Mon petit coffret

Je m’appelle Viktor, j’ai 8 ans, et je vis à Montréal. Je voulais vous parler de mon arrière-grand-père. J’ai beaucoup de questions sur mon arrière-grand-père, mais maman me dit toujours que je suis trop jeune. J’ai hâte de vieillir pour avoir les réponses. Je sais qu’il a survécu à la guerre, c’est tout. Je ne serais pas ici sinon. C’est un miracle. La guerre, c’est vraiment très horrible.

Mon arrière-grand-père est mort l’an dernier entouré de sa famille. Il était très très vieux. Il ne parlait jamais de la guerre, parce que je crois que ça le rendait très triste. Mais il avait un petit coffret noir en bois qui m’intriguait beaucoup. C’est l’objet de lui que j’ai gardé en souvenir. Je l’aimais beaucoup mon arrière-grand-père.

Quand j’ouvre le coffret je vois des mèches de cheveux. Elles sont blondes, rousses, brunes. Elles mesurent 3, 4 ou même 5 centimètres (j’ai mesuré avec ma belle règle en bois). Elles sont soigneusement conservées, brochées sur du velours rouge avec un fil en or tout autour. Parfois je les touche du bout des doigts, mais ça fait toujours un peu bizarre. Je n’arrive pas à m’expliquer pourquoi. Sous chaque mèche de cheveux, il y a des noms sur des petits cartons blancs, mais je n’arrive pas toujours à les prononcer. Il y a deux années, aussi, comme on en voit sur les pierres tombales.

Le coffret est un grand mystère pour moi. Ma maman m’a juste dit que mon arrière-grand-père coupait les cheveux à la guerre, c’est tout. Je trouve ça un peu étrange… Je suis plein de questions. Je dois inventer des histoires sur les gens à qui ont appartenu les mèches de cheveux, parce que je n’en sais pas plus long. Je dois aussi inventer des histoires sur pourquoi mon arrière-grand-père coupait les cheveux, et comment il a réussi à garder sur lui les mèches, mais surtout comment il est sorti vivant de la guerre. Ça prend beaucoup d’imagination.

Dans ma famille j’entends souvent parler d’Auschwitz, mais je ne comprends pas très bien ce qui est arrivé… On évite d’en parler devant moi parce que je suis trop jeune. J’ai hâte de vieillir.

Ah oui, j’ai oublié de vous dire. Il y a une inscription en polonais sur le coffret. Elle est gravée sur une plaque en or. Je ne comprends pas le polonais, mais mon arrière-grand-père quand il était vivant a bien voulu me traduire. C’est la seule fois où il m’a parlé de la guerre. C’est écrit : « Victimes et vétérans de la guerre, nous nous souvenons de vous. » Il ne m’a rien dit de plus, parce que ça le rendait trop triste. Après, il me donnait du chocolat.

À l’école parfois je me fais taquiner. Les autres disent que mon arrière-grand-père était un traître et un lâche. Mais je ne les écoute pas. Il est revenu vivant de la guerre, alors il est un héros, c’est certain.

Quand je serai grand, je serai barbier.

(suite du texte « Bloc B » écrit par Pierre-Emmanuel le 2 août 2012, sous le thème « Les Cheveux »)

https://forcedefrappe.wordpress.com/2012/08/02/bloc-b/

Accident de travail

Jérôme avait lu et relu l’article dans le journal du jour. C’était impossible, irréel, il devait bien entendu avoir une erreur.

« Accident de travail mortel »

Un homme est décédé hier dans des circonstances extraordinaire. En milieu d’après-midi, l’homme, un dénommé Léon Sansoucis, est tombé du quinzième étage de l’édifice en construction où il travaillait.

Selon les témoins, M. Sansoucis, s’affairait à la pose de la brique extérieur du bâtiment alors que plusieurs de ces collègues travaillait à l’installation d’une fenêtre quelques étages plus haut. Soudainement une volée de canard, est entrée en collision avec les travailleurs qui installait la fenêtre. Cette dernière à glisser de son support et est tombée directement sur M. Sansoucis, entraînant l’homme avec elle dans sa chute.

Il s’agit du quatrième accident de travail mortel depuis le début des travaux. Les travailleurs commencent à penser que l’endroit est peut-être hanté.

La CSST a ouvert une enquête sur le chantier pour déterminé si toutes les règles de sécurités étaient toujours respectées. »

Comment est-ce qu’un article si court pouvait causer autant de peine? Jérôme, ou petit voyou, comme Léon l’appelait souvent, n’arrivait pas à comprendre.  Inséparables depuis leur tendre enfance, ils avaient vécus tellement de choses ensemble et soudainement c’était fini.

Les funérailles étaient demain, Diane, la conjointe de Léon, avait demandé à Jérôme de dire un petit quelque chose. Il n’avait aucune idée où commencer, mais il devait faire un effort. Il se fit donc un pot de café, mis le disque préféré de Léon, et s’installa à son bureau avec une pile de papier et plusieurs crayons. Il avait tant à lui dire.

 

(Prologue au texte Léon de Pierre-Emmanuel)

Rose d’Eau

Le temps a passé.

Rose fut inscrite à des cours de natation auxquels son père assista assidûment.

Elle devint une enfant rieuse, une adolescente tourmentée, une jeune fille passionnée, un début de femme à la fois forte et fragile.

Rose avait besoin d’eau pour s’épanouir, aussi elle entreprit des compétitions très tôt, enchaînant les succès et suscitant les espoirs.

Entre-temps son père rouvrit le chalet – le lac, le quai – tout reprit sa place dans leur vie.

Tout, mais pas vraiment tout !

Rose vécut très mal le divorce de ses parents et garda un lien privilégié avec son père, bien que celui-ci se mit à boire démesurément.

L’ours Balou à la peluche usée trouva quant à lui une place de choix au dessus du foyer avec des tas de médailles autour du cou.

Certains matins Benoît s’éveille en sursaut et se dirige instinctivement vers le lac.

Il trouve alors Rose assise au bout du quai, elle est toujours aussi matinale, elle observe l’eau, ses orteils en effleurent la surface doucement, ses cheveux blonds mouillés lui collent au cou. Rose est vraiment devenue une jolie femme.

Ce matin Benoît est venu s’asseoir près d’elle :

– « tu es destinée à toujours être ma championne, tu sais ça, quoiqu’il arrive »

En effet Rose venait d’obtenir sa sélection pour les Jeux Olympiques prévus l’année prochaine – un véritable espoir de médaille aux dires de certains – une pression qu’elle gérait très mal ces derniers temps.

– Phil m’a quittée papa !

Benoît baissa les yeux.

Ils restèrent là en silence un long moment et Benoit senti très nettement chez sa fille la même détresse qu’il avait ressenti lui-même lorsqu’il l’avait sortie de l’eau vingt ans plus tôt – une fêlure qui malgré ses efforts ne l’avait jamais quitté et lui avait laissé des séquelles insoupçonnables.

Jamais il ne lui avait parlé de ce matin-là !

Comme à l’accoutumée, vers 21 heures, Rose est partie sur le lac en kayak. En plein centre elle s’est immobilisée, elle a enlevé son maillot et s’est glissée dans l’eau, fraîche et limpide, sans faire de bruit et sans un remous, pour s’enfoncer comme une brique vers le fond, les bras tendus vers la lune, pleine, orangée et grimaçante, qui s’éloignait et se troublait à mesure que Rose sombrait dans l’obscurité.

Au petit matin Benoît s’est éveillé affolé, transpirant et encore tout habillé sur le sofa du salon, renversant son dernier verre de scotch sur son ventre et sur le sol.

Rose…Rose ! il a marmonné dans sa confusion…avec pour toute réponse que le regard impassible de Balou.

Arrivé au bout du quai, Benoît s’est arrêté – le kayak de Rose dérivait lentement vers le chalet.

Rose s’est avancée pieds nus sur le quai alors que son père se tournait vers elle les bras le long du corps – elle l’a pris dans ses bras.

– Je sais nager maintenant – et j’aime encore l’eau –

(Suite du texte « Rose aime l’eau » écrit par Élodie pour le thème « Canicule »)

Ayoye

Me dis qu’il faudrait ben m’y remettre
Reprendre le temps perdu
Ne pas me laisser choir comme je le fais trop souvent ces derniers temps

J’suis pas capable
J’tourne en rond

J’me dis que si elle était là, encore,
Elle me botterait le cul comme elle faisait tout le temps
Et qu’elle me supplierait de pas faire les même conneries qu’elle;
Qu’elle me chanterait comme une question
Pour que je me grouille le cul
Si j’ai vraiment envie d’me ramasser seule

Le bois est loin derrière
Le temps passe aussi vite que le vent
Mais moi je reste clouée ici
Pieds dans le plancher
Coulée dans le marbre de l’incompréhension

Mon amie m’a quittée
Elle
La guerrière, la grande, la combattante
Mon modèle de force
Mon modèle de frappes
Mon exemple de femme
Ma bouée
Mon amie
Elle est partie sans dire au revoir
Moins de 24h après m’avoir écrit qu’elle m’aimait
J’ai pas compris, pis je ne comprendrai jamais

Va falloir briser le marbre qui m’empêche d’avancer
Mais pas tout de suite
Ça fait trop mal
J’suis pas pressée

.

.

http://www.youtube.com/watch?v=H5dHKu8jtw4&feature=plcp

(Suite de https://forcedefrappe.wordpress.com/2012/07/09/oups/ , par Stéphanie)

Ma vie d’avant

Je suis né pendant un cours d’économie familiale dans une polyvalente des Îles de la Madeleine en 1998.  Ma créatrice, Sophie, m’a conçu et cousu de ses doigts de fée avec beaucoup d’amour et d’attention. Elle séjournait pour un temps indéterminé dans sa quatrième famille d’accueil cet automne-là. Quand le prof avait annoncé, d’un air un peu désabusé, que tous devraient concevoir un toutou pendant les trois prochains cours – afin d’apprendre à coudre et à suivre des patrons, Sophie était restée silencieuse et songeuse alors que les autres riaient et se lançaient à tue-tête des idées de peluches toutes plus saugrenues les unes que les autres.

Le cours d’après, Sophie construisait déjà ma vie avec application.  Elle dessina d’abord ma charpente puis fabriqua mon corps dans ce qu’elle gardait le plus précieusement depuis qu’elle avait dû quitter sa mère pour de bon: une vieille doudou mauve en peluche, qui avait toujours été dans sa vie, du plus loin de ses souvenirs.  Ce bout de tissu avait accompagné toutes ses peurs, toutes ses larmes, tous ses abandons, toutes ses frustrations, et, tout au long de ma confection, je sentis que Sophie déversait en moi tout ce qui manquait en elle: joie, amour, sécurité, confiance, attachement, équilibre.

Une fois mes membres attachés, elle me retourna sur moi-même, me bourra de laine et me cousu de mignons petits yeux noirs.  Puis elle me contempla, le sourire en coin.  J’avais les bras tendus vers elle à jamais.  Comme un enfant à sa mère.

Quelques années plus tard, Sophie fût enceinte et elle accoucha d’une petite fille. Rapidement je devins le préféré de Raphaëlle; elle me traînait partout, au parc, à la garderie, à l’épicerie.  C’est ainsi que je suis tombé, un jour de pluie du mois de mai, en bas du bac de la poussette, sur le trottoir mouillé. J’ose à peine imaginer le deuil de Sophie et de Raphaëlle.  Je m’ennuie d’elles, parfois.  Je me demande ce que leurs vies sont devenues.

Mais ce matin-là, c’est un homme qui n’a pu résister à mes bras tendus: il m’a ramassé.  Minutieusement il m’a lavé puis il m’a étendu sur sa corde à linge, en plein soleil. Le soir venu, c’est à sa blonde qu’il m’a donné.  Elle a littéralement succombé à mon charme et m’a appelé Beigne, juste comme ça (j’imagine qu’elle avait très faim ce soir-là).

Ma vie suit son cours, depuis.  Ma nouvelle mère d’accueil est douce, comique, elle chante souvent, elle a tout plein d’instruments!  Je lui parle souvent, et je crois bien qu’elle m’entend – même si elle n’ose pas trop y croire!

Tiens la voilà, justement!  Elle éteint la lumière.  Me voici enfin lové tout contre sa chaude poitrine…

Tout compte fait, je mène une très belle vie d’ourson.

(prologue au texte «Beigne» écrit par Valérie pour le thème «Le témoin»)

Re: Collection

From:  headslasher_666@email.com

Subject: Re: Collection

Date: 10 August, 2012 7:33:34 PM EDT

To:   aqua_marine@email.com

Bonjour Azure,

Je m’appelle Alain, j’ai 27 ans et je travaille dans un Vidéotron. J’adore le thème de ta collection ! Moi aussi je suis collectionneur. On a des collections pas mal en rapport je trouve, mais je garde la surprise – on dévoile pas tout au premier rendez-vous 😉

J’aimerais beaucoup te rencontrer. Des cheveux mauves, wow !! T’as l’air d’être une fille qui n’aime pas faire les choses comme tout le monde. Super ! Tu verras, je cache un peu mon jeu, comme ça, mais moi aussi je suis un original. On va bien s’entendre toi et moi, c’est garanti.

Je voulais te dire aussi : j’adore les animaux. Je sais pas ce que t’en penses mais j’ai toujours trouvé qu’on pouvait compter sur les animaux dix fois plus que sur les humains. T’es d’accord, non? Moi j’ai un pitbull qui s’appelle Adolphe. Tu vas tripper.

Qu’est-ce que t’en dis si on se retrouvait demain soir? Je finis à 22h, on pourrait aller promener Adolphe ensemble au parc en arrière de l’abattoir.

Appelle-moi 514 555-5555

Alain

From:  headslasher_666@email.com

Subject: Re: Collection

Date: 11 August, 2012 5:21:55 PM EDT

To:   aqua_marine@email.com

Salut Azure,

J’attends ton appel, oublie pas, là, sinon je vais me fâcher. LOL joke

Alain

From:  headslasher_666@email.com

Subject: Re: Collection

Date: 11 August, 2012 9:00:03 PM EDT

To:   aqua_marine@email.com

Enweye là je finis dans une heure ostie, t’es où

From:  headslasher_666@email.com

Subject: Re: Collection

Date: 13 August, 2012 3:07:22 AM EDT

To:   aqua_marine@email.com

salope je savais qu’on pouvait pas compter sur toi ma connasse tu crois que je t’ai pas repéré avec tes cheveux violets c’était trop facile de te suivre du Yellow jusqu’à chez toi GROSSE PUTE  m’en vais t’ajouter à ma collection haha

(à la suite de Collection par Catherine)