60e thème

Thème :

La musique

Contrainte:

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La morale de cette histoire

Une basse et une guitare attendent au bar accoté l’une contre l’autre

Elles s’observent du pied à la tête

Se comparent de bonne foi

Laissent vibrer leurs caisses mollement

Les six cordes de la basse sont tressées

Mignon mais bizarre

Ne pourrait même pas jouer un accord

Est peignée pour sortir

La guitare fait remarquer aussitôt à la basse que ses cordes sont emmêlées

Que plus on les tient droites

Que mieux on sonne

Qu’on n’est pas ici pour flasher

Trop tard

Ils arrivent

La guitare est empoignée d’une main convaincue

La basse rejetée d’un premier regard

Suite

Ça fait presque deux mois qu’il ne lui a pas dit au revoir, mais qu’il est parti quand même.

Les écorchures se sont mutipliées, sur les bras, les jambes et son ventre. Pourtant, elle ne ressent rien, plus rien. Comme un vide, un néant.

Elle s’est fait une playlist pour lui, comme pour le garder avec elle malgré son absence. Les chansons se succèdent sans fin, plus tristes les une que les autres. Elle pense à lui et se dit qu’elle ne sera jamais capable de passer à autre chose.

****

 

Une belle brute est remontée vers le nord avec elle, à bord d’un taxi. Une brute masculine.

Elle l’a embrassé. Il l’a caressée. Ils ont dormi ensemble, collés, avec Meddle qui grésillait sous l’aiguille de la table tournante. Ça lui a fait du bien. Ça lui a changé les idées. Mais le vide est toujours plein de son silence à lui, qui est parti sans dire au revoir.

Musique de Chambre

Mais quand la lame atteint l’orée de mon pubis
Je pousse un grand soupir
De douleur et de soulagement

Je ne vais jamais plus loin
J’ai trop peur
D’écarter mes chairs
De découvrir mon cœur

Je suis un menteur
Je suis un imposteur

Je pose la tête sur l’oreiller
Je laisse la musique m’engourdir
Je contemple au plafond
Le résultat de mon auto-mutilation

J’allume un joint

Je suis fou !

L’appel est plus fort que la raison
Qu’est-ce qui j’y peux ?

Je ne suis pas normal
Qu’est-ce que j’y peux ?

La nuit détruit ce que le jour échafaude

J’écoute ma musique
Je fume – je bois
Je m’découpe
Je pleure

Il y a des bougies partout
J’attends ma sœur

Elle va bientôt rentrer
Elle va m’enlacer
M’embrasser

Elle va prendre un fil
Une aiguille
Panser mes plaies

Elle va s’endormir tendrement à mes côtés

Ma sœur c’est ma mère !

Ma sœur c’est l’amour !

Je sais que ce cirque va bientôt finir
Mais quand ?
Mais comment ?
J’ai peur !

Il fait maintenant nuit
J’ai froid !
J’ai peur !
Je serre ma mère – je serre ma sœur

Les sons de vie, à Cicatrice

La nuit fut courte et mouvementée. Malgré ma grande fatigue, je fus tiraillé par mes pensées resurgissant entre les phases de mon sommeil, m’empêchant de profiter pleinement de mon repos. Dans un terrible mélange de souvenirs, de rêves, de vagues impressions et d’émotions, les heures passèrent, mais pas ma fatigue. Au petit matin, lorsque j’en eu assez de tourner en rond et de courir après un sommeil qui ne revenait plus, je décidai de me lever et commençai ma journée.

Mon employeur m’avait envoyé dans ce petit bled pour y recenser les enfants en âge d’aller à l’école. Un client à lui avait trouvé que d’implanter une commission scolaire dans un trou perdu au bout du monde pouvait s’avérer une bonne idée, et voulait savoir si le projet était viable, donc si clients potentiels il y avait.

Après m’être rasé, habillé et avoir sommairement replacé les couvertures sur mon lit, je partis en quête d’un quelconque petit déjeuner à me mettre sous la dent. Au rez-de-chaussée, je ne vis personne. « La masse » n’y était pas. Par contre, une odeur divine montait à mes narines et d’une pièce à l’arrière du bar-comptoir, me parvenaient des bruits de chaudrons de casseroles et d’autres ustensiles de musique culinaire s’entrechoquant. Et de ces sons s’échappait une sainte odeur de bacon, d’œufs, de café et de rôties. Ô douce mélodie olfactive ! J’appelai…

            « Hello ?! »

Une petite voix se fit entendre :

            « Un instant, j’arrive ! »

Et comme de fait, un instant plus tard, une femme entre deux âges apparut dans le cadrage de porte, derrière le comptoir et derrière sa spatule et son tablier. Je devinai qu’elle devait être la femme de la masse, donc d’Adipeux.

Aucune demande ne fut réellement requise de ma part. Elle me fit signe de m’asseoir, ce que je fis, et elle retourna en cuisine. Au son des chaudrons se mêlait maintenant mots grognés et mélodie gutturale que j’eu toute la misère du monde à déchiffrer. En fait, je ne compris que quelques mots parlants de faim, d’os et de bouillon. Allez-donc savoir !

Comme une tornade, la femme vint me servir une assiette bien remplie, une tasse de café brûlant toute aussi remplie et un sourire sans dents qui me rendit quelque peu mal à l’aise. Lorsque je vis qu’elle semblait attendre de voir si j’appréciais sa cuisine avant de retourner à ses occupations, je la gratifiai d’un immense sourire à mon tour, espérant ne point attiser de colère ou de jalousie de sa part face à ma superbe dentition. J’enfournai une énorme pelletée d’œufs brouillés et levai le pouce bien haut en roulant des yeux pour lui signifier mon contentement. Heureuse, elle repartit et s’arrêta pour noter quelque chose dans le grand registre sur le coin du comptoir, avant de retourner à sa mélopée de cuisine. Probablement un ajout sur ma note à régler avant de quitter. Je mangeai avec appétit. Avant de quitter, bien repu et éructant de joie, je la remerciai et sortit avec un petit calepin et un stylo, bien décidai de mener à bien la tâche qui m’incombait, à savoir le recensement des marmots du voisinage.

De jour, l’artère principale, bien petite veinule comparée à la « main » de certaines villes, avait un aspect moins repoussant qu’à la noirceur du soir ou de la nuit. Il y avait un peu plus d’action, quoique les gens n’aient pas vraiment plus d’énergie. Un village de zombies restera un village de zombies ! Aucun mouvement rapide, pas de bruits ni de discussions animées. J’allai au hasard de cabane en cabane, je cognai à plusieurs portes fermées, qui le restèrent. J’essayai de poser une ou deux questions aux passants, mais je ne réussis qu’à obtenir grognements et haussements d’épaules. Au bout de la rue, un jeune homme d’aspect presque normal, vendait des fruits et des légumes, étalés sur une simple table en bois. Il cachait en partie son visage derrière ses mains déjà vieilles qui tenaient un harmonica dans laquelle il soufflait toujours la même note, à la même cadence. Quand il me vit approcher, il me fit un petit signe de la tête, en mettant un petit trémolo dans son souffle. Je choisis quelques fruits pour mon repas du midi qui approchait, comme mon estomac s’efforçait de me le faire remarquer. Je payai et lui demandai ensuite son nom. Il me répondit, à mon grand désarroi, sans même décoller ses lèvres de son instrument et en expirant :

            « Aweillalbert ! »

J’en fus sidéré ! Comment avait-il pu me répondre au travers sa damnée bébelle sans pour autant  changer la note qui en sortait, ou si peu ? Son nom lui-même ne me surprit guère, déduisant facilement que le quotient intellectuel de la population devait y être pour quelque chose. Je me ressaisis et lui demandai son âge :

         « Huitpasplus ! » qu’il me répondit, encore une fois tout de go, tout d’une même note soufflée, presque crachée. Je notai dans mon calepin, Albert – 8 ans. Je le remerciai et le laissai à son auditoire végétatif.

Je me mis ensuite à la recherche d’un endroit tranquille afin de prendre le temps de mettre mes notes en ordre, et aussi manger un peu. Au bout de la rue principale, on pouvait apercevoir les champs environnants et le ciel bleu, avec quelques petits nuages blanc cotonneux ainsi qu’un petit bosquet d’arbrisseaux. Je m’y dirigeai, et au fur et à mesure que je progressais je pouvais entendre une douce mélodie. Ne sachant pas à prime abord d’où elle venait, je pris la peine de tendre l’oreille et m’orientai dans sa direction lorsque je crus l’avoir repéré. Trébuchant sur les sillons de terre labourée, j’avançai et arrivai à un grand trou dans le sol, à peine recouvert par deux planches et quelques pousses de blé négligemment jetées sur les planches. Ni camouflé, ni bouché, juste inquiétant. La musique, qui aurait pu être de la flûte de pan, de l’ocarina ou encore de l’accordéon tant l’écho en distordait l’essence et les planches en étouffaient la clarté, venait bien d’en bas. Il y avait quelqu’un dans ce trou ! Je dégageai du mieux qu’il me fut possible le trou, en écartant les planches, tout en laissant savoir ma présence et mon désir d’aider.

           « Hello ? Vous avez besoin d’aide ? »

Lorsque j’eus assez d’espace pour voir plus creux, je m’approchai de la bordure et jetai un coup d’œil au fond. C’était un vieux puits vertical, humide, sombre et profond. Les parois était en pierre des champs, suintantes et fleurant la terre après la pluie. Je regardai autour de moi en quête d’une corde, d’une chaîne, d’une échelle, d’un camion de pompier… Rien, évidemment ! C’est alors que je vis Albert, qui m’avait suivi. Il s’approchait de moi. Je lui demandai d’aller chercher de l’aide, lui dit qu’il y avait quelqu’un de pris dans ce trou, lui demandai de rapporter une corde… Il me regardait avec une expression de totale incrédulité, à moins que ce ne fût qu’un peu de crétinisme avancé. Il s’approcha du trou et regarda un moment en bas. En se retournant vers moi, il me fit signe d’écouter, en lâchant son harmonica et en mettant sa main derrière son oreille, tête penché de coté pour mieux entendre. Je m’approchai encore et penchai aussi la tête pour essayer de distinguer ce qu’il avait pu entendre de plus que moi. J’entendit alors, venant de la ville, quelqu’un crier :

           « Aweillalbert ! »

Albert souffla très fort dans l’harmonica qu’il venait de remettre dans sa bouche, et me poussa en même temps !  Surpris par sa manœuvre incongrue autant que par le grognement de bête sauvage qu’il produisit, je perdis pied. Entraîné par le poids de ma chute, je tombai d’accord pour perdre l’équilibre. Et dans l’humide obscurité, je fus précipité. La chute fut assez courte, mais le choc brutal. Je me sentis envahi par les ténèbres, le doute et la douleur. Avant de perdre conscience, je compris que je venais de m’empaler sur quelque pieu, sur quelque branche tout au fond du puits. J’entendis à peine le souffle d’Albert qui répétait inlassablement :

            « Neufpasplus ! Neufpasplus ! »

À mon réveil, en sueur, en panique et en colère, je répondit au téléphone, essoufflé. Mon employeur ne dut pas trop comprendre lorsque je l’envoyai sur les roses après qu’il m’eut proposé une nouvelle affectation, dans un petit bled perdu…

La deuxième fois

Vingt-trois heures. La musique est forte, les gens sont entassés sur le plancher de danse, il fait chaud. Jacob est au bar, vodka à la main, il regarde, observe tout ce qui l’entoure. Soudainement, un sourire se dessine sur ses lèvres, ses yeux se sont posés sur une jolie demoiselle. Elle est assise seule au bar, elle semble se demander ce qu’elle fait là. Jacob s’approche tranquillement, en prenant soin de garder sa cicatrice dans l’ombre, un grand sourire sur son visage. La jeune femme lève les yeux et un sourire apparait aussi sur ses lèvres. Jacob lui offre un verre, elle accepte, ils discutent, elle rit; tout semble aller pour le mieux. Puis Jacob tourne la tête et la jeune femme voit la cicatrice. Soudainement, elle ne rit plus, elle semble mal à l’aise, elle s’excuse pour aller à la salle de bain. Jacob a vu dans son regard le dédain qu’elle éprouve pour lui. L’hypocrite, encore une qui ne se fie qu’aux apparences. Elle ne le sait pas encore, mais elle aurait plus changé la vie de Jacob, elle aurait pu lui redonner foi à la vie. Elle ne le sait pas encore, mais elle vient tout juste de changer son destin. Elle quitte pour la salle de bain, après vingt minutes, elle n’est toujours pas revenue, Jacob n’est pas vraiment déçu, il s’en attendait. Il balaie l’endroit du regard et il l’aperçoit dans un coin, verre à la main en grande conversation avec un autre mec. Peu importe, quelque part à l’intérieur de Jacob, une petite excitation nait. C’est ce qu’il voulait dans le fond. Il quitte le bar.

Trois heures le matin. Jacob est dans l’embrasure de la porte du commerce faisant face au bar, il attend depuis plusieurs heures, il n’est pas inconfortable et n’est pas anxieux, il sait que l’attente arrive à sa fin. Il la voit sortir du bar, seule…. Parfait. Elle commence à marcher et lentement Jacob la suit de l’autre côté de la rue. Après dix minutes de marche, ils ont quitté les rues occupées du centre-ville, Jacob se dit qu’il aurait dû traverser la rue quand il y avait plus de monde, quand, surprise, elle traverse la rue. Sourire aux lèvres, Jacob accélère légèrement le pas, ils arrivent en même temps au même point, face à l’entrée d’une ruelle sombre. L’occasion rêvée, c’est fantastique comme le destin fait les choses. En un mouvement sûr, Jacob prends son couteau d’une main et le collet de la jeune femme de l’autre et l’entraine dans la ruelle, elle n’a pas le temps de dire un mot.

Une mélodie sort de la fenêtre d’un appartement donnant sur la ruelle. Cette mélodie, jamais Jacob ne l’oubliera, elle lui rappellera toujours la première fois qu’il ressentit le plaisir de sentir le parfum d’une femme, le plaisir d’un contact humain, d’un peau à peau. Il n’oubliera jamais la première fois qu’il prit une femme. Cette douce mélodie lui rappellera toujours le bonheur qu’il connut lorsque le couteau brisa la chair de la joue droite de cette femme, lorsque le sang commença à couler entre ses doigts. Ces quelques notes lui rappelleront toujours sa première victime, ou plutôt sa deuxième….

Rosemont

Le wagon était vide si ce n’était pour ce couple d’adolescents qui se léchait avidement la pomme sous la face éternellement étonnée d’une jeune femme ventant un restau Thaï. Maude détourna le regard et mis son iPod en marche. Primal Scream pour couvrir les bruits de succion exagérés.

Elle avait hâte d’arriver chez elle, de laver l’amertume de la fin de son séjour. Elle avait eu du fun, en toute innocence, et puis, insidieusement, l’atmosphère s’était chargée de phéromones. Elle se trouvait drôlement ingénue d’avoir trainé avec les gars sans penser qu’elle deviendrait un objet de convoitise.

Dans ses oreilles, Björk entamait Immature.

C’est vrai qu’elle était la seule fille de la gang… Elle réalisait seulement maintenant que les tournées générales que Simon s’empressait de payer au bar, les conseils protecteurs de Guy, les blagues de Martin étaient leur façon à chacun de rivaliser pour s’attirer son attention. Quand même, Guy… elle ne s’était pas attendue à cette déclaration de dernière minute. Elle avait bien vu venir Simon le flambeur, mais loin de l’impressionner, ses gestes ostentatoires l’agaçaient. Quant à Martin, il avait essayé de la coincer dans le couloir de l’hôtel alors qu’elle rejoignait sa chambre. Par chance, il était tellement chaud qu’elle l’avait esquivé sans difficulté, et il s’était étalé de tout son long sur le tapis. Elle ne s’était pas gênée pour éclater de rire et il avait battu en retraite, la queue entre les jambes.

Elle pouffa en y repensant. Le couple se retourna vers elle, la fille la dévisageait. Maude réalisa qu’elle avait du prendre son rire pour une moquerie et feint une toux en regardant ailleurs. Elle monta le son du iPod. Les écouteurs « croonaient » en rythme avec les ballottements du wagon, « I used to be… swinging the girls ‘cross the floor… »

Guy… Le dépit qu’elle avait lu dans ses yeux l’avait touchée. Tandis que les deux autres se seraient contentés de la sauter, lui avait pris le risque de lui avouer ses sentiments. Elle n’avait su que répondre, elle aurait voulu être diplomate ; la vérité, c’est qu’elle avait pitié et qu’elle ne comprenait pas.

Le métro s’engouffra finalement dans la station. Elle s’empressa de débarquer pour grimper les marches deux à deux. À peine arrivée en haut de l’escalier, l’arrivée d’un texto fit vibrer sa sacoche :

Salut Bella,
Un petit souper chez moi demain soir, ça te tenterait ?
xx Simon

Suivi de son adresse – Westmount, évidemment. Et tandis que Kurt Cobain trainait sa voix sur About a Girl, Maude poussa un soupir en levant les yeux au ciel. OK, c’était flatteur, mais c’était aussi décourageant. Elle se demandait bien quelle partie de « J’ai un chum » les gars n’avaient pas compris.