Richard Pelletier

-Oui allô?

-Salut Val. C’est moi.

-Euh… C’est qui ça, moi?

-Tu me reconnais pas?

-Ben… j’suis pas sûre, là…

-C’est moi! Ton meilleur ami, Richard!

-J’ai pas d’meilleur ami qui s’appelle Richard…

-Hahaha! Valérie, come on… Pense un peu, souviens-toi…

-Euuh… Richard qui?

-Richard Pelletier.

-…

-Val?

-Tu m’niaises.

-J’oserais jamais!

-C’est pas possible! T’es où??

-Jamais très loin de toi, tu le sais bien!

-Mais ça doit bien faire 20 ans qu’on s’est pas parlé!!

-À peu près 23.

-Ostie, j’suis en train de perdre la tête, c’est ça.

-Ben non, t’as jamais été aussi lucide, petite… Comment tu vas? Quoi d’neuf? Es-tu retournée à St-Urbain?

-St-Masturbain? Pourquoi faire? J’y ai pas mis les pieds depuis des années…

-Ça te ferait peut-être du bien…

-J’ai des gros doutes là-dessus…

-Ouais… Je me demande si St-Urbain a beaucoup changé.

-Pas moi. Probablement pas beaucoup.

-T’as toujours tes chevaux et ton ranch, cow-girl?

-Hahaha! Qu’est-ce que t’en penses?

-Eh ben… t’en avais combien déjà, une centaine? S’ils pouvaient tous tenir dans l’garage avec ma famille, ils peuvent bien vivre dans un 5 et demi!

-Comment tu sais que j’habite un 5 et demi? Et comment t’as eu mon numéro?

-Voyons Valérie… Pense un peu à qui tu parles…

-Ouais, ok… je comprends… Avoue que c’est hallucinant, quand même…

-C’est pourtant toi qui me met les mots dans la bouche.

-Je m’ennuie de toi Richard.

-Je te l’ai dit, je suis jamais très loin.

-Quoi, dis-moi pas que t’es mon voisin, en plus?

-Si tu veux!

-Es-tu toujours aussi rouquin?

-Comme un poil-de-carotte.

-T’étais tellement doux… On était tout l’temps ensemble, tu te souviens? Mes parents croyaient que j’étais autiste, ou schizo…

-C’est dur de l’oublier!

-Ça m’a fait de la peine quand tu es déménagé à Québec…

-C’est toi qui m’a envoyé là-bas, mais je t’en veux pas! Fallait qu’on se sépare… On avait 12 ans… On était rendus trop vieux pour se voir…

-Pourquoi tu m’appelles maintenant, Richard?

-Je me suis dit qu’il était temps que je te rappelle mon existence… Je sais qu’il t’arrive d’avoir des gros blues noir foncé… Appelle-moi dans ce temps-là! Parle-moi. Je suis là pour te révéler à toi-même.

-C’est trop tordu… Oh! Attends Richard, ma coloc est là.

-Valérie? À qui tu parles?

-À un très vieil ami, Mimi…

-Ah bon? Pourquoi j’entends la tonalité à l’autre bout du téléphone, alors?

-Ah… Euh… Il vient de raccrocher.

-Ah bon… J’me roule un joint, t’en veux?

-Ouais, bonne idée…

-Je peux en avoir moi aussi?

-Richard!! Ma coloc me regarde, là, et je pense qu’elle me trouve weird…

-Je te promets de me faire très discret. C’est mon plus grand talent, tu le sais bien! Et puis je pars quand tu veux. C’est toi qui a le contrôle! C’est fantastique, non?

-Bon… ok, viens t’en!

 

Incendie

– Oui allo?

– (respiration)

– Allo?

– (respiration)

– Écoute, j’ai pas que ça à faire. Je t’entends respiré. Qu’est-ce que tu veux?

– …. J’veux parler

– Parler? avec qui?? tu sais c’est comment ça marche une conversation téléphonique?? quand quelqu’un décroche on dit: « Bonjour, j’aimerais parler avec …  » ou encore  » Bonjour, j’appelle concernant… » comme ça la personne qui décroche sait quoi faire.

– J’veux parler avec toi, c’est important

– Bon! c’est toujours une première étape. Qu’est-ce qui est important??

– Peux-tu me dire ce que tu portes??

– Je porte pas grand chose pour être honnête… J’ai juste un bébé doll défraîchi pis des gougounes. Mais j’ai de la misère a voir comment ce que je porte peut avoir un lien avec quelque chose d’important.

– C’est important, tu vas voir. Est-ce que tu cris fort??

– Quelle genre de question que tu me poses là?? est-ce que je cris fort?? Je sais pas moi, ça fait longtemps que j’ai pas été à la ronde pour crier. Mais à mon souvenir je criais pas mal fort comme une sirène d’alarme!

– C’est parfait… est-ce que tu es seule a la maison?

-Bon ça suffit les niaiseries. Tu vas me dire qui tu es, et pourquoi t’appelles, pis tu vas me le dire maintenant parce que tu commences à sonner pas mal comme un pervers avec tes questions.

– Je suis pas un pervers…

– Ben pourquoi t’appelles debord.

– Parce que je voulais savoir quelle genre de personne que tu étais, avant que tu n’arrête de vivre.

-…. Qu’est-ce que tu as dit??

– Tu m’as bien compris. Est-ce que tu sens le feu??

– Le feu?? Je comprends rien…

– Ouvre donc la porte du salon…

– AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH!!!!!!!!!!!!!!!!!

– En fin de compte tu cris pas si fort que ça…….

Léon

Oui allo ! Oui allo !

Salut voyou !

Léon ?

Ouais !

Mais c’est pas possible ça, Léon

Je sais

Tu es mort depuis 20 ans

Va savoir pourquoi, là, maintenant, ces abrutis m’ont permis un appel, alors je t’appelle

Ouf, attends ! J’ai comme un manque d’air là soudainement – pffff – mais tu vas bien ?

Pour aller moi ça va, je m’ennuie un peu, c’est sûr, mais sinon ça va, tu sais, ici, y a pas grand-chose qui change

Écoute, pffffffffff, ne bouge surtout pas, ne quitte pas, je te garde avec moi, mais là y faut que je me serve un grand verre et j’ai aussi besoin de m’assoir, et alors là, tu me racontes tout

Allez ! sers-toi un verre, sers-m’en un aussi, avec une bonne salade de pissenlits avec des oignons et des petits lardons, allez ! vas-y ! je t’attends, t’en fais pas, je ne bouge pas, j’ai tout mon temps

Moi aussi, j’ai tout mon temps, tu me manques tu sais

Toi aussi tu me manques voyou

La Bête

« … au son du timbre… » BIIIIIIIIIIP

– Sam, c’est moi… Écoute, ça fait longtemps que je pense à t’appeler… J’savais pu trop comment faire ça… Ben j’le fais là : j’t’appelle. T’es pas là? Tant mieux, ça va être plus facile… Sam. Je ne reviendrai plus, Sam… Je

– Ève, qu’est-ce que tu dis?

– Shit… T’es là… J’disais que je reviendrai pas…

– Comment, tu reviendras pas? T’es où, là?

– J’te l’dis pas… Écoute, Sam…

– ÈVE! J’te l’demanderai pas deux fois : T’es où? M’a venir te chercher, moi, ma p’tite…

– Sam, même si tu cries, j’te l’dirai pas… J’te l’dirai pu…

– J’crie pas… J’veux pas crier Ève, tu le sais…

– Sam, écoute-moi. Écoute-moi pis parle pus… C’est important.

– …

– J’en pouvais pus… J’en pouvais pus, pis tu le savais depuis longtemps… Trop longtemps.. T’es trop fin, Sam… J’avais besoin de sentir que ça vivait encore en d’dans. Ça fait 4 ans qu’on est ensemble, pis ça fait 4 ans que j’me sens morte…

– De quoi tu parles, Ève…

– Te rappelles-tu, quand on a commencé à s’voir, j’t’avais dit qu’y’avait comme une bête farouche qui se cachait en dedans de moi, pis toi tu faisais l’comique en m’disant que t’étais un chasseur…

-Ève…

– Te rappelles-tu, Sam? Te rappelles-tu combien j’étais contente d’être calme dans tes bras, mais que je te disais que ça durerait peut-être pas?

– Oui, j’m’en rappelle… Ça doit faire 2 ans de ça. T’en parlais pus depuis 2 ans Ève, qu’est-ce que tu dis?

– J’dis que la bête est revenue, Sam.

– La bête? Quelle bête?

– Sam, avant d’te rencontrer, j’me rentrais des aiguilles dans les bras… Pis là, t’es arrivé. Pis j’ai arrêté comme si j’y avais jamais touché. Mais là, j’suis tannée. J’ai besoin d’la laissé sortir.

– Tu me dis que t’es sur une go depuis 2 mois, pis que tu ne reviendras pas, pour faire un trip de dope?? Tes enfants, Ève? Ta maison, notre resto??? C’est pas sérieux, ça, hein? Dis-moi que c’t’une farce, Ève… Tu m’brises le coeur…

– Je reviens pas j’te dis. Ton cœur est pas brisé pantoute. Ça brise pas un cœur, Sam. Mes enfants pis ma maison, c’est autant à toi. Notre resto… J’m’en fous… Vends-le. Vends tout, Sam. Fais donc c’que tu veux avec tout c’que tu veux. Tout ce que je veux, moi, c’est être libre comme l’air…

– Ève, te rends-tu compte de c’que tu dis…

– Tout ce que je dis, Sam, c’est que je reviendrai plus. Salut.

Partir en fumée

–  Oui, allô?

–  Bonjour Madame, je me présente: Yvon Brûlé, vendeur d’extincteurs depuis 25 ans!  Je passe dans votre coin prochainement et je me demandais si vous aviez un extincteur à la maison?

–  Euh, non… pis j’en ai pas besoin, merci. Bonne journ…

–  Madame, madame, madame – on n’a jamais besoin d’un extincteur avant d’en avoir besoin!  Quand le feu va prendre sous vos yeux, vous êtes mieux d’en avoir un sous la main, non?

–  J’ai des détecteurs de fumée et le téléphone, pis ça me suffit. Merci, là, Monsieur. Bonne journ…

–  Et vos photos?  Vos biens précieux?  Vous allez laisser brûler tout ça pendant que les pompiers s’en viennent?  Oupelaille que vous jouez avec le feu, vous! Avec un extincteur, Madame, vous allez pouvoir éteindre le feu avant qu’il ne se répande dans toute votre maison.  Un accident, ça arrive vite, croyez-moi! Une fondue chinoise qui tourne mal, une bougie oubliée, une casserole d’huile qui s’enflamme, un court-circuit… une heure plus tard, tout est parti!

–  Ouin, vous avez raison, Monsieur, mais j’ai juste pas d’argent pour ça, ça fait que merci d’avoir appelé, là, et bonne journ… Lire la suite « Partir en fumée »

Tromperie

Dring! Dring!

–       « Reste, lui susurre-t-elle au creux de l’oreille sur un ton langoureux.

–       Encore! T’exagères, si on laisse trop trainer on risque de tout faire foirer.

–       D’accord, répond-elle. Je vais me préparer un truc à boire, tu prends quoi?

–       Ramène-moi une bière. »

Dring! Dring!

–       « Bonjour?

–       Enfin, tu décroches ! Pas trop tôt, ça fait trois fois que je rappelle. Figure-toi qu’Aurélie est encore repartie.

–       Aurélie?

–       Ta sœur, oui. Retournée en France, et pour la dernière fois, hein, moi j’endure plus ça, c’est terminé. Le syndrome de l’immigrée, j’en ai marre. Ras-le-bol de ses conneries. Parce que je la connais, dans trois mois elle va revenir à Montréal la bouche en cœur à me roucouler des « Pardonne-moi, François, je le referais plus, je te promets… » Elle me prend pour qui, ça va faire, là.

–       …

–       Alors pour cette fois, je me dis, je vais prendre le taureau par les cornes, vu que je sais pas où la joindre, j’appelle son frère pour lui transmettre le message que c’est pas la peine de rentrer. J’espère que tu m’en veux pas trop. On s’est jamais rencontré mais je me suis dit que tu comprendrais… Après tout, elle a toujours parlé de toi comme d’une personne généreuse. Et le caractère de ta sœur, tu dois bien le connaître.

–       …

–       Richard? Richard, t’es là?

–       Heu… J’crois que vous vous êtes trompé de numéro, c’est pas Richard, moi, c’est Robert.

–       … Ah merde. Pourtant, le numéro…

–       Mais votre description, ce comportement… ça me fait étrangement penser à une autre personne. Votre Aurélie, là… C’est une grande rousse aux yeux verts?

–       Avec des tâches de rousseur, un sourire charmeur…

–       …Et une drôle de manie d’enrouler ses mèches entre ses doigts?

–       On parle de la même personne.

–       Aurore.

–       Aurore?

–       Aurore, ma maitresse. La sœur de Rémi, celle qui retourne à Paris tous les trente jours. Aurore, l’incorrigible – c’est son surnom. François, je crois qu’on est en train de se faire avoir par notre princesse. De se faire « fourrer ben raide » comme ils disent ici.

–       Carrément, Robert, carrément. Rhâââ! Je suis vert!

–       On devrait lui réserver une surprise. Commencer par appeler Rémi…

–       Tu crois vraiment que c’est son frère? C’est sûrement un autre rigolo qui l’entretient, un crétin qui paye ses frais en rotation.

–       Justement, à trois, on sera mieux armés contre ses charmes. Regarde, j’ai un plan, j’essaie de le joindre et je te reviens avec la marche à suivre. À tout à l’heure. »

Et il raccroche.

–       « Alors, chéri? S’enquiert-elle, en sirotant son Martini sur la terrasse. Ça a marché?

–       Il a mordu, répond-il. On va pouvoir passer à la vitesse supérieure. »