35e thème

Le thème:

Le syndicat (sous toute ses formes)

Contrainte: 
Utiliser un met italien ou chinois en analogie.
Publicités

Nouilles en grève

C’est une étrange procession qui déambule sous nos yeux aujourd’hui. Toutes les grandes artères de la ville sont bloquées. Et il en est ainsi pour plusieurs grandes villes du monde. Nous sommes tous sur nos balcons, pantois, et nous n’en croyons pas nos yeux. Que penser de cet absurde défilé?

C’est la grève des nouilles.

Nous tremblons de peur devant les conséquences de cette révolte. Nous n’aurions jamais cru cela possible. Des milliards de nouilles ont envahi les rues de la Terre. Des spaghettis, bien droits, des macaronis roulant sur eux-mêmes, d’élégantes lasagnes tenant des banderoles… Toutes sortes de pâtes marchent, ensemble.

Un journaliste questionne un fusilli ambassadeur.

-Nous voulons de meilleures conditions de vie. Nous voulons nous syndiquer. Nous voulons sensibiliser les gens à nos misérables conditions. Les gens se soucient beaucoup des poulets, par exemple, s’ils ont été élevés en cage ou à l’extérieur, les gens veulent manger des poulets heureux! Mais qu’en est-il de nous? Avez-vous déjà visité une usine de pâtes alimentaires? Ça n’arrête jamais, jour et nuit! Et que dire des OGM, monsieur? Les scientifiques nous dénaturent!! Nous on veut simplement nourrir les gens, mais dans la dignité! Connaissez-vous les statistiques concernant l’épuisement professionnel chez les nouilles? Des chiffres effarants, monsieur!

Un fettuccine passe devant la caméra, interrompant l’entrevue par son cri de guerre; quand il sera au bulletin de nouvelles ce soir, le pays tout entier l’entendra hurler sa rébellion : « On est dans l’eau chaude! » Nous verrons un peu de bousculade, l’amorce d’une émeute, de fragiles spaghettinis se casseront tristement sur le macadam…

La grève durera longtemps. Nous découvrirons que les nouilles sont têtues. Un jour la ville prendra feu. Les pauvres, affamés, privés de leur principale nourriture, deviendront agressifs. Des vitres seront fracassées, des voitures renversées, des commerces incendiés. Des supermarchés seront vandalisés; nous y verrons des mères de famille se battre à coups de poing pour les derniers sacs de macaronis.

La population mondiale est à genoux, prise en otage, et n’y comprend rien. Les revendications des nouilles sont de plus en plus irréalistes. Nous assistons à des dialogues de sourds.

Personne ne l’avait vue venir, cette grève des nouilles. Et personne ne sait comment ça va finir.

Egg roll

Faire partie d’un syndicat c’est un peu comme un egg roll….

Le syndicat, c’est comme la pâte, ça rassemble un paquet de légumes, certains se ressemblent d’autres diffèrent. Mais tous ces légumes hachés font ensemble un tout essentiel.

Ça nous protège de l’huile bouillante. Même si on finit par avoir chaud pareil.

Si la pâte était pas là, on serait juste des petits morceaux de légumes, tout seul dans de l’huile bouillante.

En même temps, on ne peut pas vivre l’un sans l’autre, de la pâte toute seule, sans rien à l’intérieur, ce n’est pas vraiment meilleur…

Si on n’était pas tous ensemble, pâte et légumes, on perdrait un peu de notre identité en tant qu’egg roll… On serait pas mal moins bon, surtout à la grosseur qu’on est quand on est tout seul. Ce serait vraiment moins satisfaisant à manger.

Bref, même si la pâte c’est la partie frite qui est le moins bon pour la santé, on peut pas vraiment vivre sans.

Le Syndicat C’est Vous !

Le syndicalisme a déjà ressemblé – jadis – à un bol de riz chinois bien gluant – chaque grain représentant un citoyen soudé à son voisin – derrière son délégué – risquant tout – sans compter – à un rythme débridé

Aujourd’hui – il aurait plutôt un arrière goût d’Italie – les délégués agitent les bras devant leurs membres affolés – comme des épouvantails – mais tels des gelati sous le soleil de la Toscane – ils fondent face à un patronat devant lequel ils s’agenouillent – bouche bée – pris à rêver de porter eux aussi un jour de l’Armani

Le Plan

La cafétéria battait son plein. Comme tous les jours entre 12h et 14h, les élèves se propulsaient vers les tables et certains se chamaillaient autour des micro-ondes toujours trop achalandés. Kevin lança son sac à lunch sur la table et s’assit mollement devant Jason.

-Yo, ça va, man?
-Bof… Pas pire…

Kevin passa une main dans son toupet trop long, qui lui recouvrait la moitié du visage et entreprit de déballer son sac.

-Qu’est-ce qui s’passe? Interrogea Jason.
-J’sais pas, j’suis écœuré… J’ai ben d’trop d’devoirs! J’en arrache! Pis ça, c’est sans compter le temps que je passe à étudier pour le maudit exam de géo…
-J’avoue que j’capote ben raide moi’vec! T’as-tu la recherche à faire en bio, aussi?
-Mets-en…  J’capote. J’pense que je vais faire un burn-out…

Jason s’appuya sur la table pour se relever et, intrigué, demanda à Kevin :

-Qu’est-ce t’as dans ton lunch?
-Une maudite sandwich à goberge…
-On dit « un »…
-Ah, va chier… toi, qu’est-ce que t’as?
-Ah… Des eggrolls…
-Chanceux!
-Ark, non! Les eggrolls, c’est comme la vie. Tu sais jamais c’est quoi qu’y’a d’dans, pis t’es obligé de mettre de quoi d’sucré d’ssus pour que ça soit l’fun.
-Tu mets du sucré dans ta vie toi?
-Bah, laisse faire…

Ils mangèrent leurs lunchs, chacun dans leurs pensées. Kevin pris une longue gorgée de son jus Oasis. Jason chuchota :

-On devrait faire la grève…
-La quoi?
-La grève… Tsé, genre comme monter une équipe pis pu faire nos dev’…
-Pis couler notre secondaire 4?

Jason croqua vigoureusement dans une pomme verte.

-Ben non! Tsé genre, on passe une pétition… Pu personne fait ses devoirs; dans classe, on fait pu les dictées. On se mobilise genre, on se met tout’ du même bord pis on bouge pu!
-Comme ceux dans rue avec des pancartes, genre?
-Genre!! Ouais, c’est bon ça, des pancartes!!

Kevin retira quelques oignons de son sandwich et demanda :

-Tu crois que ça pourrait marcher?
-Qu’est-ce qu’on a à perdre d’essayer?

Les deux garçons se firent un high-5 et retournèrent à leur repas.

-Tiens, j’te donne mon dernier eggroll, mais j’ai pu d’sauce aux prunes…
-Ark! Dégueu, sans la sauce!
-C’est ça que j’te disais….

Actarus et le syndicat des escargots

Pendant que François sur Facebook se demande pourquoi Actarus tourne deux fois sur lui-même pendant son transfert (à 2 :08), moi je me demande comment pondre en moins de 20 minutes un texte sur le syndicat, thème qui ne m’inspire absolument pas. J’ai bien vaguement réfléchi, hier soir, avant de tomber assommée par le cumul de mes heures devant l’écran, à une histoire de potager. Une histoire dont le principal protagoniste serait un lapin frustré. Et où est le syndicat dans tout ça, vous vous demandez? C’est le syndicat des escargots. Ceux qui veulent garder les laitues pour eux tout seuls, sous prétexte qu’il suffit d’une laitue pour nourrir 10 escargots en une journée alors qu’un seul lapin la dévorerait en moins d’une heure. Suite à une grosse campagne de sensibilisation, ils auraient réussi à mettre les chenilles et les limaces de leur bord, moyennant une feuille bien croquante par-ci par-là. Le lapin étant le seul de sa gang, il aurait fermé sa gueule. Seulement voilà, pour un lapin, c’est frustrant de devoir se contenter de carottes, qu’il faut déterrer, ou de pissenlits, qui sont visqueux comme un potage aux gouttes d’œufs – Ha! Je l’ai casé mon met chinois. Un authentique en plus. Parce qu’au départ je pensais parler des escargots translucides comme des rouleaux de printemps, seulement les rouleaux de printemps, c’est vietnamien, pis ça marchait pas du coup. Bref. Revenons à notre lapin. On l’aurait appelé Jeannot, pour faire simple, et pour pas répéter « lapin » tout le temps, comme si on avait de la boucane en pleine face. Jeannot en aurait son truck du syndicat. Avant le syndicat, il pouvait bouffer de la laitue tant que ça lui chantait, et tant pis pour les escargots. Puis un jour, Roberta était arrivée, avait rassemblé les escargots, qui s’étaient organisés et le syndicat était né, poil au nez.  Bla bla bla. Je sais pas trop ce que j’allais raconter ici, mais vous imaginerez. Au bout du compte, Jeannot aurait embauché un crapaud pour bouffer quelques escargots, parce que figurez-vous que les crapauds bouffent  des escargots. Dingue. Vivants, comme ça, sans sauce au beurre et au persil, ça doit vraiment être dégueulasse. Il y avait plusieurs fins possibles : celle où les habitants du potager condamnaient le lapin à l’exil, celle où le crapaud et Jeannot règnaient en  maitres sur le potager, ou pourquoi pas, celle où je vais me coucher parce que les 20 minutes sont écoulées.

Ventre plein n’a point d’oreille

Je ne vais jamais manger à la cafétéria. Tout le monde a toujours de meilleurs lunchs que moi, mon sandwich tout sec ne me tente jamais et je finis toujours par m’empiffrer de cochonneries achetées dans des machines distributrices. Mais aujourd’hui, le lunch est gratuit. Un lunch gratuit, reste un lunch gratuit, même si c’est un spaghetti, je m’en accommode. Je m’installe donc à une table. Il y règne une atmosphère curieuse. Tous semblent en avoir beaucoup à dire, je veux dire, davantage que leur blabla insignifiant sur tel collègue blessé ou que la blague salace de tel collègue de la rive-sud. Rien à foutre, je mange mon spaghetti. Soudain, on m’arrache violemment ma casquette de la tête!

-C’est pas poli de garder ta casquette en réunion, me dit-on.

Soudain, je compris! Loin d’être l’émanation d’une étiquette de bien séance à table, je me rendis compte qu’un piège s’était refermé sur moi : j’étais à une réunion syndicale, appâté par un simple repas chaud.

-J’espère que t’as compris ce que je t’ai dit!

-Oui, oui, dis-je, je m’excuse.

-Et ta révérence à notre poster à l’entrée, j’imagine que tu l’as faite?

-Euh… oui, oui…

Je compris dans quel plat ma cuillère s’était mise, je n’avais pas fait les prostrations nécessaires à l’entrée, n’ayant compris que trop tard où je m’étais rendu. Cela n’avait échappé aucunement à ce chef syndical qui mène de sa main de fer les troupes au front du combat pour nous, simples travailleurs.

-Si ce n’était pas du syndicat, tu travaillerais encore dans une mine avec des conditions exécrables.

Je regardai mon plat et me senti comme les nouilles qui le constituaient. En huit minutes de cette litanie idéologique qui se terminait toujours par, « si t’es pas d’accord, t’es un fasciste »,  j’étais à point et il ne manquait plus que la sauce.

-Attention tout le monde, la négociation piétine encore. On est encore montés à Québec pour la Xième fin de semaine et ça ne donne rien.

L’assemblée s’agite, s’offusque que les patrons ne veulent rien entendre. Elle scande qu’on devrait trouver de nouveaux moyens de pression. La réponse du chef syndical fût sans équivoque :

-Si vous faites des moyens de pression, on ne pourra pas vous protéger, les patrons auront tout le loisir de vous mettre à la porte.

Moi, les moyens de pression ce n’est pas ma tasse de thé, de toute manière, j’ai bien mangé et j’ai eu mon café.