Frangipane au pamplemousse

J’adore les pamplemousses. Je ne les mange pas au couteau et à la cuillère, je préfère avec les mains. Je les épluche comme des oranges. J’extrais la pulpe de la membrane blanche, coriace, trop amère. Plus le fruit est mûr, plus il se donne, et me gicle au visage quand je le déballe, et se répand sur mes avant-bras, et entre mes seins, et je sens son acidité venir en moi.

 

Pardon, pardonnez-moi cet épisode de tourette, c’est parce que c’est une expérience associée au plaisir qu’il m’est très primitif à contrôler. Que voulez-vous, les fruits ont des qualités sensorielles que les baloneys n’ont pas.

 

Une fois l’or séparé de l’ivraie, je mélange les coraux juteux dans la crème pâtissière, et alors là, l’agrume explose le nuage amandé, et alors là, c’est comme de surfer une piste olympique en crazy carpet en écoutant la discographie des frères Young. Confus dense et bizarre.

 

Scorie

Je te cracherais au visage mon acide rempli de hargne.

J’enfoncerais mes doigts dans tes yeux, mes ongles sous ta chair et je creuserais ta membrane jusqu’à ce que tu sois réduit en bouillie.

L’odeur de ton corps, qui me rappelait jadis la frangipane, flotte toujours dans la maison. L’odeur pourrit et devient baloney brûlé. Tu me lèves le cœur.

Quand je repense à la discographie de notre vie, j’attrape la tourette et je déblatère des insanités morbides. Je souhaite ta mort.

Je t’ai oublié. Comme la crazy carpet qui traine au fond du garage depuis le début de l’hiver. Je ne veux plus te toucher, te sentir, te voir. Tu es poubelle, scorie, merde.

Je t’ai oublié. Les rares fois où je pense à toi, je suis remplie d’une rage méconnue. Celle qui nourrit celui qui tient le fusil. Je le braque sur ta vie, et je tire, je tire, je tire.

La reine des connes

J’ai la membrane qui m’démange
On est le 7 janvier
C’est la fête des rois
Les invités n’sont pas encore là
Mais la frangipane gît sur le plancher
Toute retournée

Je suis la reine des connes
Mon chum j’en veux plus
Son frère – par contre – j’dis pas non !
J’ai la membrane qui m’démange

Lui au moins il a pas la Tourette
Y m’respectte
Même l’aut’jour y m’a surnommée
Ma crazy-carpette

J’sais pas encore pourquoi
Mais j’ai trouvé ça gentil
Moi j’l’appelle mon gros baloney
Ça l’fait frémir de plaisir

Hier
On s’est assis dans son sous-sol – tout seuls
On a passé toute sa discographie
On s’est touché la main
C’est fou comme quoi
Un frère peut en cacher un autre

Miam ! Miam !

En cette journée froide, mais pas trop quand même, une idée s’était forgée dans la tête de Béatrice: aller faire du crazy carpet sur la Montagne. Ça sera amusant et surtout le chocolat chaud une fois de retour à la maison:  Menoum ! Menoum ! Comme dans le temps de l’insouciance à la différence que maintenant elle en profite pour davantage se gâter avec un bain chaud et une friction au gant de frangipane pour se revigorer en douceur. Le bonheur !!

Dans son bain la belle aimait habituellement simplement se fermer les yeux et se laisser envahir par le calme. Mais là elle avait une chose en tête. En fait non: elle en avait plusieurs, mais toutes reliées à la même fibre englobante. Ça lui donnait le tournis.

– Béatrice: concentre, fais le vide, ne pense à rien .

Ses efforts étaient vains.

Une fois dans la cuisine elle mis du lait à chauffer pour son chocolat chaud. Elle alluma la radio. Ce fût le choc. C’est comme si elle venait d’être frappée par le syndrôme de la Tourette: une chanson d’Éric Lapointe ! Elle ne connaissait pas toute sa discographie mais celle-là lui irritait vraiment la membrane de  l’oreille. Incapable d’en entendre davantage, Béatrice éteignit la radio et frénétiquement fouilla sur YouTube.

– Ça doit se trouver. Il faut que ça existe.  Il faut que je m’enlève ce goût de brume dans la bouche.

– Baloney !

Fin de soirée

Ça allait bien. On avait eu une belle soirée, retourné chez lui pour un « café ». Je me laissais bercer par ses caresses, j’étais dans le « groove ». Il avait du potentiel, peut-être que ça pourrait mener à une belle relation. La discographie des Pet shop Boys jouait en background, pas vraiment de la musique pour se mettre dans le mood, mais bon, ce n’était pas le temps de lui demandé de changer.

Soudainement, la membrane qui nous séparait se brisa, et à l’intérieur de quelques secondes mon esprit fut rempli d’images : Test de grossesse positive, accouchement douloureux, nuits sans sommeil, enfant qui crie, rencontre de parents sur des petites chaises, sandwich au baloney, descente en crazy carpet directement dans un arbre, attente à l’hôpital… Comme une tornade qui n’en finissait plus, je voyais ma vie disparaître. J’ai crié STOP, comme si j’étais atteint de tourette.

Ben fin le gars, il a arrêté, il a changé de membrane, on a recommencé, mais la magie était partie, j’avais la frangipane du dessert sur le cœur, la musique m’énervais, j’avais juste hâte qu’il finisse pour que je puisse retourner chez moi.

Finalement, ce n’est pas ce soir que je rencontrerais l’âme sœur.

Dans la mouise.

Je m’efforce d’y arriver … dans mon cerveau … les neurones ou sont-ce les  synapses ?  …  en tous les cas, il y a quelque chose qui ne va plus!  Je suis dans la mouise.  La brume m’envahit, m’entoure me submerge … s’agglutine …  une frangipane !

Je n’arrive plus à faire s’arrimer les idées.  Quelque chose les sépare, leur fait faire du crasy carpet dans les circonvolutions de ma matière grise.  J’ai l’esprit enfermé dans un baloney ciré, pas moyen de lui faire traverser cette frontière !

Je me sens comme j’imagine la vie quand on souffre du syndrome d’enfermement ou à un moindre niveau du syndrome de Tourette, c’est-à-dire le corps qui ne répond plus au cerveau mais dans mon cas c’est plutôt le cerveau qui est coupé de l’esprit.  Comment m’acquitter de ce thème ?  … Un dernier effort … je ne sais pas vraiment comment je pourrai inclure cette dernière contrainte …  faudrait que j’essaie de la passer en douce … d’être subtile … comme une chanson de Normand L’Amour glissée dans la dicographie de Dan Taylor !