N’autodiscipline

Wow, comme j’ai du mal à faire ce qui faut quand il faut comme y faut. Je me sens toujours quelques longueurs derrière. Quelques pas à côté de la track. Je manque encore à l’appel. La soirée d’hier m’a bouffée ce matin. Fais s’en voler les rendez-vous. Je me donne au diable.

J’arrive pas en société.

Gratitude

Je corresponds maintenant depuis six mois avec Madeleine – une lettre chaque semaine
Et chaque semaine – elle revit – elle me remet une lettre – qu’une fois rentré j’ouvre et je lis !
Aujourd’hui quand elle me l’a remise – elle m’a longuement tenu la main – longuement regardé – elle m’a serré très fort
Elle m’a dit à demain !

Je suis parti sur le chemin – troublé – je savais que de loin elle me regardait

Sa dernière lettre se lit comme suit :

Maurice

Aujourd’hui, grâce à toi, j’ai repris goût à la vie
Je t’ai aimé et j’ai enfin eu tout le loisir de te le dire
Je sais maintenant que tu n’es plus
Que nos retrouvailles n’auront pas lieu
J’accepte désormais de vivre sans toi
Et de te laisser partir
Tu peux enfin dormir en paix

Madeleine

Aujourd’hui je suis encore facteur dans le petit village d’ici
Mais j’ai déménagé
Je vis avec Madeleine depuis bientôt un an
Je regarde les enfants jouer dans le jardin – elle son regard s’éclaircir

Étourderie

Je me suis levé tôt en ce dimanche. L’habitude de la semaine j’imagine. Mais aussi sans doute par fébrilité. J’anticipais tellement cette journée. Comment pouvait-il en être autrement ? J’allais enfin avoir des réponses à mes trop nombreuses questions.

J’avais encore un bon trois heures devant moi. J’en profitai pour poursuivre le roman que j’avais en cours. J’aime beaucoup lire dans la tranquillité du matin. Je jetai un coup d’oeil à la fenêtre. La température semblait très confortable en cette fin octobre. Je décidai d’en profiter pour faire une petite marche tout en me dirigeant au Nid Poule.

Le soleil adoucissait la petite brise dans l’air. Le quartier était encore relativement calme à cette heure. Qu’il faisait bon se promener en laissant traîner ses pas dans les feuilles mortes.

Mon regard s’est arrêté. Derrière une fenêtre, une femme est assise dans une causeuse rouge. Elle tient une tasse d’une main et un livre de l’autre. La lecture est visiblement passionnante: elle dévore les pages les unes après les autres. Jusqu’à en oublier sa tasse parfois  : elle la lève pour la porter à ses lèvres, puis arrête son geste, la dépose sur la table basse devant elle.

La fenêtre étant ouverte, on peut entendre de la musique s’échapper de la pièce. Je me suis rapproché. De la musique instrumentale. D’après la sonorité et les arrangements c’est un disque récent. Mais je ne peut dire lequel: il m’est inconnu. Ce n’est pas de la musique classique, pas plus que du jazz à ce que je peux en juger. C’était un amalgame des deux genres avec en plus une touche contemporaine. C’est très intéressant et intrigant à la fois. Ma curiosité est piquée.

Je suis là à écouter ce qu’elle écoute. Je n’ose pas trop regarder en sa direction. Je me suis même mis un peu à l’écart, dissimulé par un arbre, de peur que son regard croise le mien. Appuyé au tronc d’arbre je rêvasse, bercé par la musique.

Après un temps, je m’aperçois que la musique a cessé. Je lève les yeux vers la fenêtre  : elle est fermée, le store abaissé. Visiblement elle est partie. Manifestement je me suis trop absorbé dans mes pensées et j’ai perdu la notion du temps: je suis très en retard pour mon brunch.

Je me hâte en direction du restaurant, tout en me maudissant. Si je n’y trouve pas Béatrice, je n’aurai probablement pas d’autres occasions de connaître la vérité sur toutes ses années mystérieuses.

Je vois l’enseigne du Nid Poule, ma nervosité grandit. J’entre. À cette heure le moment du  brunch tire à sa fin.  Il y a quatre tables prises. Et apparemment pas de Béatrice, malheureusement. La serveuse qui m’accueille m’indique une table le long du mur. Tout en regardant le menu je fais le tour des clients. Effectivement il n’y a personne qui ressemble à Béatrice. Du moins selon mes souvenirs. Mais elle a fort possiblement modifié son apparence depuis tout ce temps. Et merde ! Je m’en veux: je voulais tant comprendre son long silence.

– Vous avez choisi ?

– Oui. Je vais prendre les oeufs bénédictines Maisonneuve avec un bol de café au lait, svp.

Et si…

Aujourd’hui, Martha a failli rencontrer l’homme de sa vie. Il ne s’en est pas fallu que de quelques précieuses minutes de perdues, et le moment s’est éclipsé. Martha s’en allait rencontrer des amis, pour une bière. Rien de vraiment exceptionnel, mais une belle soirée en perspective.

C’était alors qu’elle était en train de barrer la porte qu’un choix s’est présenté à elle. En une seconde, elle a pris une décision qui allait changer le cours de sa vie. La clé dans la serrure, elle a entendu le téléphone sonner à l’intérieur. Un grand soupir, une hésitation, la volonté de laisser sonner, mais l’esprit parano qui a pris le dessus: « Et si c’était important? »

« Congratulation! you have won a cruise… »

Elle raccrocha brusquement, exaspérée, et rapidement reprit le chemin du bar.

Parce qu’elle a répondue au téléphone, Martha est arrivée au dépanneur, quelques secondes après la madame qui voulait faire vérifier ses billets de loterie. Parce que la madame a pris plus de dix minutes pour s’organiser, et jaser de tout et de rien avec la caissière qui faisait des petits sourires mal à l’aise à Martha, cette dernière a manqué son autobus.

Parce qu’elle a décidé de marcher le cinq minutes jusqu’au métro, Martha a été témoin d’un accrochage, et après cette assurée que personne n’était blessé elle a poursuivi son chemin.

Martha a manqué le métro de quelques secondes

Elle est restée prise derrière des personnes qui ne montaient pas les escaliers roulants, et se promis de prendre les vraies marches la prochaine fois.

Si elle n’avait pas répondu au téléphone, Martha serait arrivée vingt minutes plus tôt.  Elle aurait rencontré le nouveau barman qui finissait son shift quinze minutes plus tard. Leur regard se serait croisé. Parce qu’ils auraient échangé un sourire, il serait resté pour mieux la connaitre.

Martha et lui auraient cliqué immédiatement, leur relation aurait rapidement évolué. Deux ans plus tard, Martha aurait été mariée et enceinte de leur premier enfant.

Malheureusement ,Martha a répondu au téléphone.

Naïveté… candeur… enthousiasme de débutante ?

St-Odilon, le 7 septembre 1933.

Mgr Villeneuve

Archevêque du Diocèse de Québec,

                                                               Je viens, aujourd’hui, solliciter une rencontre avec vous dans le but de discuter de l’appellation de la lettre « Q »  dans la transmission de l’alphabet à nos enfants de la Belle Province.

Bien à Vous,

Marguerite Lessard

Maîtresse d’école du 6e Rang

St-Odilon-de-Cranbourne

Co. de Dorchester

Province de Québec

Canada.