Souvenir

J’ai un rocher, dans sa petite boite en plastique rectangulaire. Il est placé sur la tablette en haut de ma télévision. Toujours dans mon champ de vision, toujours dans mes pensées. C’est le dernier de sa boite, et je n’arrive pas à le manger. Il représente tellement plus qu’un chocolat. C’est le dernier morceau qu’il me reste de lui. Cette boite qu’il m’a donné à la St-Valentin, la dernière fois où on flottait sur des nuages, avant que tout dégringole.

Maintenant il est parti, il a ramassé toutes ces affaires et il est parti, sans se retourner, sans dire un dernier mot. Il ne reste plus aucune trace de lui dans mon appartement sauf ce rocher.

Ce petit morceau de chocolat est pour moi un poids immense, tel un véritable morceau de roc. Je ne peux le déplacer, il est impossible de le soulever, de le passer par la porte. Ce si petit morceau est pour moi un boulet qui me rattache à mon passer, tant qu’il sera ici je n’arriverais pas à avancer, à passer à autre choses.

Si vous venez chez moi, ne vous gênez pas et servez-vous. Vous me libérez d’un poids immense

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Canot

J’m’en vais dans un monde que je connais et qui me fait peur.
J’embarque, encore, dans un canot.
J’y dépose mes effets.
Je sais même pas où je vais.

J’vais ramer. Même à contre-courant. Encore.
Si je frappe un rocher, c’est pas plus grave.
Ce sera pas la première fois.

Y fait noir. Y fait clair. Des fois y fait froid.
On se fie pas sur Météomédia.
Ça dit toujours n’importe quoi.
Je fonce. Malgré l’angoisse.
Qu’est-ce qui pourrait être pire que de frapper mon mur, le roc, le vide?

Rien.

On se relève tout l’temps.
Même quand on ne peut pas, même quand on a peur.
Même quand c’est pas l’bon moment.

J’suis amoureuse. Fack j’rame.
Le soleil se lève. Encore. Toujours.
Y fait clair dans mon canot.
Fait clair sur le lac.
Fait clair dans mon lit.
Fait clair sous ma peau.
Ça aurait pas rapport que je slaque.

J’ai même pas peur. J’suis pas une tapette.
J’pense qu’i va faire beau.
J’espère. Encore. Toujours.
Pour toujours.

Malgré moi mon Île

Je suis né sur un rocher

Je ne sais pas si c’est un grand rocher ou un petit

Car c’est le seul que je connais

Je ne peux pas le comparer

Et jusqu’à hier je ne voyais pas comment je pourrais le quitter

Il est entouré d’eau

Et je ne sais pas nager

Je ne sais pas voler non plus

Au loin et de tous les côtés il y a l’horizon – à perte de vue

Une véritable distraction – heureusement

Mais hier – j’ai eu une révélation

Pour la première fois

Pendant mon sommeil

J’ai rêvé !

J’ai nagé – j’ai volé – j’ai quitté mon rocher

J’ai hâte à la nuit prochaine

La roche magique

L’autre jour j’ai eu six ans et mon père m’a offert une bicyclette rouge qui s’est malheureusement fait voler le jour même. En fait, je ne l’ai jamais vue car lorsque je suis sortie pour qu’il me la montre, ben elle était déjà plus là! J’étais déçue mais tout de même heureuse car je venais d’avoir la confirmation de ce que je soupçonnais à propos de la roche qui s’était détachée du gros rocher alors que j’y grimpais. Je l’avais ramenée à la maison car j’avais remarqué qu’elle brillait et scintillait par endroit. Mon père m’avait dit en la voyant : – C’est une roche magique! Si tu la frottes bien tous les soirs avant de t’endormir, elle se remplira d’or, de diamants et de pierres précieuses. Le même soir maman m’a mise au lit après que j’aie astiquée ma roche mais j’ai eu du mal à m’endormir parce qu’elle s’est disputée très fort avec mon père. Ça arrive souvent. Ma mère pleure beaucoup elle crie : – T’es encore allé la r’joindre? C’est ça? Dis-le!!! Arrête de me mentir dans’ face!!! T’es pas allé en voyage de chasse le mois passé, hein? Avoue? T’es partie une semaine à Acapulco avec ELLE!!! JE L’AI SU!!!

D’abord mon père rit puis il répond- Arrête donc de niaiser! De quoi tu parles?!  Puis il finit par se fâcher et faire des menaces à ma mère, du genre qu’il va la câlisser là une fois pour toutes avec pas une cenne.

Avant je me cachais la tête sous l’oreiller quand ils s’engueulaient mais maintenant j’ai ma roche et je la polis en me disant que quand elle va être bien mûre, je la casserai et offrirai l’or, les diamants et les pierres précieuses à ma mère. Après on partira en voyage, ma sœur, ma mère et moi, sur un grand bateau pour Acapulco et ma mère sera heureuse.

Hier ma mère a mis nos vêtements dans une grande valise et nous sommes parties vivre chez ma grand-mère. Ma grand-mère est très gentille. Elle joue avec moi, m’apprends à coudre et à tricoter pendant que ma mère pleure au téléphone. Ça me rend vraiment triste de la voir comme ça, ma mère. Je vais donc chercher ma pierre, elle brille vraiment beaucoup. Je décide de la casser afin de nous offrir ce présent qui va changer nos vies. Je vais dans le garage de mon grand-père avec mon bout de rocher. Je l’installe sur l’étagère, j’éprouve une émotion intense. Je prends un marteau dans le coffre et je frappe un grand coup sec mais rien ne se casse. Pas grave, je ne me décourage pas, je prends une masse un peu plus grosse et très lourde pour mes bras mais quand je pense à ma mère ça me donne des forces. Je prends mon élan et d’un autre coup, je brise la roche en deux. Et savez-vous quoi? Savez-vous ce que j’ai trouvé à l’intérieur? Absolument rien!!! Seulement de la roche! Alors j’ai compris pourquoi ma mère traitait mon père de menteur.

J’ai gardé les morceaux de la roche. Je les traine souvent dans mes poches. Un jour quand il viendra faire pleurer ma mère j’irai péter ses vitres de char avec mon slingshot magique!