Mort en un acte

Actrice principale.
Le drame le plus dur de toute l’Histoire.

Elle a oublié son texte, mais la réplique ne lâche pas.
Elle tombe.
Son cœur casse dans la chute.
Milliards de miette à ramasser.

Le rideau tombe.
L’actrice ne se relève pas.
Personne ne vient la ramasser.
Et les miettes non plus.
Noir.

Théâtralité

Sache que je suis très peinée de l’opinion que tu as eue de moi et de la critique que tu m’as faite en disant que je n’étais qu’une comédienne qui tombe trop souvent dans le mélodrame – sache que je suis une personne entière – qui dans la vie ne porte pas de masque et ne fait usage d’aucun accessoire – je suis contre les jeux de coulisses – je ne règle pas mes comptes en public non plus – et loin de moi la volonté de te faire ici une scène – sache que j’ai longuement hésité à te prendre en aparté pour te donner la réplique – mais j’ai trouvé ça grotesque – j’ai préféré le monologue au dialogue pour sortir de ce quiproquo.

J’ai l’impression de vivre une représentation – la générale d’un vaudeville – mais sans la distribution qui vient avec.

C’est sûr que c’était peut-être pour toi une première – que j’ai jeté sur ta vie un éclairage nouveau – ta relation avec ce machiniste a atteint un plateau – il faut que tu cesses de te donner en spectacle – j’ai voulu te donner un «cue» là – c’est tout – je ne veux surtout pas régir ta vie.

Oublie ses performances – ses déclamations – agit – il faut que tu poses un geste – un acte.

C’est sûr qu’il te faudra une période d’adaptation.

Maintenant sache aussi que je t’aime et t’apprécie beaucoup trop comme amie et voisine pour te perdre pour si peu – et quand la poussière sera retombée – il me fera plaisir de reprendre nos conversations estivales sur le parterre du bloc – autour d’un verre – que ce soit comme je l’aime du côté cour ou comme tu l’aimes du côté jardin.

J’ai vu hier de mon balcon que tu n’avais pas encore habillé tes fenêtres des rideaux verts que je t’avais offert.

Si tu viens frapper à ma porte – tape trois coups – je saurais que c’est toi – tu me manques – j’ai le trac juste à l’idée de te revoir très vite – et si on ne sait pas quoi se dire sur le coup – t’en fais pas – ici pas de répétitions…

On improvisera !

Une scène

Personnages:

Monsieur Ubu
Madame Ubu

 

Monsieur Ubu et Madame Ubu prenaient leur déjeuner. L’air pensif, Monsieur Ubu tournait sans cesse une cuillère dans sa tasse. Madame Ubu paraissait exaspérée.

 

Madame Ubu

Monsieur Ubu tu veux bien arrêter ton manège, ce bruit m’empêche de penser correctement.

Monsieur Ubu

S’il vous plaît, y a-t-il d’autres crêpes, Madame Ubu ? J’ai encore une petite faim.

Madame Ubu

Tu es toujours en train de te goinfrer, Monsieur Ubu. Tu pourrais penser à autre chose pour une fois, quelque chose de plus constructif par exemple.

 

Monsieur Ubu regardait Madame Ubu d’un air éberlué. Il ne comprenait pas que Madame Ubu puisse être contrariée.

 

Monsieur Ubu

Mais je croyais que tu te plaisais dans notre petite existence, Madame Ubu.

 

Monsieur Ubu était chiffonné. Il ne souhaitait pour rien au monde que Madame Ubu lui fasse une scène.

 

Monsieur Ubu

Tu sais que tu es toute ma vie Madame Ubu, tu es ma Reine.

Madame Ubu

Tu parles d’une reine, la Reine du Foyer ! Si je suis ta Reine, toi tu es le Roi des Fainéants, Monsieur Ubu. Tu es gros et tu ne penses qu’à t’empiffrer.

 

Monsieur Ubu était tout penaud. Il savait que Madame Ubu avait raison: il était lâche. Il devait trouver rapidement une issue pour se sortir de cette situation et prouver à Madame Ubu qu’elle avait tort. Il pensait à tout cela en feuilletant le cahier culture du quotidien de la fin de semaine. Son regard balayait les articles à la recherche d’une idée.

 

Monsieur Ubu

Eurêka !

Madame Ubu (ahurie)

Qui a-t-il Monsieur Ubu ?

Monsieur Ubu

Madame Ubu, mets ta plus belle toilette ce soir, je t’emmènes au théâtre ! Je vais te démontrer que pour une fois tu seras fière de ton Monsieur Ubu.

(à voix basse)

Je ne connais ni la pièce, ni son auteur. N’empêche, je serai éternellement reconnaissant à cet Alfred Jarry d’avoir pensé à nommer une pièce à mon nom, quel honneur ! Ubu roi: que cela sonne doux à mes oreilles.

 

Rideau