53e thème

Thème :

Le retour.

Contrainte :

Aucune contrainte.

Enfin de retour pour votre plaisir!

Nous accueillons Maude B. Nouvelle frappeuse du samedi. Nous disons aussi au revoir à Valérie, bonne chance dans tes futurs projets!

Soyez à l’affût, certains auteurs ont changés de jours de publication!

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Remboursement svp

Mr. R.Q.

Cher Revenu Q, il y a longtemps que nos adresses ne se sont pas croisées, il me semble. Cela doit faire au moins un an..?

J’ai attendu à m’en ronger les ongles ta réponse. Les jours filent en mailles et toujours rien. Je crains l’inévitable, tu ne m’as jamais aimée. Tu te forces à me lire, toi si soutenu et moi si simple, allez, je sais, je t’ennuie. Avec presque rien.

Prends au moins la peine de relire ma dernière déclaration. Qui était dans l’erreur, toi ? Moi ? Pas important, accorde-nous une deuxième chance, révise-moi en douceur.

Mais par contre, arrête de me poser toujours les mêmes questions bêtes, mon numéro de ci, mon numéro de ça, ma couleur ou ma température, je ne suis plus en mesure d’y répondre et cette opération a assez duré. N’est-ce pas.

Aussi, j’ai perdu mon nom d’utilisateur.

Cordialement, je n’espère même plus ton retour. Enfoiré d’impôt.

« Non… n’attends pas mon retour… »

Je n’ai pas choisi d’attendre ton retour.
Je suis d’ailleurs incapable de faire des choix pour moi.
De faire des choix, point.
Je reste là, sans bouger d’un poil, dans l’espoir qu’un jour tu reviennes.
Sur ta décision.
Vers moi.

J’voudrais que tu rentres à la maison.
Au bercail de notre amour.
J’voudrais que tu sortes de ta torpeur, revoir ton sourire, réentendre ton rire qui me semble si loin déjà.
Tes vêtements sentent la mort de notre enfant.
Mais je t’aime.
Et je suis là.
Et je t’attends.
Bien malgré moi.

Même si ton corps touche le mien, même si mes jambes tremblent sous le poids de ton corps, ton cœur est vide de moi.
Je voudrais le remplir.
Je voudrai le remplir.
Jusqu’à ce qu’il déborde.

Quand, enfin, reviendras-tu ?

1966

Ce matin on est allé à l’église et le curé m’a demandé d’enlever ma casquette.

Cet après-midi on est tous réunis dans le grand salon de notre grande maison. Il y a mes tantes, mes oncles, mon frère, des gens que je ne connais pas, il y a des plus vieux encore, mais ceux-là sont assis, ils ont l’air très vieux, on dirait qu’ils portent des masques.

Aujourd’hui il fait encore beau et j’aimerais aller joué dehors, mais je ne peux pas, je suis trop bien habillé et il faut surtout pas que je me salisse.

La voisine est là aussi, elle parle toujours beaucoup avec maman dans le jardin, il y a sa fille aussi qui a le même âge que moi.

Aujourd’hui il fait chaud, très chaud, car les grands transpirent, mais moi ça va je ne transpire pas.

Sur des tables il y a des sandwiches, de la limonade et des gâteaux.

Dans le coin de la pièce il y a deux valises et un sac.

Elles y sont depuis une semaine, elles appartiennent à papa.

Ce sont ses effets personnels maman m’a dit l’autre jour en pleurant et en me serrant très fort – depuis elle pleure et me serre très fort.

Aujourd’hui elle porte une belle robe d’été, toute blanche.

Je traverse la pièce et m’approche de la cheminée, il y a une grande photo de papa qui sourit dans son bel uniforme de pilote, une pipe à la bouche, les bras croisés.

Je sens une main qui caresse mes cheveux, c’est maman, qui s’est approchée, et qui me dit :

Papa est de retour !

Enfin de retour

De retour, à tantôt,
C’est mon tour à présent
De vouloir te revoir
Et c’est long les saisons

Dans l’attente du moment
De bonheur que j’ai chaud
Et de tard qui me gèle
L’entre deux sera mieux

De retour ton ardeur
Me frissonne tout autour
Renouveau dans mon cœur
Je dégoutte sans pudeur

Et quand vient le beau temps
Souffles torrides et collantes caresses
Canicule de juillet
Je maigris de tendresse

C’est l’été et c’est chaud
Éternel insatisfait, demain je voudrai
Que le temps à nouveau
Revienne à la normale…

Bon retour à tous!

Un voyage sans billet de retour

C’en était fini de cette vie pourrie. Elle avait pris une décision sans retour. Elle avait vendu sa maison ainsi que tout ce qu’elle pouvait, le reste elle le donnerait. C’était aujourd’hui sa dernière journée dans cet emploi de marde, fini d’entendre les clients s’obstiner pour retourner la cochonnerie qu’ils avaient achetée. Fini d’essayer de faire respecter une politique de retour à la con pour une compagnie qui traitait ses employés comme des numéros. Fini d’attendre quelque chose en retour de la vie, fini d’attendre un retour de la fortune.

Bref, c’était peut-être un retour d’âge, mais elle n’en pouvait plus. Elle voulait recommencer, repartir à zéro. Elle avait passé le point de non-retour, le billet d’avion était acheté, elle partait pour une nouvelle contrée. Ce serait en quelque sorte un retour au bercail, un retour aux sources.  C’était dans son sang quelque part, des traces de ce pays lointain, une grand-mère ou une arrière-grand-mère née sur une ferme. Peut-être qu’elle s’achèterait une ferme; faire un retour à la terre, un retour à la nature. Elle pourrait y cultiver ce qui serait suffisant pour sa survie. Fini les relations, fini le travail, elle avait décidé de vivre sa vie seule. Elle voulait avoir la paix

Perdre

Emilie tourne en rond. La vaisselle est faite, il est trop tard pour sortir, trop tard pour appeler ses amies, elle n’a pas envie de dormir. Elle s’installe dans le salon et allume la télévision. Elle zappe les chaines en enfilade sans les regarder.

« Que de la merde ! »  Elle se relève en soupirant pour éteindre le poste au milieu d’une infopub vantant une brosse à dents électrique, puis retourne dans la cuisine vérifier l’heure. Dix minutes à peine se sont écoulées. Depuis quand était-elle devenu si dépendante ? Est-ce qu’elle devait encore essayer son cellulaire ? Ça faisait harcèlement, non ? Elle s’en voudrait de devenir une fille comme ça. De toute façon, il ne répondait pas, et il verrait déjà qu’elle avait appelé plus tôt. Mais il avait dit qu’il rentrerait vers 1h du matin, alors pourquoi n’était-il pas encore là ? La soirée traine, c’est tout, il s’amuse trop. Tu le sais, qu’il y a une bonne raison, il y a toujours une bonne raison, et après, tu te sens ridicule d’avoir imaginé le pire. Elle remarque, agacée, qu’elle a recommencé à se ronger les ongles.

Elle ramasse son roman et retourne s’installer dans le sofa. Elle reste deux minutes les yeux dans le vague, à triturer son index gauche, tant et si bien qu’il finit par saigner. Elle reprend ses esprits, veut poursuivre sa lecture, bute sur la deuxième phrase, lutte pour se concentrer. Doit relire le paragraphe au complet…

Son « Calvaire! » retentit en même temps que le livre qu’elle vient de projeter percute un bibelot.

La tête entre les mains, elle tente de contrôler sa respiration.

Mai 1989, sa meilleure amie Geneviève se faisait faucher sous ses yeux par un chauffard à la sortie de l’école. Elle se repasse la scène au ralenti, en silence. Sauf que dans sa tête, Alex a pris la place de Geneviève, l’école est devenu le St-Sulpice, il fait nuit, c’est la sortie des bars…

Le microonde indique 2 :27. Elle soulève le combiné téléphonique, et compose, tout en sachant pertinemment que personne ne décrochera. Un… deux… trois… quatre sonneries… elle en compte dix… puis quinze… Pour se prouver qu’elle a raison, elle pousse même jusqu’à vingt, en serrant les dents. Quand elle raccroche, c’est pour faire pression sur ses yeux et empêcher les larmes de sortir. La rage, provoquée par un sentiment d’abandon et d’impuissance, lui bloque le fond de la gorge dans un nœud douloureux.

Il est tard. Elle ferait mieux d’aller se coucher. Il n’a pas vu l’heure passer. Check donc ça, il va arriver deux minutes après que tu te sois installée dans le lit.

Au lit.
Les yeux fixés au plafond, comme une toile cinématographique où jouent des scénarios catastrophes. Complaisance dans l’auto-apitoiement. Elle s’en veut, se trouve faible. N’arrive plus à retenir ses larmes.

Ses oreilles aux aguets lui jouent des tours, son cœur bondit chaque fois qu’elle entend une auto ralentir – c’est sûrement son taxi? Elle aurait le goût de sucer son pouce, n’importe quoi pour apaiser la crise d’angoisse qui se pointe, mais rien n’y fait. Après un quart d’heure, elle n’en peut plus, se relève – pour faire quoi? – s’installe en haut des marches de la cage d’escalier donnant sur la porte d’entrée du grand 6 ½ où Alex et elle ont emménagé l’été passé. Pleure encore.

Puis ses lèvres se plient en grimace de torturée. Son visage entier se contracte et se froisse comme un linge qu’on essore entre ses doigts. Son cœur s’emballe, sa respiration s’accélère, elle commence à hyperventiler. Calme toi! Elle enfonce ses ongles dans ses paumes, récite dans sa tête : la capitale du Venezuela est Caracas, la capitale de la Colombie est Bogota, la capitale du Pérou est Lima, la capitale… Sanglots incontrôlables. Elle capitule, s’allonge, succombe à la névrose jusqu’à ce que son corps épuisé cède à son tour.

3 :32. La porte s’ouvre sur Alex passablement saoul.