Une force d’orignal

Ça faisait plus de cent pages.
Tout ce qu’elle avait tût était là.
Pour lui.

Des tas de vérités couchées sur papier. Qu’elle n’avait jamais dites à personne. Qu’elle voulait lui dire.

Sous un masque de sourire se cachait tonnes de cicatrices. De blessures effacées. De sourires qu’elle ne voualit pas oublier. Qu’elle voulait lui rappeler. Des soupirs expirés.

Elle avait fait corriger puis imprimer sa lettre en plusieurs copies. Quelques unes pour ses amis, une pour lui. Marquer le temps d’un coup de crayon.

Elle était assise de l’autre côté de la rue, faisant face à une bâtisse. Elle attendait.
Était prête à attendre jusqu’à mourir de froid, mais elle ne savait pas ce qu’elle allait faire.
Laisser l’œuvre au bas de la porte, avec une dédicace?
L’attendre pour croiser son regard et lui parler?
Elle n’avait plus rien à perdre. Elle avait déjà tout perdu.

Clopes après clopes, elle entremêlait sa fumée aux vapeurs d’un bourbon.
Ça allait lui prendre du courage. Une force d’orignal.

Imposture

Je suis facteur dans un petit village d’ici
J’en connais presque tous les secrets
Le village j’y suis né

Depuis bientôt un an – chaque jour – Madeleine m’attend – tendue – sur le bout de la véranda de sa grande maison
Madeleine je la connais depuis l’école primaire

Elle m’a toujours plu – toujours ému – mais le moment venu elle a marié Maurice
Le beau militaire à la peau lisse
Mort un soir d’hiver, là-bas, sur un lointain champ de bataille
Il n’en reste hélas que ses médailles

Pour Madeleine le temps s’est arrêté – sa mémoire s’est figée
Rapatriement – funérailles – elle ne se souvient de rien !
Seuls sa maisonnée – ses deux enfants – et là-bas – son bien-aimé
Qui ne dit plus rien !

Chaque jour spontanément elle me demande son courrier
Elle veut des nouvelles de son homme
Chaque jour je vois les enfants jouer – elle son regard s’éteindre

La chose me tourmente – je suis tourmenté
Dans mon lit je ne dors plus – je tourne – toutes les nuits
Ç’en devient une obsession
Je sais que ce que je vais faire n’est pas bien

Mais ce soir
Madeleine – j’lui réponds !

Ma chérie – mon amour !
La nuit fut longue sur le front
J’ai tué un homme
J’ai rêvé de ton corps
Tu me manques
Mais je crains que cette guerre dure trop longtemps !

Maurice

Oeufs bénédictines à la florentine

Une rumeur courait. Personne ne l’avait vu venir. Il faut dire que cela faisait longtemps qu’on avait eu de ses nouvelles. Très longtemps. Trop longtemps en fait.

C’est une lettre parue sous la rubrique ‘Perdu – Trouvé’ d’un forum en ligne qui avait mis la puce à l’oreille. Le texte était signé d’un nom de plume. Ce qui en soit n’était pas très significatif. Mais il y avait des indices. Et trop de sous-entendus. Il fallait qu’il soit question d’elle.

Ça ne pouvait qu’être elle. La lettre faisait allusion à des situations, des événements dans lesquels seule Béatrice pouvait avoir été impliqués. Mais le plus intéressant était le fait qu’il était question d’un retour. Était-ce celui de la belle  ?

Une rencontre semblait effectivement prévue dans un futur proche. Il n’y avait rien de très précis évidemment. C’était même plutôt énigmatique. Ce qui ne pouvait que titiller l’intérêt.

Un passage en particulier était annonciateur d’un réapparition: des oeufs bénédictines à la florentine, ça vous dirait ? C’est un rendez-vous  mais il vous faudra faire avec les nids-de-poule.

Un brunch était donc probablement planifié. Mais quel jour ? Et à quel endroit ?

La réponse se trouvait dans ce passage qu’il fallait déchiffrer. Après m’être creusé la tête et fait plusieurs associations, j’en suis venu à la conclusion que le tout allait se tenir le 24 octobre (fête des Florentin, et aussi anniversaire de Béatrice), au restaurant Le Nid Poule.

Je fis donc une réservation. Après tout ce temps sans nouvelles, saurais-je enfin ce qui est arrivé à Béatrice ? Il me faut patienter. Ce que l’attente peut être difficile parfois.

Des nouvelles

Salut,

Tu dois te demander pourquoi je t’écris. C’est tout simplement pour prendre des nouvelles, ça fait longtemps qu’on ne s’en est pas données. Comment vas-tu? La petite famille se porte bien? Et toi, tes projets, ça l’avance?

J’imagine que je pourrais arrêter la lettre ici, tu me pondrais une petite réponse facile et chacun de nous retournerait à ses occupations sans penser à autre chose.

Tu veux savoir la vraie raison derrière cette lettre?

La vérité c’est que je me suis levé un matin et j’ai pensé à toi. Ce n’est pas nouveau, ça l’arrive à l’occasion. À chaque fois je me dis qu’il y a surement une raison, mais la seule chose que j’ai trouvée c’est que mon esprit ne veut pas t’oublier.

Il y a pas si longtemps, on se voyait régulièrement (pratiquement à tous les jours). On discutait beaucoup, on a connecté sur pleins de sujets, on a même connecté à l’horizontale une fois ou deux. On n’avait pas d’attentes, on ne faisait que profitez de la présence de l’autre . Puis un matin tout à changer, la petite famille à déménager loin, tu as débuté de nouveaux projets, on s’est vu de moins en moins, tu sais comment ils disent loin des yeux, loin du cœur….

Va pas t’imaginer que cette lettre est une déclaration d’amour, ou que je me meurs de la distance qui nous sépare. Je vis très bien ma vie, je suis même très heureuse, j’aimerais beaucoup pouvoir dire qu’ona gardé, ou qu’on a maintenue, cette amitié, mais on sait tous les deux que ce n’est pas vrai.

Va pas t’imaginer non plus que j’ai écrit cette lettre pour te faire porter le blâme pour cette distance qui s’est créée entre nous. Ce n’est pas mon intention. Je sais très bien que la vie change, que nos obligations changent et que souvent ça nous force à abandonner certaines choses, même si c’est involontaire.

En fait ce que je voudrais vraiment savoir, ce qui me chicote au plus haut point, c’est de savoir si je suis seule dans cette situation. Est-ce que ça t’arrive? Est-ce que tu penses à moi des fois?

Bref, sens-toi bien à l’aise de me répondre si tu le veux. Si tout ça t’a rendu mal à l’aise, tu peux oublier que je t’ai écrit. Mais par pitié, ne m’invente pas une réponse, qui tu penses, pourrait me faire plaisir, j’vaux pas mal plus que ça. Je ne cherche pas à changer le statu quo, mais si ça t’adonnes, on pourrait peut-être aller prendre une bière?

« La disparition » revisitée.

Étant née au milieu du XXe siècle, au ‘uébec, j’ai connu l’apprentissage de l’alphabet avec l’aide des religieuses. J’ai donc appris à nommer « LA » lettre honnie …  Si on avait pu simplement la bannir … N,O,P,R,S,T … ‘uel bonheur c’eût été pour elles mais ‘uels curieux textes !

‘uestion « Culture et société » nous fûmes servis !  ‘uel’ues années plus tard, nous apprîmes ‘ue la lettre en ‘uestion s’appelait un « cul » et non un  » ‘ue » . ‘ui l’eut crû !  Pour’uoi ?  Auraient-elles aussi pensé ‘ue tous les saints du ciel étaient des seins !  Allez savoir !