Misère-de-Luxe

Dans leur grosse maison de St-Lambert, Robert et Rachel Richard discutent de leurs prochaines vacances.

-Allons mon chéri, jette un coup d’œil à la brochure au moins!

-Je sais pas… Ça n’a pas l’air très amusant…

-Mais oui! C’est la nouvelle mode! On est allés partout dans le monde, on a tout vu, j’ai besoin d’être dépaysée moi!

-Ça ne te dirait pas de passer du temps avec les enfants pour une fois? Ça, ça nous dépayserait… On a une belle piscine, une résidence d’été … On serait tranquilles…

-Tranquilles, avec les enfants? T’es pas sérieux! On paye Clara pour s’occuper d’eux!

-Clara aussi aurait besoin de vacances… Ça fait 2 ans qu’elle a pas vu sa famille au Mexique…

-Mais non, Clara est très heureuse, qu’est-ce que tu racontes, tais-toi et regarde les nouveaux forfaits :

 

« NOUVEAU : Le club-aventures « Misère-de-Luxe » vous offre maintenant deux forfaits hivernaux à Montréal, Canada!

Forfait no 1 : Vivez de l’aide sociale pendant les deux dernières semaines du mois de janvier, le meilleur temps de l’année pour cette expérience inoubliable! Vous serez logés dans une maison de chambres avec vue sur le mur, salle de bains commune, punaises de lit incluses. Vous serez entourés de turbulents voisins alcooliques. Vous recevrez 10$ pour vous nourrir pendant tout votre séjour. Dépaysement garanti! Suggéré pour les aventuriers débutants. PRIX : 4 000 $

Forfait no 2 : Pour les aventuriers plus aguerris : Dites adieu à la déprime de janvier, vivez la vie d’un itinérant en hiver! Dormez dans un container, sur le trottoir, dans le métro. Explorez la ville à pied et souffrez d’engelures. Trouvez le temps long, très long. Rencontrez de magnifiques spécimens de maladies mentales. Vous serez chassés par les policiers et ignorés par les passants, toute une aventure! Quêtez votre prochain repas, ou trouvez-le dans les généreuses poubelles de Montréal. Inclus : un repas par jour à la luxueuse Maison du Père. PRIX : 5 300 $ »

-Des vacances à Montréal, Rachel? Vraiment??

-Mais oui, nous n’avons jamais pris de vacances à Montréal! Ce serait drôle!

-Bon, lisons la suite pour voir.

« Nos forfaits classiques sont toujours disponibles :

Vivez l’aventure ultime : deux semaines en prison! Traumatisme garanti, ou argent remis!

Forfait no 1 : Le bagne de la Guyane Française. Le climat de l’Amérique du Sud. Cellules humides, insectes exotiques, travaux forcés sous un soleil de plomb. C’est le rêve tropical! PRIX : 7 200 $

Forfait no 2 : La prison de Guantanamo. Humiliations, privations de sommeil. Avouez sous la torture un acte terroriste que vous n’avez jamais commis! PRIX : 8 000 $

Forfait no 3 : Le goulag de Sibérie. Vivez l’expérience soviétique sous le régime stalinien. Avouez sous la torture avoir trahi votre pays, dans un climat hivernal extrême! PRIX : 9 700 $ »

-Euh… privations de sommeil? Je fais déjà assez d’insomnie comme ça je trouve… Mais qui t’a donné cette foutue brochure?

-Monique Monet!

-J’aurais dû m’en douter. Je ne suivrais jamais les conseils de cette vieille folle.

-L’an dernier elle a passé deux semaines dans un camp de concentration nazi!! T’imagines, wow! Elle m’en parle tout l’temps.

-C’est débile, Rachel.

-Mais je veux être traumatisée, moi! Attends, il y a un autre forfait :

« L’un de nos forfaits les plus populaires : le forfait « Misère Noire »! Vivez la guerre civile et la violence extrême dans le pays d’Afrique de votre choix. Vous devrez tenter de vous réfugier dans le pays voisin. Famine, promiscuité, choléra inclus. Pour vous mesdames, nous incluons également le viol collectif, c’est une offre imbattable! PRIX : 9 000 $ »

-J’suis pas convaincu, Rachel… Dire qu’on pourrait aller en Toscane ou sur la Côte d’Azur…

-Pfff, c’est d’un ennui…

-On va y penser, d’accord?

-Dis oui, dis ouiiiiii!

-T’es impossible, Rachel, tu m’épuises… Tu voudrais vraiment vivre comme une itinérante? Faire des travaux forcés? Être violée en Afrique?

-C’est mon rêve le plus fou!!

-Hier ton rêve le plus fou était d’acheter cette paire de chaussures italiennes… Bon, écoute, on va y penser, d’accord?

*

Le lendemain, Robert Richard s’enferme dans son bureau et prend le téléphone.

-Voyages « Misère-de-Luxe », bonjour! Que puis-je faire pour vous?

-Oui, j’aimerais réserver un forfait… Euh… « Goulag en Sibérie »… c’est ce qu’il y a de plus éloigné?

-Oui monsieur.

-C’est ce que je vais réserver.

-D’accord, je fais une réservation pour deux?

-Ah non, surtout pas! J’y vais en solo. Peut-on allonger le forfait? Deux semaines ce ne sera pas suffisant.

Vacances de rêve

Moi je ne vais plus en vacances dans le sud. La dernière fois, on m’avait promis des vacances de rêve. C’était plutôt un détour en enfer.

J’avais décidé d’arrêter de fumer, et je mettais l’argent habituellement dédier à mon vice de boucane dans un compte à part dans le but de me récompenser grandement. À moi les plages de sable blanc qui m’ont toujours échappées. À moi un petit mexicain qui me sert des drinks à tout moment de la journée. La paix, le soleil, la plage, décrocher pour vrai, pour la première fois.

J’avais réservé un voyage tout inclus d’une semaine dans un “resort” des Caraïbes. L’agent de voyage m’avait bien vendu sa salade, je m’attendais à un coin d’éden, de pur bonheur.

Le transport s’était bien déroulé, aucun problème avec l’avion, ni l’arrivée en terre inconnue. Je suis arrivée à l’hôtel de nuit, j’entendais au loin le bruit de la mer, s’en était presque jouissif. Accueillie par des personnes souriantes, tout s’annonçait bien. Première surprise, pas de draps sur le lit dans ma chambre.  Bah, m’étais-je dis, ce n’est qu’un petit oubli. Ce dernier fut rectifié rapidement et c’est plein d’espoir que je m’étais endormie.

Réveil abrupt! Sur mon balcon trois paons se baladaient!! Je n’en avais jamais vu de si proche, ils étaient vraiment beaux. Cependant leurs cris étaient très stridents, et pire que mon réveil-matin à la maison. Tant pis, je m’étais dis qu’il fallait que je profite à fond de mon séjour, j’avais donc décidé de commencer ma journée tôt. De toute façon, il y avait toujours la possibilité de dormir un peu sur la plage!

Le buffet laissait grandement à désirer, les fruits n’étaient pas très frais, les œufs  étaient cuits inégalement, bof, j’avais vu mieux.

La plage était resplendissante quoique plutôt petite, et en plein soleil. Aucun parasol en vue, aucun coin d’ombre, il ne fallait pas oublier de mettre de la crème régulièrement et surtout impossible de s’assoupir sans le risque de brûler.

La mer était bleue, tel que promis. Cependant la vague était trop grosse et il était interdit de s’y baigner. Je m’étais dit que je profiterais de la piscine dans l’après-midi pour me rafraichir.

La piscine était fermée! Apparemment, suite à une fuite, ils devaient  faire des réparations. Hors d’usage pour la semaine.

Et c’est ainsi de suite que les petits désagréments s’accumulaient. Je suis revenue à Montréal, la peau tellement brulée que j’avais de la difficulté à bouger. J’ai été dévoré par les puces de sables de jours, les maringouins le soir et le puces de lit la nuit. J’ai été malade deux jours après mon arrivée et j’ai évité la nourriture de l’hôtel pour le reste de mon séjour, je ne me suis nourrie que de sacs de chips et de bouteilles d’eau achetés au dépanneur.

J’ai à peine dormi à cause des maudits oiseaux qui dès cinq heures le matin poussaient leur cri strident directement de mon balcon. J’ai eu une inondation dans ma chambre quand les voisins du dessus ont oublié la douche pendant la nuit.

Je me suis fait voler mon Ipod et mon livre numérique en plus de m’avoir fait escroquer lors d’une excursion d’un jour.

Bref, les vacances dans le sud, je ne vois pas vraiment ce qu’il y a de plaisant là-dedans. C’était la première fois que je m’y rendais et je peux vous garantir que c’était la dernière.

Un jour plus tard dans les Maritimes

Mes vacances c’est aux Îles que je les passe

Havre-Aubert et plus particulièrement Bassin

C’est cette maison sur la butte et cette vue sur la mer

Là où tout est scintillement

180 degrés d’océan à portée de main – un horizon de possibilités

C’est les Demoiselles à gauche, ces buttes aux formes douces et arrondies

L’Île d’Entrée

C’est arpenter la plage de la dune de l’ouest – aboutir au « goulet » (avec ses petites crevettes qui vous mordillent les pieds)

Depuis mon arrivée, ici, c’est un four, du soleil mur à mur, l’eau est chaude et fraîche comme jamais

Les Îles,

C’est aussi écouter de la musique Cajun dans une Jeep en revenant de la plage

Manger des spécialités – pis en boire –

Entendre l’Acadie s’exprimer

Contempler une végétation variée, portant des noms d’ici, où le vert prédomine avec des nuances toujours renouvelées

Des maisons colorées

Des havres de paix

Des petits ports de pêche plaisants où il fait bon le soir venu de jeter sa ligne au bout du quai

Des gens accueillants à l’accent fier

Du partage entre amis

Un drapeau qui dans cinq jours sera célébré

Les Îles c’est tant de choses qu’il faut venir pour tout voir, tout sentir et tout ressentir

et les vacances,

C’est s’endormir dans des draps sentant bon la campagne en rêvant à rien de moins pour le lendemain

Jamais le réel et le fantasme ne se touchent d’aussi près qu’au moment des vacances

Mais allez –  j’vous laisse, on m’a passé une commande de cailloux pis de roches – je m’en vais les trouver

Bons baisers des Îles

Nostalgie / Cuba Si

Ça fait quinze ans que ça dure.
Ça fait quinze ans que tu es dur.
Pour moi.
Quinze ans que tu me prends, périodiquement. Quand ça m’adonne à moi, un peu plus qu’à toi, parce que ça t’adonnerait tout le temps. Dès qu’elle te donne la permission je deviens ton obsession.

« Me laisserais-tu te ramener à Cuba, une semaine tout inclus… Me laisserais-tu te prendre… S’il te plait… J’prendrais soin de toi, tu serais bien, t’aimerais ça… »
Moi je te laisserais faire presque n’importe quoi, mais elle ne voudra pas.

Même après quinze ans, je t’ai dans le sang.
Amour plus fort que le temps, plus puissant que le vent.
Plus fort que celui des couples qui s’aiment, plus grand que le lien du sang qui unit un frère à sa soeur, une mère à son enfant.
Amour sans nom qui ne s’explique pas.
On s’a dans le sang.

Quand tu prends le temps de me prendre, comme si plus rien ne comptait.
Comme si on s’aimait.
Quand tu remontes mes jambes.
Quand tu glisses en moi comme si rien de t’attendait à Montréal.
Quand tu dis que tu m’aimes, et que je te réponds « moi aussi ».
Même si on sait très bien tous les deux que c’est pas vrai.
On tient l’un à l’autre, on se tient l’un l’autre.
Et tu glisses, tu glisses, tu transpires sur mon corps.
Et je te bois. Je m’abreuve de ta sueur, du mieux que je peux, pendant que ça passe. Pendant que c’est là. Pour le temps que ça dure, tant que t’es dur. Tu me dis que tu m’aimes, mais t’en aimes une autre, et ça ne me fait rien. Parce que je t’aime comme tu m’aimes. D’un amour inexistant. D’un amour invisible. Quand ça passe.

Y’en aura jamais deux comme toi. Avec ou sans Cuba.
Et elle t’attend, pendant que ta langue me fouille, pendant que tu me lèches et que je mouille. Pendant que tes lèvres me mangent le corps, pendant que je te retiens en moi. Pendant que je m’accroche à toi, elle t’attend.
Toi.
Toi, tu me tournes de bord, et tu entres plus creux. Et même si on s’aime pas, on s’aime.
Encore.
Depuis quinze ans.

Tes mensonges ne comptent pas. Puisque je connais la vérité.
C’est pas moi qui se fait fourrer.

Même après quinze ans, on a ce feu qui nous brûle par en-dedans.
Un feu qui brûle tout, même le temps.
Tout est figé, plus rien ne bouge, sauf nos corps enlacés.
Aucun son, sauf celui de nos respirations.
Tu me laisses peu de temps pour me reposer.
« Reprends des forces, je veux recommencer… Encore. »
Encore.
Encore.

 

Y a fait chaud à Cuba.
Le même temps qu’il y a quinze ans…
Tu n’as pas eu le temps de te reposer.
Pas plus que moi.

À quelle heure, notre vol pour Montréal?

Pensez-y!

Philémon aura soixante ans l’an prochain; il travaille, depuis trente ans, comme fonctionnaire au gouvernement.  Le confort et les avantages de ce travail, au salaire plus respectable que la nature de ses tâches, ont contribué avec les années à sabrer tranquillement sa confiance en lui-même.  Peu à peu dans son esprit est née une résignation un peu cynique, se trouvant à endormir, au plus profond de lui-même, son désir de vivre la vie idéale dont il a toujours rêvé.

Cette année Philémon attends plus particulièrement ses vacances, car après celles-ci, cette fois, ce sera terminé.  Il ne reviendra pas!  L’heure de la retraite a enfin sonné, et il exulte, oh qu’il exulte!  Il en trépigne d’impatience.  Comme un enfant, il compte les dodos:

Plus que deux-cent-trente-deux.
Plus que cinquante-huit.
Plus que quatorze.
Plus que cinq.

Ouf… c’est demain!

Le jour J, Philémon se lève à l’aurore.  Trop excité, incapable de dormir davantage, il prend sa douche, déjeune tranquillement, prépare solennellement – pour une dernière fois – son lunch classique, un sandwich au jambon forêt noire avec moutarde forte.  Dans l’autobus qui l’emmène au travail, Philémon sourit béatement, son café à la main, et c’est d’un air distrait qu’il regarde défiler à la fenêtre les rues du trajet qu’il connaît par coeur.

Philémon songe à tout ce temps devant lui qu’il pourra enfin consacrer à sa passion, cet art qui l’anime depuis qu’il est tout petit et qu’il aurait d’ailleurs souhaité exercer depuis si longtemps: l’ébénisterie!  Était-ce lui ou la vie qui en avait fait autrement? Après ses études à l’École du meuble, puisqu’il ne trouvait pas rapidement d’emploi stable dans le domaine, il s’était résigné à accepter temporairement un contrat d’un an comme agent de bureau, un poste bien payé et pas trop exigeant, recommandé par un ami bien intentionné.  Mais il n’était jamais sorti de la boîte.  Il y avait eu les enfants, la maison, des ennuis de santé, le divorce, bref… c’est la vie, s’était-il dit.

Difficile à croire, tout de même, mais la voici venue enfin, la libération! L’autobus s’arrête en grinçant devant l’immeuble gouvernemental. Débordant d’enthousiasme, Philémon se lève d’un bond, puis son sourire, bizarrement, se transforme en grimace, et sa bouche se tord de douleur, il porte la main à sa poitrine et s’effondre d’un bruit mat de tout son long, son café se répand sur le plancher et les passagers, stupéfaits, assistent à la scène, muets comme des carpes.

En attendant l’arrivée des secours, par tous les moyens, un jeune stagiaire qui travaille dans la même équipe que Philémon tente vivement de le réanimer. Philémon et ses rêves, et sa belle retraite à venir, et ses voyages, et son atelier, et toute sa vie qui fuit…

Mais le destin en a décidé autrement. L’heure a sonné. Ces vacances, que Philémon attendait avec impatience, ne sont pas celles qu’il espérait.

Comme quoi il ne faut jamais attendre de vivre ce que l’on veut vivre, car la vie peut, à tout instant, décider de nous faire faux bond.

Rock et Belles Oreilles disait : pensez-y!

À cette noble sagesse j’ajouterais: passez à l’action.

N’attendez surtout pas de mourir, avant de vivre.

Flash-backs

Un jour en vacances j’étais sur mon cheval et j’étais une princesse et ma sœur et ma cousine aussi c’était des princesses et on avait toutes un nom qui se termine en A.
C’était à Hossegor dans les années 80s.

Un jour en vacances, Christelle a monté et descendu les escaliers 25 fois de suite en courant parce qu’elle voulait faire de l’exercice.
C’était en Normandie en 1990

Un jour en vacances, à la plage, mon copain et son ami ont éclaté des crabes avec des grosses roches juste pour le fun. Ils avaient un rire de sadique et je les haïs forever.
C’était en Bretagne en 1993

Un jour en vacances, j’ai fait répéter cinq fois « cheese in crust » au gars de Pizza Hut à l’autre bout du fil. Je me demandais bien ce que Jesus Christ venait faire dans ma commande.
C’était à Los Angeles en 1994

Un jour en vacances j’ai pleuré toute une après-midi de temps parce qu’un bébé mouette est mort écrabouillé par un 48 tonnes à cause de moi.
C’était en Écosse en 1995

Un jour en vacances, on dormait à l’hôtel mon père et moi et il y a eu un gros BOUM au milieu de la nuit. Je me suis réveillée en sursaut et j’ai demandé « C’est un orage? »
– Non, c’est un attentat. »
C’était en Corse en 1998

Un jour en vacances un ami de longue date m’a avoué qu’il avait eu un kick sur moi et j’ai pensé à la relation de merde que j’avais dans ce temps-là.
C’était en Californie en 2000

Un jour en vacances on est partis en rando dans la montagne pendant 2 jours. Y’avait juste mon chum et moi, on était trempés jusqu’à l’os et y avait des traces de grizzly dans la boue sur le bord du chemin. C’était moyen, comme vacances.
C’était à Banff en 2007

Un jour en vacances, j’ai aperçu une chouette, par la fenêtre, se poser sur la toiture avec un orvet dans la bouche. Je voulais crier à tout le monde de venir voir ça mais je pouvais pas vraiment parce que j’étais en train de faire caca.
C’était près de Toulouse en 2012 (et ça rime en plus)