Belle saison

C’est l’été enfin. On s’est souhaité la « bonne Saint-Jean » déjà, on déménage maintenant. Ou pas. Entre deux festivals, le soleil est bon. La chaussée fume à midi. Et les averses délicieusement occasionnelles enveloppent la ville d’humidité. Pour ses plus longues journées de l’année.

Folklorique.

Dans les marchés, les fruits et légumes sont disciplinés en rangées, ça nous rince les yeux de couleurs. Les gens sont contents. Les voisins aussi. Avec leurs ventes-débarras, leurs cordes à linge, leurs partys de balcon et leurs meubles à donner. On est dehors ou n’est pas.

Les fraises du Québec

Mûres assez, à souhait, disparates, dans un bol à soupe original, avec un trait de crème. Plus un de sirop. De l’érable bien sûr. Et une toute petite feuille de menthe en guise de cerise. Comme un chapeau. Wow. Voilà qu’on endure les écureuils, le trafic et le travail.

Ouvrir Grand

Déposer n’est pas le mot. Ni goûter, ni déguster.
Je ne pas pris le temps.

 

Je pris le temps d’acheter, de tâter, de sentir.
Je suis rentrée à la maison, comme urgée, ai verrouillé la porte. Les mains sales à même le sac. Lancés directement dans ma bouche, les fruits. Les biscuits, à coup de quatre ou cinq.  Je ne goutai point. Avalanche de saveurs gaspillées. S’entrechoquaient kiwis, myrtilles, crosnes, abricot, haricots, topinambours. avec pelures. Sans cuisson.

Accès à l’excès excessif.

 

La danse de la souris en l’absence du chat.
Le wagon sans chauffeur.
Le xylophone de Ruth Underwood.

 

Il y en avait plein. Il y en avait trop.
Ouvrir encore. Pour vomir le tout. Je ramassai les déchets et étouffai ma honte en regardant, une fois de plus, Un Zoo la nuit.

 

 

Pachyderme Humain

Je suis assis sur une chaise à ma mesure et je mange
Car j’ai faim à m’en faire exploser la panse
Des spécialités de tous les pays en offrandes
Autant de goûts pour me faire voyager
Autant d’épices pour me transporter

Au diable les kilos

Moi qui de toute façon n’ai jamais pu me déplacer
Ailleurs que d’aller aux WC

On pourrait à la limite m’exposer
Et pourquoi pas au zoo
Tant qu’on on y est
Comme pachyderme humain

Zenitude

Lorsque Béatrice reçu le courriel, elle ne pensait plus à ce concours auquel elle avait participé. Sa contribution ne faisait pas partie des textes retenus pour la deuxième ronde. Son haïku ne respectait pas la forme spécifique au genre littéraire. En effet son second vers avait plus de 7 pieds et en conséquence, le comité n’avait eu d’autre choix que de le rejeter.

La belle relu son haïku. Elle s’y était pris à plus d’une fois avant de comprendre: son deuxième vers se terminait par une syllabe muette qu’elle n’avait pas calculée. Zut !

Par curiosité Béatrice était retourné à la page concours du site pour lire les poèmes retenus. Non pas pour juger la qualité des textes mais bien pour confirmer sa certitude qu’elle n’était pas la seule à voir commis cette erreur. Elle n’a pas eu à en lire beaucoup: quelque uns avaient failli à la tâche.

Bah, tant pis, se dit-elle, en prenant un kiwi. Elle savait que son poème, même s’il ne répondait pas parfaitement aux règles du genre, était três beau. Elle en était pleinement satisfaite et c’était tout ce qui importait.

Cri du coeur

Écoutez-moi!!!

j’ai besoin de m’exprimer!

Finalement j’y suis arrivée! le bonheur absolu. La paix intérieure. Pour la première fois de ma vie, je me sens complètement épanouie.

Je ne divague plus, je n’ai pas perdu la boule, pour une fois tout est clair.

La vie est un show, une fois le rideau fermé, il n’y a plus personne qui peut nous juger. Tout n’est qu’une question d’apparences, un look qu’on se donne.

Gagnant.

Dans toute la plénitude de ta folie, tu es belle, tu rayonnes, tu es vivante et ton cerveau danse une danse que personne ne comprend. Jamais ton délire n’aura été aussi intense. Tu me regardes de tes grands yeux noirs cerclés de khôl, de ta bouche dégouline un filet de bave sucrée. Tu dessines des zèbres multicolores aux fenêtres. Tu me demandes d’en choisir un et tu cries: We have a big, big, winnerrrrrr!!

Et je lève les bras en l’air pour te faire plaisir. Je suis chanceux. J’ai encore gagné.

Amour et plaisirs masos

J’ouvre les yeux dans le noir. Je ne bouge plus. Son souffle se calme dans mon cou. Ses bras comme des ailes, me tiennent serrée contre lui. Puzzle de la petite cuillère. Je ne veux pas dormir. Je savoure, appuie sur la marche arrière de ma mémoire : son sourire, son regard croustillant, ses menaces de supplice, ses gestes, la douleur qu’il m’inflige, le plaisir qui nous anéantit, l’extase, nos cris.

Maintenant l’heure est bleue et un vent léger entre par la fenêtre. Comme mus par un signal secret et imperceptible, nous nous retournons synchro de l’autre côté de l’aube. Je suis dans son dos. Je le respire, me vautre à outrance dans ses cheveux et glisse mes ongles acérés sur sa peau. Je ne veux pas qu’il dorme, qu’il parte loin de moi dans le sommeil. Je souris béatement. Mille promesses nous lient.

Je vérifie l’alphabet de l’amour perdu.

Mille promesses nous mentent.

Je reprends une gorgée de whisky pour placer un W dans cette histoire et mets un terme à cet exercice d’écriture masochiste.