Thème 9

Le thème:

Tout ce qui vous passe par la tête

Contrainte:

30 minutes TOP CHRONO
1. 15 minutes d’écriture automatique – pas plus, pas moins. On doit laisser couler tout ce qui nous passe par la tête sans réfléchir en écrivant le plus de mots possible en 15 minutes – peu importe si ça fait du sens ou non.
2. 15 minutes supplémentaires – pour enlever des mots et corriger des fautes s’il y en a, mais très important: ON N’AJOUTE RIEN. Surtout pas de peaufinage! On veut voir du brut, du ressenti, pas du réfléchi! Et voilà…

Que les muses vous accompagnent!

Publicités

Osso Buco

Tuer quelqu’un c’est plus difficile qu’on le croit. La peau est un peu comme celle d’une orange, c’est d’ailleurs avec ça qu’ils font pratiquer les infirmières quand elles apprennent à faire des prises de sang. Avant de se piquer entre elles. Bref, la peau, c’est résistant. Faut avoir les bons outils. Tout le monde sait qu’un couteau qui coupe mal est plus dangereux qu’un couteau bien aiguisé. Il faut aussi avoir le sens du timing.

C’est incroyable la quantité de sang qu’on a à l’intérieur, même les enfants. Ça tache tout, et ça a une odeur lourde et métallique, comme après une grosse quinte de toux. Mélangée à la peur, c’est très excitant. Il y en a qui croient qu’une pièce dans laquelle a été tué quelqu’un contient après coup une sorte d’énergie noire ou de malédiction. Je dis qu’il n’en est rien. Si on nettoie tout, qu’on peinture et qu’on rénove un peu, bref, si on fait attention, rien de tout ça n’est vrai.

Si la vie était plus comme dans les séries télévisées, je n’en serais pas là. On nous présente des forces de l’ordre avec des individus intelligents et des criminels qui paniquent et laissent des tonnes d’indices. Mais la réalité est tout autre. Les policiers sont des gens beaucoup moins brillants que la moyenne. Comme dans tout domaine, les meilleurs accèdent à des échelons plus élevés: les forces spéciales, espionnage, antiterrorisme, etc. Les enquêteurs au bas de l’échelle sont bornés et leur meilleure érection c’est quand ils pensent à leur pouvoir sur une population qui n’est pas armée.

Alors, imaginez quelqu’un qui sait ce qu’il fait, du choix des proies jusqu’au lestage des cadavres. Choisir des gens sans histoire, sans moyens, sans pouvoir. Des gens dont si personne n’entend parler pendant une semaine, c’est là tout à fait normal. Je préfère les gens sains, ils goûtent meilleur. Les plus jeunes, surtout. Pensez à la moelle du meilleur osso buco que vous avez mangé et vous êtes encore loin de la vérité.

Je peux faire ça encore 20 ans avant de passer à autre chose.

Top chrono

Top chrono… On chante, on danse, on fait toutes sortes de choses sans pour autant savoir où on s’en va…

Faut que j’appelle la banque. Transfert de fonds, factures à payer, argent à économiser, REER à remplir. C’est le temps de faire les impôts, faut que je me déniaise, la date limite arrive bientôt. Est-ce que j’ai des livres à renouveler? Surement. Je pourrais vérifier maintenant, mais bof… Au pire se sera quelques sous supplémentaires à payer. Encore l’argent…

J’ai hâte à la fin de semaine, d’être en vacances, de pas avoir à travailler. Travailler pour vivre, quelle drôle d’idée. On devrait plutôt vivre pour travailler… ce n’est pas demain la veille.

Épicerie. Faut que j’achète de la bouffe pour mon chat, préparer la liste d’épicerie pour samedi. Planifier les soupers de la semaine: chili? Escalope de veau? Porc? Poulet? Poisson? Steak? Il faut que le souper de lundi me fasse des restes pour mon souper de mardi. Faudrait que je fasse le ménage du fridge, y’a l’air ben plein, mais j’ai l’impression qu’il y a pas grand-chose de bon.

Ménage. Je suis dû pour les planchers, faut vraiment que je fasse le ménage de ma chambre: plier le linge qui s’empile. Laver les draps. C’est drôle moi aussi il faut que je change de matelas. Peut-être que je dormirai mieux. Peut-être que j’aurai un peu moins mal en me levant. Je serais sûrement plus confortable.

Quand on y pense, c’est quand même long 15 minutes.

Hockey. Qui gagnera la coupe?? Pittsburgh est en train de se faire ramasser, Vancouver aussi. Va-t-il y avoir une équipe canadienne qui passera en deuxième ronde?? Probablement pas. C’est supposé être notre sport… La saison achève, ça annonce le début de l’été.

Été. La chaleur, le soleil, j’ai hâte de me faire bronzer! Nager! Pique-niquer! Faire du vélo! L’été est mieux d’être long et chaud. Le temps passe trop vite. Ce sera l’hiver avant qu’on ait le temps d’en profiter.

Blanc… j’ai pu rien à dire… vivement qu’arrive la fin, encore quatre minutes pour remplir le vide. Je pourrais compter, ou réciter l’alphabet. Mais à quoi bon…

Obligation d’écrire, obligation de lire, obligation de travailler, obligation d’économiser, obligation de planifier, obligation de respirer… Quand est-ce que l’obligation de relaxer arrive? Le temps file et défile et on répète notre routine, on répète l’histoire. On ne change rien.

C’qui passe

Une éclipse sur ma rétine
Depuis ce jour marqué
Comme un bras dévoré
Par un loup ou un grizzly
Pu rien comme hier

Ce jour-là
Ma tête un oeuf de calibre gros
Sur le bord du bol fendu
Un 12 tronçonné
Sur la tempe
Nouveau destin dessiné

Une flaque de vouloir
Un soupçon d’espoir
Des tonnes de pas possible
Un char de déception

Pas vite. Toi non plus
Deux crevettes dans un marathon sous-marin
Comme le jaune, crevés
Pas la couleur de nos maillots

Courir? J’pense pas
Suivre le lapin blanc
S’il passe dans ma rue
Un matin d’printemps
Dans le blanc des yeux

Testament

Je lègue mon chien à Papa Rock, et tous mes écrits (journaux depuis la 1ere année, lettres inachevées…) à Maman.
Ma lampe rouge en verre à Maria.
Nardo à Isabelle.
Mes bottes de cowboy rouges à Julie, ainsi que la perruque de Casserole.
Vous trouverez ci-joint une liste de mes 500 vinyles, chacun ayant été attribué à quelqu’un après mûre réflexion et écoute profonde. Vous les écouterez en lisant les notes personnelles que je vous y ai laissées.
Une enveloppe est adressée à Julie afin de fermer tous mes comptes, ou adresses électroniques.
Pour le reste de mes choses, je vous ai mis en équipe, par priorité de coeur.
Dévalisez! Et donner le reste aux pauvres.

Je veux une messe, une vraie. Pas que je crois au royaume des cieux, mais ça permet une vraie coupure, un passage à autre chose. J’y tiens.
Je veux y être de corps, dans une simple boite de bois construite par Patrick. En plywood, ou n’importe quoi de plus cheap. La boite sera ouverte ou fermée, à votre discrétion.
Vous me transporterez au Cheval Blanc pour y faire la fête. Un seul soir. La boite sur la scène.
Vous n’aurez pas à vous souciez de la musique: j’ai déjà fait l’enregistrement des chansons qui m’ont plues, lesquelles vous feront peut-être pleurer ou rire, mais sans aucun doute penser à moi.
Un doorman a été engagé. Une liste noire de gens méchants ou hypocrites y figurent. Ces personnes ne viendront pas pleurer quelqu’un qu’ils n’ont pas aimé. Ils n’entreront pas au Cheval.

Je veux une fête, une grande fête. Comme un anniversaire, un spectacle, comme un party du 25e du Cheval Blanc.
Bières! Shooters! Bons vins!
Prenez la parole, pour dire du bien ou du mal.
Mais surtout, ne pleurez pas trop. Quand on nait, c’est inévitablement pour mourir.
Le lendemain, je serai enterrée auprès de ma famille.

On se retrouvera bien quelque part.
Amour, et à bientôt!!

De 10h48 à 11h03

Je n’ai que quinze minutes.  Ne cherche pas à comprendre.  Je ne m’écoute plus moi-même.  Le printemps n’en finit plus de nous aguicher.  Ils parlent du printemps québécois, un peu partout aux nouvelles.

Je devrais cesser d’écrire et réfléchir à ce que je veux te dire.

Un camion passe.  Un avion dans le ciel.  La voisine d’en-haut déplace des meubles en s’assurant de faire le plus de bruit possible. Elle est très attentionnée à ce niveau-là.

Déjà deux minutes envolées, remplies de vacuité.

Je vais faire un test et me mettre à écrire à la troisième personne du singulier.  À l’imparfait. Pour te jouer un tour. Lire la suite « De 10h48 à 11h03 »

Berceuse

La fatigue. Celle ressentie de force, calmement, sans choix. Celle d’où coule une flaque de bave bien épaisse et une inconscience aussi épaisse. Dormir à la place de mourir, comme le faire juste un tout petit peu, pour essayer voir si on aime ça. Sauf qu’on a pas peur de dormir, c’est donc pas tout à fait la même chose. Dormir pour arriver plus vite à demain, comme solution. Ne pas avoir le temps de dormir, aimer plus le café que ton lit. Être obligé de dormir, et haïr les obligations. Haïr les preuves trop faciles qu’on est pas vraiment libre. Prendre des pilules pour défier les obligations, pour se sentir au dessus de ça. Se rendre compte qu’on vieillit. S’acheter un lit en douze paiements faciles de 119.99$. Travailler plus pour dormir mieux, pas le contraire. Être fatigué quand même. Et le réveil comme une peine d’amour, la gorge nouée et les yeux enflés. Je me couche toujours avec la peur que le sommeil endormira pas ma conscience.