95e thème

Thème :

Ostéopathie

Contrainte:

Introduire et/ou conclure son texte par un proverbe.

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Ostéopathie pour les nuls

Je ne connais rien à l’ostéopathie, mais j’ai entendu d’adorables témoignages à son sujet… Si bien que j’ai supposé un jour que mon corps devait s’être désaccordé sans elle.

Apprivoiser la bête.

À la grecque, ostéon signifie os, et pathos, souffrance. Tout part donc du principe que tout s’attache au squelette d’une façon ou d’une autre et que, lorsqu’un organe panique, c’est la faute à la charpente. Vision globale. Chercher à tâtons, soigner avec doigté. De la médecine douce.

Moralités

Il y a aussi cette croyance coquine qui veut que le corps soit naturellement en mesure de se défendre. Contre la peine d’amour, les traumatismes coloniaux, les chutes en parachute, la vengeance et toutes ces autres maladies pernicieuses. Tant qu’il est bien entretenu et alimenté sainement. Naturellement. Qui l’eut cru.

Depuis quand?

Bien avant qu’Andrew Taylor Still, médecin et pêcheur protestant méthodiste expert en génie mécanique et hydraulique appliqué à l’anatomie, enchâsse les traditions orales et écrites de l’Antiquité dans la connaissance moderne. L’esprit ingénieur et troubadour, sa soif de comprendre la logique de la condition humaine l’amène à vagabonder, milieu 19e siècle, à travers les campagnes américaines à la recherche de cadavres à disséquer. Surtout indiens. Apparemment. Puis c’est la guerre de Sécession. Les chirurgies militaires raffineront son savoir.

Théories et résultats

Plusieurs dizaines d’années plus tard, la discipline considère toujours que l’homme a été créé avec toute la matière lui permettant de s’autoguérir. L’héritage d’un 22 juin, il y a longtemps, en 1874, alors que le père de l’ostéopathie s’exclamait, illuminé par sa rupture avec la médecine orthodoxe, que : « Le corps est la pharmacie de Dieu».

La dernière fois

Y’en aura fallu, des sous, avant de me rendre compte que je perdais mon temps.
Déjà qu’au départ, y’avait pas grand chose de glorieux là-dedans.

« Déshabille-toi et tiens-toi droite! On va t’analyser dans ta posture, on va te trouver des bobos sans pour autant t’aider avec ce qui ne va pas.
On va te fucker l’dos.

Mets ton poids sur la jambe droite. Transferts sur la gauche.
Penche-toi par en avant.

Bien. Maintenant couche-toi sur le dos. Aimerais-tu une p’tite serviette? T’as pas l’air à l’aise…

J’vais te peser sur le coccyx avec ma main droite tandis que je vais t’enfoncer les doigts de la gauche dans la gorge. J’vais aller te replacer la mâchoire, le palais…
Tu peux ben avoir des migraines!! Les os de ta face sont toute pognés… J’m’en vas te dégager ça.  »

J’me suis levée. J’ai même pas pris l’temps de me rhabiller. Moi aussi, j’lui ai replacé l’coccyx, avec mon pied au cul.
Sa face valait pas loin du deux mille piasses que j’lui avais donné au fil de l’année.
J’en voulais pour mon argent.
Oeil pour oeil, dent pour dent.

La chute

Notre corps est fait de chair et d’os – on l’entend souvent dire – on n’y porte malheureusement pas vraiment attention – pour nous – la plupart du temps – il n’est que le reflet que nous renvoie le miroir – une silhouette qu’on voudrait mince – un minois qu’on voudrait séduisant – des muscles qu’on voudrait apparents.

Quand tout va bien – voilà tout ce qu’on voit – tout ce qui importe.

La douleur – elle – nous ramène à l’essentiel.

Une chute en parachute – pour ma part – à très mal finie – le parachute ne s’est pas ouvert – je vous laisse imaginer la descente – je vous laisse imaginer l’impact – le bruit – l’effroi – la perte de conscience.

Mais tout ça n’est rien – en fin de compte.

Le pire restait à venir – le réveil – la douleur – les os brisés – la chair tuméfiée.

J’aurais préféré la mort – j’aurais préféré être laid – que d’endurer tout ce que j’ai enduré et tout ce que j’endure encore.

Heureusement il y a eu Jeanne – un baume survolant mon corps – un ange soulageant mon âme.

Jeanne est ostéopathe – on lui a confié mon cas – je me suis présenté à elle allongé – déprimé – dans tous les sens du terme.

Jeanne – elle – était belle – douce – elle sentait bon – seul l’effleurement de ses cheveux touchant ma peau lors de ses manipulations calmait mes douleurs – me procurait un apaisement.

Jeanne je l’aurais mariée sur le champ – seulement Jeanne était mariée – et mère de deux enfants.

Nos rencontres étaient heureusement fréquentes – je ne pouvais plus me passer de ses mains sur mon corps – ses traitements étaient mon unique raison de vivre.

Pour elle j’étais un véritable défi.

Pendant des mois nous avions tous les deux qu’un seul objectif – elle voulait me guérir – je voulais la séduire.

Aujourd’hui Jeanne et moi on est ensemble – quand j’y pense j’en ai encore des larmes aux yeux – toute cette souffrance et toute cette douceur qu’on a partagées.

Grâce à elle aujourd’hui je me tiens debout.

Je vous le dis – aujourd’hui.

Malgré toutes les souffrances que j’ai subies et que je subis encore et pour toujours – je dirais que je ne regrette rien – que s’il fallait subir ça encore pour rencontrer Jeanne – j’accepterais d’emprunter le même chemin.

Comme quoi : « à toute chose – malheur est bon »

Désarticulée

“Il ne faut jamais remettre au lendemain ce que l’on peut faire aujourd’hui.”

Cela faisait quelques temps déjà que Béatrice s’était promis de prendre soin de son corps. Elle lui faisait subir tant de traumatismes que sa colonne vertébrale en était toute démantibulée.

C’est Charlotte qui l’avait convaincue. Elle connaissait une excellente ostéopathe que lui avait conseillé Daphnée. Celle-çi avait eu recours à ses services suite à une vilaine chute de cheval. La monture avait démontré toutes les facettes de son caractère que ne laissait présager sa magnifique robe blanche.

Si la spécialiste avait pu s’occuper aussi bien du corps de Daphnée, elle pouvait certainement en faire autant avec celui de Béatrice. À tout le moins ça vaut la peine d’essayer pensait la belle.

Ostéo

Visite chez l’ostéopathe. Bonheur et réticence. Je sais que j’en ai besoin, je sais que je me sentirais mieux, mais je redoute la douleur. Débloquer les muscles requiert un savoir précis des points de pressions. Une compréhension complète du squelette, et des muscles et ligaments qui compose le corps humain. Qui aurait cru qu’une douleur au poignet commençait dans le haut du dos? Bref, une visite chez l’ostéopathe égale une heure de torture pour débloquer mon corps. Mais comme on dit en anglais: « No pain, no gain »

Ostéopathie

Vous êtes étendue sur le dos, presque nue sur votre table de cuisine. Vous retenez votre souffle alors que ses mains se rapprochent de votre corps; un frisson intérieur suivi d’une décharge électrique vous parcourent toute entière. Pendant qu’il vous manipule avec adresse et précision, vous repensez à cette soirée où vous l’avez aperçu pour la première fois au bar du coin. Vous sirotiez votre bière paisiblement en observant la faune locale quand vous avez croisé ses prunelles de fauve. Effet direct. Bouffée de chaleur, rythme cardiaque qui bat la chamade. Vous avez détourné le regard en essayant de vous calmer. Lorsque vous avez relevé les yeux, il était assis à une grande table au fond avec une vingtaine de personnes qui avaient l’air de célébrer un évènement quelconque. Vous avez demandé à la serveuse si elle connaissait ces gens. Elle vous a répondu qu’il s’agissait de l’Association québécoise des ostéopathes, l’AQO qui tenait un colloque tout près d’ici. La soirée s’est poursuivie. Vous avez rencontré des amies avec qui vous avez discuté puis elles sont reparties. Vous avez étiré le temps plus qu’à l’habitude, tiraillée par la présence envoutante de cet homme que vous avez continué d’observer à la dérobée. À quelques reprises vous avez frôlé son bras alors qu’il se tenait debout près du comptoir et que la place était bondée. Vos regards se sont recroisés encore furtivement. Vous aviez peine à croire à la réaction épidermique provoquée par ce parfait inconnu. Puis est arrivé le last call. Vous l’avez vu payer l’addition et sortir. Vous avez terminé votre verre et êtes partie un peu saoule en vous traitant d’imbécile de ne pas avoir eu le cran d’être allée faire sa connaissance. Un ostéo! Tout le monde a besoin d’un ostéo!

Alors que vous ne pensiez plus le revoir, quelle ne fut pas votre surprise de le croiser à nouveau deux jours plus tard lors de votre 5 à 7 habituel. Vous étiez assise sur le ponton de la terrasse lorsqu’il est venu s’assoir près de vous. Il s’est commandé une pinte d’IPA et lorsque le serveur s’est tourné vers vous, vous avez dit: « Oui! Moi aussi je le veux ». Il vous a regardé avec un sourire à faire fondre un iceberg et vous avez profité de la situation pour l’aborder en commentant la nouvelle bière aux cerises. La conversation s’est poursuivie à bâtons rompus jusqu’à ce que vous lui demandiez: «Tu travailles dans le coin? Il me semble que je t’ai vu ici samedi soir. » Il vous a vu aussi, vous répond-il. Il vous apprend qu’il vient de Rimouski et qu’il est là pour le colloque des ostéopathes. Vous vous entendez lui dire: « Je cherche justement quelqu’un pour m’arranger un problème de dos ». Vous vous trouvez soudainement audacieuse et maquiavélique d’avoir inventé cette histoire alors que ce dernier vous répond qu’il serait disponible pour une consultation et qu’il se déplace à domicile. Ses amis arrivent. Vous échangez vos coordonnées et convenez d’un rendez-vous pour le lendemain.

Vous voilà donc étendue sur votre table et pendant qu’il vous soulève un bras en appuyant sur un point de votre nuque vous vous dites que la situation est ridicule; vous pourriez en effet continuer le jeu, le laisser finir et lui payer son dû. Il repartirait par la suite et sans doute vous ne vous reverriez plus. Vous vous demandez comment ouvrir votre jeu, comment faire tourner le vent. Il sent soudainement votre hésitation, vous fixe de ses grands yeux noirs interrogateurs. Votre pouls s’accélère, vous sentez une légère panique vous gagner et vous vous entendez lui avouer d’un souffle que vous avez inventé de toute pièce cette histoire de mal de dos. Comme il maintient votre cou d’une main et continue de vous dévisager, impossible de fuir son regard qui vous brûle tandis que votre visage exprime la confusion. Sans relâcher votre tête, il glisse soudainement son autre main entre vos jambes en répondant « À maline, malin et demi car je dois aussi avouer que je ne suis pas ostéopathe… »