Lacis

Béatrice était satisfaite. Elle en avait eu des échos de son poème. Il avait été lu et apprécié. Peut-être moins qu’elle avait espéré malgré qu’elle s’en doutait un peu: volontairement elle ne l’avait pas signé. Un texte anonyme attire moins le regard.

Bien évidemment Béatrice désire conserver une part de mystère. En ayant de multiples personnalités elle disperse les indices, brouille les pistes.  En cela la belle excelle. Même que parfois elle se prend presque à son propre jeu et se perd dans son labyrinthe, ce dédale qui semble être sans issue. Mais elle adore car immanquablement ça lui met un sourire au visage. Comme en ce moment.

Insomnie

Encore une nuit de merde, où j’ai passé mon temps à me tourner d’un bord pis de l’autre.

Encore une nuit de merde, où, à chaque fois que j’étais à veille de m’endormir, j’me faisais réveiller.

Encore une nuit de merde à avoir mal. J’ai un abcès là où la joue rencontre la gencive, ça me fait mal jusque dans le milieu du cou, je capote.

Encore une nuit où la plaque que je porte depuis trois mois pour m’empêcher de serrer des dents me fait capoter!!! j’ai chaud aux dents!! pouvez-vous vous imaginez avoir chaud aux dents? Non? Ben tant mieux.

8h, faut que je me lève, j’veux juste rester coucher une couple d’heures de plus parce que finalement je suis confortable, finalement je suis bien. Mais je peux pas, on m’appelle.

J’ouvre la porte et je suis accueilli par le plus beau sourire du monde, celui de mon garçon qui lui a passé une superbe nuit. Il est heureux de me voir et son sourire me rend heureuse. Même si j’ai mal dormi, c’est avec le sourire aux lèvres que je me dis :  » j’ferais une sieste tantôt »

Le charme d’un sourire.

Paraît-il qu’il n’y a que l’humain qui sourit.  Exit donc le sourire espiègle de la patte du lit lorsque votre orteil la rencontre lors d’une nuit sans lune.  Exit le sourire condescendant du train qu’on vient de rater, le sourire carnassier du chien qui part avec votre fond de culotte, le sourire énigmatique de la chouette qui vous surprend par son hululement.  Exit aussi le sourire de circonstance de la vaisselle fraîchement lavée qui se prélasse sur l’égouttoir.  Exit à tout jamais le sourire idiot, niais de l’arbre s’élançant à votre rencontre sur la piste de ski.

Ne restera que les sourires angéliques du personnel hospitalier ou des … chérubins !