtements jusqu’à épuisement du stock.

Monica , criant presque: Ostie, j’ai vraiment rien à me mettre.

Elle se laisse choir sur le sol, dans une montagne de vêtements. Elle continue de fouiller dans les vêtements sur le sol, l’air complètement découragé. Elle se gratte la tête, finit par se lever. Elle va au Salon, s’évache, prend un magazine sur la table, et  le feuillette rapidement. Soupire à nouveau. S’arrête sur une page et la fixe. L’arrache, la regarde à nouveau

Monicade plus en plus fort, déchirant rageusement la page en mille morceaux: Fuck you! Fuck you! Fuck you! Fuck you! Fuck you! Fuck you! Fuck you! Fuck you! Fuck you! Fuck you! Fuck you!

Elle regarde le bordel. Se prend les cheveux, soupire, et s’accroupit pour ramasser tous les papiers déchirés. Elle les dépose dans la poubelle. Elle ramasse le magazine et retourne à la chambre. Monica se fixe dans le grand miroir qui reflète sa silhouette au public. Elle examine son visage, puis une autre page du magazine. Se rapproche encore plus du miroir et le scrute de plus près. Longuement. Violemment, elle frappe le miroir d’un bon coup de poing, le fait éclater et rebondit sur le lit, en se tenant la main ensanglantée.

Monicase balançant : Tabarnak!

Entre Simon par la porte, côté cour, les bras chargés de nombreux sacs.

Simonen avançant jusqu’à la porte de chambre jusqu’à apercevoir Monica sur le lit : Monica! Attends de voir le festin que je nous ai acheté. J’ai deux… Qu’esse t’a faite, ostie?

Il laisse tomber tous les sacs et s’agenouille devant Monica.

Simon, paniqué : Ben voyons donc, mon amour… Qu’essé ça? Qu’esse qui est arrivé?

NOIR

Couchés sur le dos. La main de Monica est bandée. Simon, les bras dans les airs, tient le magazine de Monica et reste fixé sur une page.

Simonse relevant: Franchement…

Monica : Qu’esse que tu veux que je te dise Simon… Si tu savais à quel point j’me trouve laide…

Simon : Mais t’es pas sérieuse… Elle est moche, cette fille…

Monica : Moche, ta gueule! Regarde ses yeux, la rondeur de ses lèvres, ses mamelons qui pointent… ÇA, c’est une belle fille, loin d’être moche…

Simon : Euh… Photoshop, chérie, ça te dit quelque chose?

Monica, soupire en s’assoit : Simon la tourne et lui prend le visage entre ses deux mains.

Simon : T’es la fuckin’ plus belle.

Monica : Calisse, niaise-moi pas!

Simon : Calisse toi-même, Mo! À mes yeux c’est toi la plus belle!

Monica : j’suis laide pis j’suis grosse pis j’suis…

Simon, la coupant : Eille! Ces filles-là sont fakes. Moi j’taime, pis j’te trouve belle. Comme t’es. Avec ta face de zombie quand t’es sur la brosse, avec ta face toute croche quand tu pleures, avec tes rides de rire, avec ton caractère de marde, avec tes cheveux qui se mêlent dans le vent. J’t’aime TOI! Pis c’est toutes tes petites manies qui font que t’es belle. Se levant. La façon de mettre ton tshirt. La façon que tu tiens ta fourchette, la façon que tu craches le dentifrice…  Tu serais dans une ostie de revue pis je ne t’aimerais PAS!

Monica : C’est vrai ces mensonges?

Simon : Bah… R’passe-moi don’ la revue, voir…

NOIR

Je suis comme ça

La salle, silencieuse, est plongée dans le noir.  Dans un claquement sonore, le faisceau lumineux d’un projecteur s’allume subitement côté jardin, créant un rond de lumière sur le plancher.  Une femme avance et se tient debout au milieu du cercle, perchée sur des talons hauts couverts de paillettes, un superbe sac en cuir suspendu à l’épaule.  Dans la trentaine, elle a l’air d’une carte de mode.  Ses cheveux brillants ondulent sur ses épaules, ses lèvres roses ne sourient pas, ses yeux très maquillés regardent droit devant elle.  De chaque côté de sa tête, une fine et longue boucle d’oreille dorée reflète la lumière surplombante.

–  Je suis laide.  Tous les matins, je me lève, et c’est le branle-bas de combat.  Vite, vite, il faut que je le camoufle!  Je me lave, je me crème, je me parfume, je choisis de beaux vêtements, je les enfile religieusement, puis je traite mes cheveux, je les sèche au diffuseur, je les lustre et je les coiffe. Puis je mets le cache-cernes, le fond de teint, je dessine mes lèvres et puis je les peins, je crayonne mes yeux, j’y mets de l’ombre à paupières, j’applique le mascara, je dessine mes sourcils.  Je mets les boucles d’oreilles, j’enfile mon collier, mes bagues, je me glisse dans mes souliers et là, vient le moment fatidique. Avant de sortir, je passe devant le grand miroir. Celui qui me projette l’image à partir de laquelle tous les gens que je rencontrerai dans la journée auront une idée de moi, de ma personnalité.

Le projecteur s’éteint.  La salle retombe dans le noir.  Côté cour, claquement sonore, un autre faisceau lumineux s’allume.  Une seconde femme avance jusqu’au milieu du cercle.  Grande, les cheveux blonds attachés négligemment, le visage exempt de maquillage – hormis ses joues un peu rougies.  Elle semble sortir d’une séance d’entraînement, elle porte un survêtement et un pantalon de sport.  Ses yeux d’un bleu pénétrant brillent d’une vitalité naturelle.  Elle sourit doucement.

–  Là, je l’sais que j’sens pas la rose pis j’ai l’air d’une grosse guimauve… mais maudit que je me sens bien!  Depuis que j’ai arrêtée de m’en faire avec c’que j’ai l’air, c’est comme si j’sentais qu’les autres n’y accordaient plus autant d’attention eux non plus.  Je l’sais bien qu’c’est juste dans ma tête – y’aura toujours des gens qui se la jouent comme je le faisais, qui font tout ce qu’ils peuvent pour «avoir l’air»!  L’air à la mode, l’air d’avoir de l’argent, l’air d’être en forme, l’air d’être heureux, l’air d’être aimé, l’air d’avoir plein d’amis, l’air d’avoir confiance, l’air d’avoir de la vision, l’air d’être promis à un bel avenir.  Parce qu’en «ayant l’air», on a l’impression d’être.  Parce qu’aux yeux des autres, de cette façon, on a l’impression de compter, de se faire aimer davantage.  Mais quand on se réveille le matin, les cheveux tout défaits, dans un lit vide, et que notre compte de banque se vide plus qu’il ne se remplit,  on le sait bien qu’on n’est pas c’qu’on a l’air. On sait que cette image qu’on projette n’est qu’une idéalisation de notre identité, et que personne ne pourra jamais vraiment nous connaître.  On n’est pas toujours à notre meilleur.  La laideur, ça fait partie de la vie, pourtant ça reste tabou, c’est interdit, il ne faut pas en parler, surtout pas la nommer.  Il faut s’en dissocier, coûte que coûte!  On perd la face à se la refaire.  J’étais encore mannequin, il a cinq ans.  J’en ai vu de toutes les couleurs.  Mais je ne me voyais plus, moi.  Je n’étais plus que cette idéalisation de ma personne.  Mais je suis là, maintenant.  Prête à aider qui que ce soit.  Je tends la main à qui veut la prendre!

Claquement sonore, le premier projecteur se rallume d’un coup.  La première femme se tourne vers l’autre doucement, laisser tomber son sac au sol.  Elle porte une main devant sa bouche, puis laisse tomber ses deux bras de chaque côté de son corps.  Elle relève la tête et plonge son regard dans celui de l’autre femme.

– Moi. Aide-moi, je t’en supplie.

La deuxième femme se tourne vers la première, lui adresse un grand sourire, et ouvre les bras dans sa direction.

La salle retombe dans le noir. Fin du premier acte.

La trappe

SCENE 1

Décor : un studio de jeune célibataire – sofa-lit défait, télévision, coin kitchenette, des sous-vêtements qui trainent, une bibliothèque avec système de son, un ordi sur un mini-bureau, un téléphone sur une table de chevet à côté du sofa-lit. Deux portes : la porte d’entrée et une porte qui donne sur la « salle de bain ».

Lisa, une jolie fille début trentaine, rentre dans la pièce habillée en tailleur jupe, soupire, enlève ses souliers à talon qu’elle balance près de la porte, se détache les cheveux, va se vautrer sur son lit défait, soupire de nouveau.  Elle se frotte les yeux – visiblement, sa journée a été épuisante.

Le téléphone sonne. Toujours vautrée sur le lit, Lisa décroche.

Lisa – Allôôô ?… Marc ! Comment tu vas ? … Non, non je viens de rentrer….Mais oui, c’est parfait, j’ai eu une journée pourrie, je vais pouvoir te conter ça (rires). Ben non, viens-t’en, fais-toi z’en pas…. De la bière ? Oh, pas la peine, j’en ai deux dans le frigo…. OK, je t’attends ! »

Rideau.

 

SCENE 2

Décor : le même studio rangé à la va-vite, les sous-vêtements ont été ramassés et les draps du sofa-lit ont été replacés mais le sofa n’est pas replié.

Lisa sort de la salle de bain. Elle s’est changée pour une jupe plus décontractée et termine de se sécher les cheveux énergiquement à la serviette. La sonnette retentit, elle va ouvrir, la serviette à la main.

Lisa – Marc ! Ça me fait plaisir de te voir, j’avais tellement besoin d’un ami là, là…

Marc (rentre dans le studio un pack de bières à la main, tout sourire) – ah, ma belle Lisa je suis content de te voir aussi, ça fait trop longtemps !

Lisa – Ben… une semaine ! Mais, oui ! (rires) Kessé ça, je t’avais dit de pas amener de la bière.

Marc – Come on, on relaxe, c’est le weekend qui commence…

Marc ouvre une bouteille qu’il tend à Lisa. Il va s’asseoir sur le sofa-lit avec sa propre bière à la main. Il tapote à côté de lui en faisant signe à Lisa de venir s’asseoir. Lisa s’en allait vers la chaise du bureau, elle hésite, puis va finalement s’installer près de Marc.

Marc – Allez, on trinque un coup et tu vas me raconter ça ta journée…

Rideau.

 

SCENE 3

Décor : Même décor. Lisa et Marc sont toujours assis sur le sofa, Marc s’est rapproché. Plusieurs bouteilles vides trainent du côté de Lisa. Marc lui remet une bouteille dans les mains dès qu’elle finit la sienne.

Lisa (éméchée) – Faque c’est ça, j’y dis que j’suis en amour, j’y déclare ma flamme, ostie, pis y m’dit « non, mais on peut continuer à baiser si tu veux ». Faque chuis partie.

Elle rit mais le cœur n’y est pas. Marc lui frotte le dos, lui remet une mèche de cheveux, Lisa lève les yeux vers lui avec un air de chien battu et Marc profite du moment pour l’embrasser. Lisa a un mouvement de recul mais se laisse faire quelques instants, puis écourte le baiser avec un rire gêné.

Marc (en mettant une main sur la cuisse de Lisa, près de son entrejambe) – Alleeeez, fais pas ta prude, ça va te faire du bien…

Lisa – Ché pas, Marc, t’es mon ami… ?

Marc l’interrompt avec un nouveau baiser, fait basculer Lisa sur le lit et passe la main sous sa jupe. Lisa se laisse faire, elle est molle sur le lit tandis que les mouvements de Marc sous la jupe de Lisa deviennent plus saccadés, et finalement brutaux. Lisa pleure.

Lisa – OUCH ! Marc !

Marc retire sa main. Il voit du sang au bout de ses doigts et fait une moue de dégoût.

Marc – T’as pas une saloperie, j’espère ?

Rideau.