Chez Soeur Beauregard

Chez Sœur Beauregard, on s’amuse beaucoup. La madame n’a pas grand-chose de catholique, mais elle est la grande sœur de tout l’monde. Elle est dodue, elle a un œil de verre, elle rigole bien fort et elle a la foi grasse. C’est pourquoi on l’appelle sœur Beauregard. Elle tient une taverne près du port avec quelques chambres à l’étage. De gracieuses demoiselles attendent dans les chambres, attendent les marins qu’elles devront divertir pendant la nuit.

Chez Sœur Beauregard, on boit du rhum et on mange du gumbo. La maison a un cachet unique, car elle est la seule dans le port à offrir un freak show chaque samedi soir. Le neveu de la madame, André, peut ainsi montrer toute l’étendue de ses talents. Parfois, il arrache un clou du mur avec son anus. Parfois, il y met une boule de billard. Cette semaine, il s’insère un extincteur dans le cul de force. Il termine toujours son numéro en dansant la claquette. Ça fait rire les marins.

Il arrive pourtant à sœur Beauregard d’avoir une lueur soudaine de mélancolie dans son oeil de verre. Alors, tout l’monde sait à quoi elle songe. Trois mots : Speedo Michel-Ange David. Trois mots qui clignotent dans sa tête. Il était blond, bouclé, bronzé, beau comme une statue grecque; il portait un speedo quand elle l’avait rencontré sur la plage… et dans une unique nuit de rêve le bel éphèbe avait fait voir des étoiles à la grosse madame, qui le méritait bien… Il était reparti tôt le matin sur son voilier, et n’était jamais revenu… laissant la madame torturée par le désir pour toujours… Pauvre sœur Beauregard…

Mais la mélancolie ne dure jamais longtemps chez la madame. Son tempérament est si naturellement festif. C’est sûrement pour ça que les marins reviennent toujours chez elle. Et c’est peut-être aussi ce qui a plu à David. Son rire tonitruant, ses voluptés moelleuses, le chant d’opéra qu’elle a poussé au moment de l’orgasme…

Et puis il y a trop de travail à faire dans la taverne. Servir, cuisiner, torcher, divertir, nourrir les poules. Et répondre aux questions quand elle a un peu de temps. Car l’obèse madame a réponse à tout.

-Sœur Beauregard, que faire avec des morceaux de verres polis ramassés sur la plage?

-Si tu es borgne comme moi, tu te fais un œil avec, ou tu les donnes à André qui va marcher dessus avec un pinson dans l’anus. C’est un de ses meilleurs numéros!

-Sœur Beauregard, le cubain marié prend-il soin de sa femme?

-Le seul Cubain que je connais, sa femme est en haut. Va la voir et pose-lui la question toi-même. C’est 100 piasses.

-Sœur Beauregard, j’ai attrapé les parasites d’une baleine, comment m’en débarrasser?

-Ah non, pas encore? T’es allé voir la grosse Hilda en face, hein? C’est bien fait pour toi! T’avais juste à venir chez nous, mes filles sont propres, elles!

-Mais je l’aime bien moi, Hilda…

-Pfff! Alors arrête de te lamenter!

Elle en avait vu du monde et du pays, la madame, après avoir fui le couvent dans sa jeunesse! « Tout ce que j’ai fait de grand je l’ai fait en désobéissant » disait-elle souvent, lorsqu’elle racontait ses aventures et déboires… Comment elle avait perdu son œil gauche par exemple, dans une bagarre à grands coups de tessons de bouteilles, alors qu’elle défendait l’honneur d’une de ses précieuses filles. (C’est aussi de cette manière qu’André avait appris à marcher sur du verre cassé). Les marins ne se lassent jamais de cette histoire. C’est tout comme si elle était des leurs.

La madame gesticule et mime la bagarre, les marins rigolent, les filles sur leurs genoux aussi, et les verres s’entrechoquent joyeusement. Ça sent bon le stew et les saucisses. En gros, c’est comme ça que ça se passe chez Sœur Beauregard.

 

(note: tous les termes de recherche utilisés sont en italique dans le texte.)

Ma femme m’engraisse

 Je soupçonne que ma femme m’engraisse. Elle n’arrête pas de me servir de bon petits plats, et ce sans raison particulière. Nous sommes mariés depuis plus de vingt ans. Elle a toujours été une bonne cuisinière, mais n’a jamais vraiment mis d’effort dans ce département. Toujours le plat le plus simple pour nous nourrir.

 Il est arrivé parfois que je lui demande des plats particuliers, ou que je lui demande de me faire un repas gastronomique. Elle procédait, comme une automate, afin de me faire plaisir, mais je me rendais bien compte qu’elle n’y prenait pas plaisir.

 Cependant depuis six mois environ, sans que je n’aie rien demandé, elle a commencé à me cuisiner des petits plats délicieux. Hachis parmentier au confit de canard, ragoût de pate de cochon, tagliatelle au foi gras, saumon en croute, rôti de bœuf à l’orange, homard au champagne, sans oublier les sucreries : gâteau triples chocolat, fudge à la liqueur de framboise, biscuit au noix de macadam. J’en salive juste à y penser. J’étais très heureux au début, je croyais qu’elle avait enfin trouvé le petit je ne sais quoi qui l’a fait tomber en amour avec la cuisine.  J’ai aussi pensé qu’elle avait eu un soudain élan d’affection pour moi et qu’elle ne cuisinait ces délices que pour me faire plaisir.

 J’ai fini par penser, que c’était peut-être pour elle un moyen de me lancer un cri, qu’après toutes ces années, nous nous étions éloignés l’un de l’autre et qu’elle voudrait qu’on puisse se retrouver. J’ai donc commencé à lui acheté de petits cadeaux, j’ai fait l’effort d’accomplir mes tâches ménagère rapidement et sans qu’elle me le redemande. J’ai proposé des soirées en amoureux ou même des voyages… Elle m’a cependant semblé suspicieuse, comme si elle ne comprenait pas, que j’avais entendu son cri du cœur.

Avec le temps, je me suis rendu compte qu’il ne s’agissait pas de cela.

 Bref, après avoir épuisé toute les options possible, je me suis mis à l’observer cuisiner. Elle n’y prenait pas plus plaisir qu’avant. J’ai aussi remarqué que bien souvent elle ne mangeait pas avec moi, prétextant que cuisiner toute la journée lui avait coupé l’appétit, ou qu’elle avait tellement grignoté en cuisinant qu’elle n’avait plus faim. Elle s’assurait cependant que je finisse bien mon assiette, et insistait souvent pour que j’en reprenne.

Bref, le temps a passé et les kilos se sont accumulés, plus je prends du poids, plus j’ai de plats.

 Donc la seule raison possible pour ces repas, c’est que ma femme m’engraisse, surement dans l’espoir de me voir crever d’une crise de cœur, ou de mourir d’une autre maladie relié à l’embonpoint. C’est la seule façon qu’elle a trouvé pour se débarrasser de moi. Tant pis pour elle, maintenant que je sais ce qu’elle manigance, je me suis inscrit dans un gym afin de faire fondre ces kilos, mais pas trop, question de continuer de profiter de ces repas délicieux….

L’insertion

« -Tu me niaises-tu, toi, là??

-Non… Je l’sais qu’ils vont me l’faire… J’veux être sûre d’être capable avant.

-Pis tu veux que je t’aide?

-Ben… Que tu « m’assistes », mettons…

-Pas sûre que j’ai l’goût…

-Écoute, j’peux pas demander ça à personne d’autre. Toi, t’es ma chum. Ma vraie chum. À qui d’autre veux-tu que j’demande ça?

-Je l’sais-tu, moi. À un gars, peut-être?

-Nah… J’suis comme trop gênée.

-Pis t’es pas gênée avec moi?

-Ben, y’a une méchante différence, non? Toi, j’te fais confiance. Pis tu m’as déja vue nue.

-Ouin, mais de là à te regarder te rentrer un..

-J’te jure qu’ils vont me le faire. Pis de force. J’suis aussi ben d’essayer avant. D’un coup que ça rentre pas…

-MAIS ÇA RENTRERA PAS, VOYONS DONC!!!

-Ostie! Y’a des têtes de bébés qui sortent de là! Jamais je croirais que c’est plus gros!?

-Ben. Peut-être, OUI!! Calisse, t’es une ostie de folle…

-Ok, ta yeule, pis passe-moi le lubrifiant.

-Ok, tiens… Mais j’regarde pas, j’te l’jure! »

(Inspiré du critère de recherche: un extincteur dans le cul de force)

Besoin de votre aide!

Bonjour M. Millan,

J’aime beaucoup votre émission.  Je n’ai manqué aucun épisode, j’ai beaucoup appris grâce à vous.  Je vous écris un peu en désespoir de cause, en fait c’est un collègue qui m’a dit «Tu devrais écrire à Cesar, le gars qui parle aux chiens» et j’ai vu ça comme un signe, puisque je vous admire tant – et qu’il ne le savait pas.

J’ai toujours su que les chiens entretenaient parfois des relations particulières avec les facteurs, mais jamais je n’aurais pensé que le comportement de mon chien pourrait être un jour aussi intense.

Vous voyez, j’ai emménagé récemment dans un nouvel appartement, et c’est devenu un casse-tête pour moi tous les jours de la semaine.  Le pire, c’est que le facteur ne passe pas toujours à la même heure, chez nous, alors je ne peux pas simplement aller promener le chien pendant l’heure cruciale de son passage.

Je vous expose brièvement le problème : quand les pas du facteur résonnent dans les escaliers, mon chien commence tout de suite à aboyer et à hurler comme un loup.  Il n’est pas dehors, rassurez-vous – il est à l’intérieur, pas de danger pour le facteur.  Ce qui me casse la vie, c’est que mon chien saute sur la fenêtre de ma porte quand le facteur arrive devant elle pour glisser les lettres dans la fente à courrier.  Quand je dis sauter, c’est qu’il prend littéralement son élan dans le corridor et se lance d’un bond sur la fenêtre, de tout son poids, vous savez, et toujours en grognant comme un loup.

Maurice est un Terre-Neuve.  Il fait 65 kilos, j’en pèse à peine 50.  Je ne sais plus quoi faire.  Aidez-moi.  Le chambranle de la fenêtre de ma porte est déjà très endommagé par les coups répétés de mon chien, et j’ai peur que le tout défonce très bientôt.  Ça c’est sans compter la truffe de mon chien, elle est constamment enflée, j’ai peur que ça s’infecte, sa langue aussi est parfois lacérée par ses dents lorsqu’il s’écrase dans la vitre et en plus il bave ensuite du sang partout sur mon plancher, sur mon sofa, sur mes vêtements, c’est fou, je n’en finis plus de laver.

Je pourrais simplement envoyer mon chien dans sa cage tout l’avant-midi, mais ça ne résoudrait pas le problème des aboiements.  J’aimerais en fait que mon chien se comporte bien, vous savez, qu’il s’assoie tranquillement devant la porte pour récupérer le courrier, qu’il me l’emmène sans japper, tout ça…  Croyez-vous que cela est possible?  Maurice a cinq ans.

J’attends votre réponse avec impatience car mes recherches d’informations jusqu’à maintenant n’ont pas porté fruit, et personne sur internet ne semble avoir déjà eu ce problème…

Et puis, pour tout vous avouer, je trouve le facteur franchement de mon goût, donc j’aimerais bien régler cette situation le plus tôt possible.  Sans me départir de mon chien bien sûr!

Merci beaucoup de votre soutien et continuez votre bon travail,

Karine, de Mascouche

Texte inspiré du critère de recherche suivant qui a véritablement mené à Force de frappes dans nos statistiques :
chien saute sur la fenêtre quand facteur

Les poux crient

Les poux crient à corps perdu, leurs petites pattes écrapouties par les coups décuplés des cloportes accouplés. Leurs cous plient sous la carapace des crustacés, leurs cœurs expient pour les corps pileux qu’ils ont pourris de leurs cacas croupis.

Pendant ce temps, le pied de Maude gonfle.