24e thème

Le thème:

Les cheveux

Contrainte:

Citer un minimum de 10 couleurs.

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Ça ne se crie pas sur les toits

C’est une soirée de septembre, et Marie-Thérèse est debout sur le trottoir, devant un duplex à briques rouges. Enfouie dans son veston de cuir, elle fait les cent pas et prend une bonne respiration. Il lui faudra du courage pour entrer.

Le salon de coiffure est au sous-sol. Ça sent le revitalisant. Ce n’est pas désagréable. Il y a des pots de fleurs jaunes et violettes dans l’entrée, et une patère grise couverte de manteaux. Pour la cinquième fois, Marie-Thérèse se répète intérieurement ce qu’elle dira à la coiffeuse Line. C’est la petite avec un t-shirt vert forêt et des cheveux noirs coupés très courts. Elle vient de terminer avec sa dernière cliente et se dirige vers Marie-Thérèse, assise dans un fauteuil près de la porte. Un sourire doux flotte sur les lèvres de Line. Son regard bleu et pétillant inspire la confiance.

-Bonjour, tu es Marie-Thérèse? Ça va bien? Qu’est-ce que je peux faire pour toi?

Marie-Thérèse bégaie, tourne autour du pot… Ce qui lui arrive, ça ne se crie pas sur les toits… mais elle a besoin d’un diagnostic professionnel, et de réconfort. Dans un soupir, elle confie à Line son gros problème : c’est un cadeau de ses nièces, qu’elle est allée visiter cet été.

Line comprend. Elle soulève délicatement une mèche de la lourde et longue tignasse brune, une mèche derrière l’oreille droite. Et trouve en 3 secondes ce que personne d’autre n’a pu trouver dans la tête de Marie-Thérèse en 15 minutes de fouilles minutieuses. Le verdict tombe. Marie-Thérèse voudrait se trouver 6 pieds sous terre.

-Et tu pourras pas me couper les cheveux pour m’aider, hein?

-Non, je peux pas prendre ce risque, tu comprends bien pourquoi! Une chance que tu m’en as parlé avant…

-Mais ils sont tellement longs!! Comment je vais faire pour passer le peigne fin là-dedans? J’ose pas les couper moi-même, ce serait un désastre, je les aime mes cheveux!

-Essaie une teinture maison! Ils détestent l’ammoniac. Courage ma belle! Je suis vraiment désolée…

La mort dans l’âme et les cheveux comme des boulets, Marie-Thérèse s’en va. À la pharmacie, les boîtes de teinture lui donnent le vertige. C’est la première teinture de sa vie. Elle songe un instant à se faire une teinture lilas comme les vieilles dames… Elle prend plutôt une teinture châtain qui sera discrète.

Une semaine plus tard, le cadeau de ses nièces est toujours bien vivant et bien piquant dans sa tête. Elle essaie la lavande pour les écoeurer, l’huile d’olive pour les étouffer. Elle se résigne au shampoing insecticide. Ça sent l’alcool à friction. C’est désagréable. Dans le feuillet d’instructions, encre rose sur fond blanc, le dessin d’une fille se lavant les cheveux accompagne le texte, et la fille SOURIT. Comme si c’était une partie de plaisir. Marie-Thérèse enrage. Elle a envie de s’asperger la tête de gaz à briquet.

Démêler ses cheveux au peigne fin est devenu un cauchemar quotidien. Une heure et demie pour en venir à bout. Mais elle se console en pensant à sa sœur monoparentale qui a trois têtes à soigner plutôt qu’une, et un compte en banque criblé de trous…

Après six semaines de dur combat, 5 shampoings, 7 brassées de lavage à l’eau chaude, et une teinture manquée, Marie-Thérèse a fini par tuer le cadeau de ses nièces. Elles lui avaient fait ce présent pendant un gros câlin, cheveux contre cheveux… C’est une triste mésaventure qui peut arriver à n’importe qui. Une guerre que vous mènerez en solitaire, car ça ne se crie pas sur les toits. Ne prenez pas de chance, les poux sont de rudes adversaires. La prochaine fois que vous voulez coller un enfant qui se gratte la tête, portez un casque protecteur.

Collection

Bonjour,

Mon nom est Azure, j’ai 25 ans et j’aurais envie de rencontrer des personnes qui partagent mes intérêts pour passer du bon temps. Je recherche pour l’instant surtout des amis, mais je ne m’objecte pas à développer une relation amoureuse.

J’ai les yeux verts et les cheveux mauve, je sors un peu de l’ordinaire, mais j’adore être différente. J’étudie en art et je travaille chez Yellow. J’ai deux animaux de compagnie un rat blanc et un chat noir.

J’adore la décoration intérieure et je repeins les murs de mon appartement régulièrement. J’adore aussi la cuisine et j’aime les soupers entre amis bien arrosés de vin rouge.

J’ai une passion pour une chose assez extraordinaire. J’adore les cheveux. Je collectionne des mèches de cheveux j’en ai près de soixante-quinze déjà et je souhaite augmenter ce nombre. J’en ai de toute les couleurs et provenant de plusieurs nationnalités différentes. Lorsque quelqu’un me permet de prendre une mèche de cheveux, je selectionne toujours une mèche qui, une fois coupée, ne changera pas trop la coiffure de la personne. Chaque mèche doit mesurer au moins deux pouces de long afin que je puisse les attacher avec un ruban de couleur (bleu ou rose pour définir le sexe du donneur).

Voilà, cela résume bien ma situation, si vous voulez communiquer avec moi, n’hésitez pas à m’envoyer un mail à : aqua_marine@email.com

Bloc B

Je reçois tous les jours de jeunes hommes des quatre coins du continent.

Aujourd’hui il y a un noir – c’est rare ici.

Aucune parole n’est jamais échangée, que des regards affolés.

Il y a un blond

Un vieux grisonnant

Un rouquin

Un petit aux cheveux châtains

Un homme longiligne et déjà maigre, du rouge lui coule de la bouche, c’est du sang.

Ils ont tous le teint vert, le blanc des yeux jaunes.

Un corps mort qu’on a jeté dans le coin de la pièce à déjà les lèvres bleues.

Ils me regardent, tous, l’air ahuri, dans mon grand pyjama sale (sale étant une couleur innommable)

Je suis complice de l’atrocité. Je pleure toutes les nuits mon impuissance, ma peur, ma lâcheté.

Je participe tous les jours à leur perte d’identité.

Je suis au début de la chaîne de leur extinction.

Je brandis ma tondeuse.

C’est elle qui me différencie d’eux.

Je leur rase les cheveux.

Beaucoup pleurent.

Moi je retiens mes larmes.

Nous sommes en Pologne.

Nous sommes à Auschwitz-Birkenau.

Ces ciseaux-là

Au premier coup de ciseaux, je repensais aux années trop vite écoulées depuis le dernier. Je me rappelais combien ils étaient courts dans le temps, et tout ce qui c’était passé depuis. Je regardais la première mèche noire tomber et, comme chaque fois où je me coupais les cheveux, je me suis mise à pleurer.

C’était un geste chez moi qui signifiait beaucoup.
Rite de passage.
Début d’une nouvelle vie pure et blanche, promettant des jours meilleurs.
À chaque coup de ciseaux, j’effaçais le passé. Comme d’autres se font tatouer, moi je coupais.

Je m’étais installée dans la ruelle. J’avais sorti le miroir et je m’étais regardée. Mes cheveux, qui tombaient juste un peu plus bas que mes fesses, reflétaient les nombreuses années derrière, les beaux jours comme les mauvais, les folies comme les regrets. J’avais élevé une longue mèche vers le ciel, ce jour-là d’un bleu trop clair, et j’avais coupé au ras du crâne, d’un bon coup sec.

Au deuxième coup de ciseaux, les larmes roulaient déjà abondamment sur mes joues. Je ressassais de vieux souvenirs gris, comme le jour de l’enterrement de ma mère, 11 ans plus tôt. Je me rappelais l’air dur et froid que je m’étais donné, habillée d’une robe rouge écarlate et lunettes fumées… Je comprenais, 11 ans plus tard, que je n’avais pas fait le deuil de cette femme que j’aimais. Alors plus je coupais, plus je pleurais.

Me manquait le temps jadis de mes 7 ans, où elle courrait avec moi dans le jardin. Son jardin. C’était son obsession : les fleurs, les arbres, le vert. Son jardin trop grand et trop bien entretenu car elle y passait tout son temps et courrait avec moi que peu rarement comme elle l’avait fait ce jour-là. Elle m’avait soulevé dans les airs et avait juré de m’aimer tout le temps. Et je pleurais, aujourd’hui, parce que moi aussi j’aurais aimé lui dire, mais je n’avais pas eu le temps.

Mon chandail marine devenait ébène de cheveux, et l’asphalte anthracite était enterrée. J’avais presque terminé. Sans vraiment m’en rendre compte. Mécaniquement, j’avais coupé sans trop regarder, et je pleurais. Le soleil donnait un drôle de reflet orange à mes cheveux maintenant courts et croches. J’avais essuyé mes joues. Je ne pleurais plus.

Je m’étais levée, puis j’avais pris le balai violet pour ramasser le plus gros du dégât.
Le plus gros était désormais derrière moi.

Je pris une douche rapide. Enfilai une robe de coton ocre, et maquillai mes paupières de magenta. Je pris mon sac, fermai la porte derrière moi et me promis de passer, au courant de la journée, courir dans un jardin trop fleuri et coloré.

Derniers habits

De feu, d’orange, de miel ou d’or,

bleu, vert ou rouge artifice,

de blond à noir,

brun terreux, châtain doré,

boucles d’argent,

crépus, bouclés, ondulés,

lisses ou pas,

courts ou longs,

fins, épais,

secs ou gras,

emmêlés, démêlés,

abîmés

bien lustrés,

tous les cheveux qui cheminent

finissent par se ressembler

un jour ou l’autre

lorsqu’ils s’habillent

une fois pour toute

en

BLANC

(surlignez la ligne ci-dessus avec votre souris)

… (pas celle-ci, l’autre au-dessus, en-dessous du en»!!!!)

Et maintenant, souriez!

Personne n’échappe à l’inévitable blanchiment et,

à bien y penser, ça finit souvent par une très belle tête!

Alors bonne décoloration naturelle, cher lecteur!

La mienne vient de sérieusement commencer…

Et trève de teinture… je vais l’assumer! 🙂

 

Fourre le Québec

Trois semaines que je détoure des cheveux dans Photoshop. Détourer, ça veut dire prendre un portrait au sourire crispé et remplacer le fond blanc du studio de photo par un fond « transparent ». Environ 150 photos à détourer comme ça.

La première image est dégueulasse. Soit disant qu’on nous l’a refilée sans retouche, mais notre bonhomme a l’air embaumé à force de face lifts. Et depuis quand on prend le monde sur un fond vert-de-gris? (Grrr.) Avec ça, la plupart des cheveux directement en contact avec ledit fond sont flous. Je détoure ça comment, moi? Cauchemar. Les boucles grises résistent à n’importe quel filtre ou tour de passepasse photoshopien connu. Vu la teneur du projet, vu le temps imparti, je stresse. Je gribouille des petits bonshommes qui s’arrachent les cheveux pour me défouler.

C’est ma première semaine dans la boite. Les trois mois vont être longs…

« Tu vas travailler sur un projet confidentiel alors on va te mettre dans une salle à part. » Ça a commencé comme ça, dans un bureau exigu tout brun et dépourvu de fenêtre. J’ai du faire une grosse connerie dans une vie antérieure, que je me dis.

Et mon chum qui me dit « moi j’aurais pas accepté la job ». Si j’avais su d’avance qu’on allait me coller là-dessus… mais non, je ferme ma gueule, et je détoure. Je lisse, j’efface, j’essaie de rajouter de la définition, je mets le tout sur un fond bleu et je rajoute un beau slogan par-dessus tout ça. Encore youpi.

« Cette fin de semaine on fait le photoshoot alors il va falloir rentrer. » Rentrer? Fin de semaine? Ah? Heu… OK.

« On va installer les ordinateurs dans une salle sur place et les photographes vont te donner les photos au fur et à mesure avec les retouches à faire. »

Ah, les retouches. Celle-ci a un œil plus ouvert que l’autre. Celui-là a des oreilles pointues. Là, une tache de naissance. Elle, ses lunettes sont pas droites. Tu me niaises? Faut que je redresse des lunettes dans Photoshop?? Lui, il sourit croche. Encore un œil plus petit que l’autre. Dents trop jaunes. Manque des poils dans sa barbe. Un œil trop petit. Corrige la proportion de sa tête par rapport à son corps. Augmente son sourire de 15%. Really? Œil plus petit que l’autre. Son chandail doit être plus beige. Enlève le rouge dans ses yeux son maquillage a bavé blanchis les dents redresse sa tête enlève ses zones roses sur les joues efface la tache qui fait commeunboutonsursalèvresupérieure. Il a un œil trop grand – Encore? Mais c’est une obsession! A-t-elle déjà vu des vraies personnes, cette dame-là? Qui c’est qui a un œil exactement de la même taille que l’autre, hein? QUI???

Et après les retouches, ben, je détoure, je détoure, et je détoure encore. Le pire, c’est les blondes frisées avec les cheveux grichous. Celles-là je leur ferais avaler une bouteille de revitalisant au complet. Je suis rendue que je détoure les gens dans ma tête dans la rue. Toi, mon chauve, je te fais en 3 minutes, top chrono!
Bref – trois semaines que je travaille des heures de fou, trois semaines que je me tape un mal de dos carabiné à force d’avoir le nez collé sur l’écran. Pause de midi, je profite du break pour prendre mes emails. Ah – Maude a finalement publié le thème pour la semaine prochaine, m’en va checker ça.