57e thème

Thème :

Le jour de son mariage

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Une robe couleur yaourt

Elle vivait tout avec passion.

Elle avait tout prévu évidemment, pour son mariage.

Elle avait étudié la position de chaque cheveu et engagé un comité de savants pour les fixer à leur place un par un.

Une décoratrice pour son visage.

L’anneau unique conçu pour elle allait mettre en valeur la robe de ses rêves, laquelle épouserait finement ses courbes délicates travaillées dures durant des mois pour sa journée spéciale.

Le tout serait sublime.

Passer le célibat, enfin.

Le prêtre avait été retenu pour la carrure de sa mâchoire et sa diction impeccable, faisaient sa bouille photogénique et sa personnalité supportable.

À la réception, la cosmologie du plan des tables donnait en sorte que chaque invité exprimerait vigoureusement le meilleur de lui-même, encouragé par des voisins aux intérêts partagés et une vue sur elle ou l’une de ses pareilles.

Malgré tout, elle ne se sentit ni bien ni sexy ni même mariable.

Elle vivait sa vaginite, ne pensait plus qu’à ça.

 

Le jour de son mariage

Quand il s’est marié, il avait 20 ans.
Il avait aussi 20 ans quand il s’est divorcé.

Quand il s’est marié, il avait trop bu. Encore.
Il déversait de nombreux verres sur sa femme en blanc.
Il n’a presque rien fait, sauf boire.

Il prit violemment sa femme dans une cabine de toilette.
Et elle est tombée enceinte, le jour de son mariage.
Mais lui n’avait plus rien.
Ni femme, ni bébé, ni rien.

Il est tombé trois fois de sa chaise, au jour de son mariage.
Il avait trop bu, et crissa sa femme là, le jour de son mariage.
Pour quatre verres de vin et une bouteille de vodka.
Puis plus rien.
Sauf le cliquetis des cannes de nouveaux mariés,
frottant sur le sol,
au même rythme que sa bagnole.

Lui, le volant entre les mains,
la bouteille de vodka comme passager.

T’en fais pas!

Voilà, c’est aujourd’hui qu’était supposé être le plus beau jour de sa vie. Sans trop savoir quoi, elle s’était levée avec un drôle de pressentiment, une mauvaise impression.

Le (futur) mari allait bien, quoique encore amoché de son enterrement de vie de garçon de la veille. Sa sœur, sa mère et sa meilleure amie étaient là, prêtes pour l’aider dans les derniers préparatifs. Son père avait tenu à tout payer car voyez-vous « C’est pas tout les jours qu’un père marie son bébé »!

La robe, le traiteur, les musiciens, le bar, les décorations… Tout était parfait! Et pourtant…

*

En se levant, après une relativement bonne nuit, elle s’était cognée l’orteil sur le coin d’un meuble en allant à la salle de bain. Le petit orteil. Oh! Quelle douleur atroce, qui vous prend au cœur et vous enlève tout vos moyens pendant quelques secondes et vous torture pendant plusieurs minutes ensuite. Ce fut le premier souvenir qui lui vint à l’esprit :

C’est l’été, le matin, ell a huit ans, presque. Au chalet, elle vient de terminer son goûter. Elle a hâte d’aller rejoindre ses amies pour jouer. Elle court, juge mal les distances et crac! L’orteil sur une patte de table. Souffrance horrible, pleurs multiples.

C’est alors que sa tante lui avait dit en la consolant : « Ben voyons ma pinotte, fais-toi en pas, de toute façon, tu t’en rappelleras plus le jour de tes noces! »

« C’est raté Pauline, je me souviens! » avait-elle maugrée en vidant sa vessie et massant son orteil endolori.

Un peu plus tard, lorsque la faim lui avait prit les tripes, elle s’était préparé des rôties et du café. Celui-ci, trop chaud, lui avait brûlé la langue et la croûte des rôties, trop dure, lui avait écorché le palais. Bref : Douleurs!

Comme le jour ou sa grand-mère adorée lui avait préparé des beignets maison. Elle en avait piqué un de sa fourchette et se l’était carrément enfourné dans la bouche, avec pour résultat qu’elle s’était brûlée les lèvres et la langue assez cruellement. Elle avait eu la bouche en feu pendant deux jours, elle avait eu des cloches aux lèvres et ensuite des galles pendant plus d’une semaine. Souffrance horrible, pleurs multiples.

Et sa grand-maman lui disant : « Voyons ma cocotte, faut faire attention, c’est chaud! C’est pas grave tu vas voir. Tu t’en ressentiras plus le jour de ton mariage! »

« Oui Grand-Maman, je m’en ressens encore en y pensant! Ouch! » avait-elle pensé en prenant une autre gorgée de café brûlant.

*

Pendant toute la journée, à tout moment, lui revenait des souvenirs qu’on lui avait dit qu’elle n’aurait plus en cette journée de mariage. Que ce soit une poignée de porte dans le creux avant de la hanche, le pincement d’une aiguille à coudre, l’ongle cassé, la langue mordue, la coupure d’une feuille de papier… Même l’haleine du (futur) mari lui rappela un certain lendemain de veille assez pénible.

Malgré tout ce fut une belle cérémonie et le soir, en se couchant vannée et meurtrie de partout et de toujours, physiquement comme dans ses souvenirs, elle s’endormit en souhaitant que le lendemain, tout serait vraiment oublié…

Mauvais présage

Le jour de mon mariage, il pleuvait, j’aurais dû voir ça comme un signe que cette union était vouée à l’échec. Mais j’ai cru fort à ce que ma grand-mère disait: « Mariage pluvieux, mariage heureux ».

Arrivée à l’église, on m’a avisé que Monsieur était complètement saoul, lui et ses garçons « d’honneur » avaient commencé à célébrer tôt…. J’étais en furie, et on le voit très bien sur mes photos de mariages. Monsieur a quand même réussi à suivre la cérémonie, mais c’était loin d’être le moment magique auquel j’avais rêvé.

La séance photo a été coupée court parce que je n’étais pas d’humeur et parce que la boisson l’a rattrapé… La photographe a même pensé que ce serait un drôle de souvenir que d’avoir une photo de Monsieur, la tête dans un buisson, à se vider l’estomac.

Arrivé à la salle de réception, j’ai eu l’horreur de constater qu’on ne nous avait pas placés dans la salle que nous avions réservée, j’avais une salle trop petite pour mes 200 invités, 20 personnes qui n’avaient pas de place assise, et un nouveau mari complètement saoul qui n’était pas capable de faire grand-chose.

Le D-J avait de la difficulté avec son équipement ce qui a retardé le service, les gens étaient affamés et je suis même persuadé que quelques personnes sont allées se chercher une pizza de l’autre côté de la rue. Les speechs étaient longs et plates. Lors du lancer du bouquet, une vieille tante est tombée et a dû être transportée à l’hôpital, et tout le tralala qui vient avec la jarretière était un complet désastre.

Le jour de mon mariage est un jour que je voudrais oublier. Au total, notre union aura duré un gros six mois. Aujourd’hui, je me demande bien ce qui avait bien pu me passer par la tête lorsque j’ai dit oui à cet homme.

Here’s to you, Carly

Hey Beautiful,

On s’en est écrit des lettres, toi et moi. Des lettres qui ont traversé la Manche, puis des lettres qui ont traversé l’Atlantique. Depuis ce jour de septembre où tu as fermé le grand sourire de ton âme, j’ai plus de nouvelles. À croire qu’il y a des étendues qui se traverse pas. Alors je te parle dans ma tête. J’ai bien essayé de t’écrire, et puis, tu me connais… j’y crois pas, je me relis et je me dis « à quoi bon? », all that. Sept ans plus tard, je peux te dire que l’exercice est toujours aussi douloureux.

Je pleure encore les souvenirs qu’on a partagés, les bouts de vie que personne d’autre ne comprendra.

Tu me manques mon scorpion fragile, ma diva insécure et bornée, ma grande-petite soeur British. Tu es ma motivation, ma persévérance, ma combativité, mon inspiration. Hey Beautiful, do you hear me when I talk to you?

En t’attendant, je me repasse mes moments préférés. Allongées dans le lit à Poole, en train d’imaginer des bonshommes dans le plafond. Sous l’orage dans un spa extérieur des Laurentides. Le jour de mon mariage, witness extraordinaire, dansant dans l’allée centrale de la salle d’union de l’hôtel de ville, semant la fantaisie sur ton passage.

Merci darling.