2e thème

Le thème:

– Pourquoi pas? –

Contraintes:

1. Interdiction d’utiliser « Parce que ».

2. La notion de mouvement doit se retrouver dans le texte. (Transport en commun, voyage, voiture, vélo, etc.)

Bonne semaine!

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Le Saut

Il était passé minuit quand ils finirent par mettre le nez dehors. Il était épuisé, encore plus que d’habitude, par sa dernière garde. On l’avait envoyé ici pour soigner la petite communauté, lui promettant mer et monde, et dix ans plus tard ils n’étaient encore que deux fous à se relayer aux urgences. L’autre y était toujours, mais Michel devait aller dormir avant de commettre une erreur.

Sa compagne était encore plus mal en point. Après 24 heures de folie, deux spécialistes étaient finalement débarqués d’un hélicoptère en provenance de Montréal. La direction de l’hôpital avait ordonné à la pédiatre d’aller manger un morceau et de ne pas se présenter à son poste avant 9 h le lendemain. Elle se savait vaincue pour cette manche. Lire la suite « Le Saut »

All in!

            Le silence régnait dans la pièce. S’il y avait porté attention, il se serait demandé si tout le monde retenait son souffle. Seulement, il n’entendait que le battement de son cœur et sa propre respiration sifflante.

           Le temps filait et il devait prendre une décision. Tout était distraction: la sueur qui coulait le long de son dos, le tremblement imperceptible (enfin, il l’espérait) de tous les muscles de son corps afin de rester stoïque. La texture du tapis sous ses doigts. Le regard de tous sur lui.

           Il aurait définitivement besoin de vacances après ce soir. Si tout allait comme il le souhaitait, il pourrait prendre l’avion vers une de ces destinations populaires sous le soleil. Mojito, Margarita, Pina colada couleraient doucement dans sa gorge…. Putain qu’il avait soif!

             Ils n’étaient plus que trois. Il avait franchi les étapes une à une pour en arriver ici. Trois jours avant, ils étaient plus de 6000 et maintenant ils étaient trois. Un après l’autre, les adversaires s’étaient inclinés devant lui, comme s’ils avaient réalisé que c’était lui le plus fort. C’en avait été presque facile.

            Ils en connaissaient plusieurs qui devaient être très surpris. Son père, le premier, qui l’avait accusé de briser le cœur de sa pauvre mère. N’aurait-il pas pu se trouver un emploi convenable?? HAHA, il ne pouvait s’empêcher de s’imaginer ce que son père dirait lorsqu’il s’excuserait. Ça serait une première! Mais, avant d’en arriver là, il devait encore savoir ce qu’il allait faire maintenant.

            Il risqua un coup d’œil à ses cartes. Même s’il savait déjà très bien ce qu’elles symbolisaient. Il espérait peut-être encore un signe, un signal lumineux comme à Times Square, qui lui indiquerait le chemin à prendre.

            S’il jouait et perdait, il pouvait oublier le voyage, l’avion, mais aussi le paiement de l’hypothèque, de la voiture et le remboursement de sa dette. En jeu, il y avait beaucoup plus que du profit. C’en était fini de lui s’il perdait cette main. Elle le quitterait sans aucun doute, quoiqu’il n’y aurait probablement plus grand-chose à quitter après que les  goons  de son bookie lui soient passés dessus. Il pensait qu’il serait sûrement plus simple de se jeter devant le métro, ou en bas d’un pont. Il n’aurait pas droit à une deuxième chance, il avait tout mis en jeu, il ne lui resterait plus aucune raison de vivre…

             Il devait éviter les idées noires, il était convaincu que le destin allait enfin tourner, que c’était à son tour de gagner. Après tout ce qu’il avait investi dans ce jeu. Tout ce qu’il avait dû sacrifier pour en arriver là.

             Il pouvait encore se coucher sur cette main, la jouer safe, et attendre que les cartes soient plus convaincantes. Mais qui risque rien n’a rien, non? Belle phrase qui ne vaut pas grand-chose autour d’une table de poker. Dans ce jeu, tout est une question de stratégie… Il avait tout calculé, les chances étaient de son coté. Il était persuadé de pouvoir gagner, alors pourquoi pas?

Pour une fois

Sans me poser de question, je pousse
Je suis le parcours régulier
Comme à l’habitude
Sauf qu’une roue fait défaut

J’avance la tête vide
Le ventre aussi
Je ramasse des items
En prévision du futur

Rien de nouveau
Toujours pareil
Sauf un néon mort
Dans la rangée 4

Faire changement
Ne pas être prévisible
Dévier
Et si je prenais un litre de 3,25% pour une fois?

Emma

On n’entendait rien, sauf le solo de guitare. Depuis une quinzaine. Salle comble. Foule en délire.
Elle m’a demandé si j’avais soif.
-P’tite gorgée de gin?
-Certain!!!

J’avais dû la suivre à l’extérieur. Grand vent fort. Bouteille cachée tout près de sa monture de fer cadenassée.
Le gin, pur.
Pas de jus. Rien.

On l’avait bue assez vite, la bouteille. Toute, même.
Toutes les deux. Toutes seules. Comme des grandes.
Elle avait passé sa main dans mes cheveux en riant.
On était retournée suer notre alcool sur l’air entrainant que criait le National.

Emma…

Sentant les effets grandir, je m’étais lancée :
-J’suis tellement pas lesbienne, mais me semble que je ferais une exception pour toi.
-Moi non plus, mais moi aussi!
J’n’avais pas trop compris.

Ça avait pris des mois avant de la revoir.
Je la regardais boire sa bière, seule, au fond du bar, le Voir entre les mains.
Elle s’était rappelée de mon nom.
Et moi du sien.

Quand elle m’a dit au revoir, au moment où je m’enfonçais dans les toilettes, elle m’a fait cadeau de l’éternel deux becs.
Seulement… plus longtemps.
Insistants.
Sa joue caressait la mienne. Plusieurs secondes.
Sa bouche était proche. Son souffle était chaud.
-À Bientôt…

Au réveil, je sentais encore sa joue contre la mienne.
Son souffle dans mon cou.
J’avais retrouvé un petit papier chiffonné dans la poche arrière de mon jeans, bien en place sur mon corps.
Emma…
Suivi d’un 514 et de la suite…
D’un bond, je m’étais levée et j’avais pris le combiné.

Prochaine station

Les yeux fermés, ballotée par les mouvements du métro, les oreilles soudées à des écouteurs muets, une femme, assise sous la lumière glauque, fait semblant. Au regard des autres, elle semble confortable, voire même sereine, mais c’est de la frime – sur toute la ligne.  Cette mascarade, maintes fois éprouvée, la protège des plausibles incursions d’intrus dans sa bulle; car sa bulle déborde, aujourd’hui, et le trop-plein exige à tout prix une fuite rapide vers l’intérieur.

Un genou frôle le sien.  Un manteau se froisse contre son épaule. Quelqu’un, là, tout près, vient de s’asseoir près d’elle.  Elle inspire, lentement, par le nez; expire, doucement, par la bouche.  Détourne la tête, vers la fenêtre.  Se ferme, encore un peu plus.  « Laisse-moi tranquille ».  Les mots brûlent ses lèvres, mais ne s’échappent pas.  Ils fuient, eux aussi, vers l’intérieur.

Elle n’est pas heureuse.

Un grand vide lui troue le cœur, et cet espace désespérément vacant ne semble jamais pouvoir se remplir pour la combler une fois pour toutes et pour de bon.  Trop de  « sans » et de  « pas assez » jonchent sa vie.  Sans homme, sans enfant, sans charme, sans ambition; pas assez de temps, d’argent, d’amis, de folie, pas assez d’amants dans son lit…  Depuis trop longtemps elle stagne ou elle pédale, et quand elle pédale, elle pédale dans le vide.  Sa solitude, plus fidèle qu’un chien au creux de ses nuits, s’accroche à elle telle une sangsue, tétant du matin au soir ce qui lui reste de joie de vivre, à petites lampées.

Tannée.  Juste tannée. Tellement tannée.

« Prochaine station : Bonaventure. »

Le métro ralentit.  L’inconnu, à ses côtés, remue un peu, ramasse ses trucs. Quelque chose bloque sur sa jambe à elle.  Elle soupire, du plus fort qu’elle peut. « Vas-y, sacre ton camp qu’on en finisse! »  Les mots tournent dans sa bouche comme un fer dans une plaie; mais, comme toujours, ils fuient d’un pas lourd… vers l’intérieur.

– Excuse-moi.

Cette voix, douce.  Elle ouvre les yeux.  Regarde l’homme, qui la regarde.  Il dégage son sac.  Lui fait un sourire – poli.

– Merci.

Rapidement, il sort du wagon.

Et sur un coup de tête, sans savoir pourquoi, sans se poser de questions, elle se lève subitement, prend une grande respiration, une immense respiration. Puis sort du métro à son tour.

Le goût d’un autre.

À chaque coup au fond de ma gorge, à chaque descente des lèvres qui frictionnent, c’est « aime moi, aime moi » qui résonne dans ma tête. En cadence avec le mouvement de va et vient : « aime moi, aime moi, aime moi… aime moi… » Une bouche anonyme pour ce garçon, une avalée qui suppliera sa mémoire.

Il est pas très joli, tant mieux. Je me suis dit : pourquoi pas lui.

Personne ne voudra de toi laideron! Mais moi, chéris moi comme l’Unique, aime moi avec tout ton manque. Sois inconditionnel et dévoué, comme les garçons si laids savent le faire.

J’en ai besoin.

J’en paye le juste prix, la tête entre tes jambes.

Un soupir contre une gorgée, juste à temps pour le terminus. Avoue que tu m’aimes déjà; c’est pas tous les jours qu’une fille te suce dans l’autobus entre Val d’or et Montréal.

Arrêt complet, de ta part un timide merci. Sans amour ni trompette, la porte de ton taxi se ferme déjà. Vers le metro j’avance à reculons, en regardant en arrière, cul droit devant.

Tu m’as jamais demandé mon nom.