1er thème

Le thème:

– Tout est dans toute –

La contrainte:

Obligation de mentionner le titre d’une chanson

Bonne semaine!!

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Scotty et moi

On était assis tout en haut. Je regardais autour en attendant que ça commence. «Party Rock Anthem» flottait des hauts parleurs. L’air était électrique, chargé du murmure constant de milliers de gens qui jasent de tout et de rien, prédisent l’issue de la soirée et se trompent de manière générale. Je ne distinguais aucun visage. Les plus près de moi étaient de dos et ceux qui me faisaient face étaient placés beaucoup trop loin.

Ça nous avait coûté cher, mais on était quand même placé avec les pauvres, loin de l’action. Les canons à t-shirt ne tiraient pas jusqu’à nous, on nous imposait donc des jeunes femmes à la voix stridente en guise de divertissement. Elles nous faisaient hurler pour des objets gratuits fabriqués par de toutes petites mains, de la bière tiède et flatte (je suspecte un procédé spécial pour qu’il y ait moins d’éclaboussures lorsqu’on débouche la canette) ou la chance d’avoir un quatre secondes de gloire sur écran géant, entre deux logos de Viagra. Lire la suite « Scotty et moi »

Des problèmes…

Toujours la même histoire… des fois j’en ai plein la tête de ces problèmes.

Oubliez la gentillesse, la douceur, la sympathie, c’est fini… moi je ne joue plus.

Ultimement, vous allez le regretter, vous allez prier pour le retour des temps heureux, de la vie sans pression.

Tôt ou tard, vous allez réaliser que la vie n’est pas facile pour personne et que ça m’inclut moi.

 

Encore une fois, j’aurai l’air d’une dégénérée, d’une marâtre avec sa règle, prête à donner des coups sur les doigts.

Seulement, ce n’est pas moi qui a provoqué cette situation, moi je ne fais que ce qui m’a été demandé.

Tel le martyr qui porte sa croix, me voilà pliée sous le poids de mon fardeau.

 

Don’t worry be happy, plus facile à dire qu’à faire, si seulement tout le monde pouvait essayer un peu.

Après tout, si moi j’y arrive, les autres peuvent surement faire un petit effort, non?

Néanmoins, je ne suis pas sortie du bois, avec toutes ces embrouilles.

Selon moi, il risque d’y avoir des têtes qui vont rouler.

 

Techniquement, je pourrais toujours poser le blâme sur quelqu’un d’autre.

Objet de mon mépris, qui n’aura pas assez de volonté ni même de courage pour résister.

Un bouc-émissaire pour recevoir la totale des mécontentements.

Tant pis si ça ne lui plaît pas, moi ça me soulagerait de ces problèmes.

Et puis, il n’aura qu’à trouver une meilleure solution!

T__T __T ____ T__T_

(ou histoire à 45 T)

Les temps sont durs…
Tant d’étalons sans talent
Trop de têtus troublés
Trombe de tristesse

Tout ce temps dans mes hauts talons
Étaler mes tresses dans tes traces
Trébuchant dans la fleur du tapis
Tu m’aimes-tu me trotte dans la tête

Toi…
T’as tout pour toi
Tu me tues mais je me taies
Tant pis

Je suis une fille d’attente.

Des journées de même

Tu sais, le genre de journée où tu les as tous dans le cul?

Avant même de te lever, t’es déjà dans de beaux draps… T’as la tête dans le cul pis t’as même plus de café à mettre dans ta Breville… Tu cherches tes clefs comme si tu cherchais une aiguille dans une botte de foin. T’as besoin qu’on te parle dans le casque, ou qu’on arrête de penser que t’as une poignée dans le dos, n’importe quoi, pourvu que ça fesse dans le dash.

Tu te dis que quelque part dans le monde, y en a un qui a des étincelles dans les yeux, mais pas toi. Pas c’te jour-là. T’aimerais mieux être mongole comme ta voisine avec son grain dans la tête que de vivre cette journée-là. T’as la maudite impression d’avoir oublié un plat dans le four, de ne pas avoir éteint ta cigarette dans le cendrier.  Tu sais, quand ça va pas bien?

Comme quand t’as un ostie de bout de viande pris dans les dents, mais que t’as plus de soie dans la pharmacie? Ou comme quand t’es célibataire et tout ce que tu souhaiterais c’est une queue dans ta chatte, mais non, rien, même plus de piles dans ton vibrateur.

T’as l’impression, encore, de pédaler dans le beurre.

Tu veux juste une dernière gorgée dans ton verre, mais y a même plus de vin dans la bouteille.

Pas de nuage dans le ciel.

Tu fredonnes Les Mains dans l’huile avec une envie de te mettre une paille dans le nez, de te tirer une balle dans la tête, de sauter dans le vide… « Pourquoi j’suis toujours dans la marge? Pourquoi j’mettrai jamais ma main sur le magot qui traîne dans le coffre? » Quand tu te sens comme ça, t’aurais le goût de glisser ton corps dans un cercueil ou tes pieds dans le sable, mais comme de fait, t’as pas une ostie de cenne dans ton compte de banque…

Alors tu retournes dans ton lit, avec ta maudite toune dans la tête… Pis tu te rappelles que même si Dieu est partout, faut pas mettre tous tes œufs dans le même panier. Parce que dans la vie, on en a tous, des journées de même.

La plénitude du néant

Au commencement du monde, tout se pouvait parce que rien n’était encore.  Au creux de l’univers, l’entièreté des jours à venir se tenait tranquille, des millénaires lovés plein le ventre, prêts à naître et à devenir. Tout était là, avant même d’exister. Hypothétique, déconstruit, désorganisé, plein.  Plein de vide.

Par un mystérieux concours de circonstances une suite a suivi (et on l’imagine à peine) : éboulements d’atomes, substances en fusion, débordements de cellules lascives, magma de fluides, forge de métaux. À grands renforts de trucs palpables tout s’est lentement construit pour se révéler, en bout de ligne, appréciable d’un point de vue sensoriel.

Le vide s’est effacé.  Comme les villes s’érigent dans les champs, comme les mots se déposent sur la page, la léthargie s’est transmutée peu à peu en un zèle effervescent qui a fait du vide un espace plein.  Cette plénitude, en équilibre sur son zénith bien temporaire, aspirera elle aussi un jour à ne plus être, à s’effacer; lentement, elle se consumera pour se purifier de ses excès, pour s’alléger du poids trop lourd du trop de tout.

Tel un élastique en expansion tendu presque à se rompre, le fil des jours filera bien vite vers son inertie originelle, attendre tranquillement son prochain saut, cette possible autre vague vertigineuse de rien vers plein, puis de plein vers plus rien.

Le début, toujours, contient la fin.  Avant même de jaillir du bout des doigts à force de frappes, les mots, déjà, valsent dans les têtes, hypothétiques, désorganisés, déconstruits, vides.  Vides de sens.  La suite s’amène alors, bien sûr, encore un coup du fameux concours de circonstances. Et puis des yeux, à tout hasard, en tous lieux, à une certaine époque, en constateront le résultat.

Un jour pourtant rien n’aura plus de sens pour personne. Ou plutôt, personne ne sera là pour donner un sens à rien. Certes tout sera disparu, mais au fond, au fin fond du creux de l’univers, tout sera là, encore.  Et c’est ce qui fait la beauté de tout.

Tout est dans la plénitude du néant.

Mère grand? Est-ce vous?

Ça avait pris un objet inusité au fond de la boîte de carton carrée de riz frit pseudo-chinois au poulet qu’il avait acheté à l’épicerie pour que ça lui revienne. Simon avait presque fini d’engloutir la substance brune, collante, grasse et parsemée de rares petits pois verts lorsque son œil avait été attiré par une boule vert menthe. Il avait saisi la petite masse informe et dure entre ses doigts pour constater avec horreur qu’il s’agissait d’une gomme mâchée, probablement une Trident verte, la préférée de feu sa grand-mère. Comme il était seul à l’appartement, l’idée de crier son désarroi et de clamer son outrage lui sembla inutile et ridicule. Il demeura immobile quelques secondes, la petite boule graisseuse entre le pouce et l’index. Il plissa les yeux pour lire l’adresse de l’entreprise inscrite en pattes de mouche sur le côté de la boîte : ça provenait de Montréal. Il fut quelque peu soulagé; il n’avait plus faim, il s’était fait refiler de la nourriture contaminée à la salive d’inconnu, mais au moins, c’était un inconnu qui habitait sur l’île. C’était le seul élément positif qui lui était venu à l’esprit.

Trois scénarios envisageables. Le premier était celui de l’adolescent travaillant dans une usine ultra sophistiquée, astiquée de toutes parts, où défilaient des milliers de boîtes de carton sur un tapis roulant toujours en marche. Premier arrêt, le riz blanc, deuxième arrêt, le gras brun, troisième arrêt, le poulet séparé mécaniquement, quatrième arrêt, les quelques petits pois de catégorie B (ceux qui sont indignes des marques de petits pois de luxe). Quelque part avant l’étape du riz blanc, le jeune homme, dont la tâche consistait à surveiller le tapis pour éviter les carambolages de riz frit, la démarche leste, de gros écouteurs sur les oreilles et une gomme dans une joue, s’était fait donner une grande claque dans le dos par un de ses potes de travail, ce qui avait eu pour effet de projeter la petite masse humide directement au fond d’une boîte. Les deux gars avaient jeté un coup d’œil inquiet autour d’eux, puis s’étaient esclaffés d’un grand rire stupide.

Seconde possibilité, le riz était issu d’une production artisanale illégale. Dans un grand local éclairé au néon, pratiquement non chauffé l’hiver et assurément non climatisé l’été, des centaines d’immigrants asiatiques venus à Montréal en quête d’une vie meilleure s’étaient retrouvés forcés à travailler dans des conditions de misère sous le joug de passeurs affiliés au crime organisé. Des hommes, des femmes, des enfants et des vieillards s’évertuaient à frire le riz dans d’immenses wok chauffés à la flamme vive, nuit et jour, sans répit. Une petite vieille voûtée souffrant d’arthrite et de rhumatismes, les yeux noyés de larmes tandis qu’elle se remémorait les jours paisibles et ensoleillés de bonheur simple vécus il y a belle lurette dans son village natal, avait retiré la petite gomme de sa bouche fatiguée de mâcher et l’avait dissimulée dans un des contenants de carton avant d’y verser deux louches de riz frit. Elle savait que ses chances de réussite étaient minces, mais avait espoir que si quelqu’un portait plainte, un inspecteur de l’agence d’inspection des aliments serait dépêché sur les lieux et obligerait la fermeture de l’usine sur-le-champ. Elle en rêvait chaque soir, et malgré les risques de se faire brutaliser par le patron s’il la surprenait, elle avait accru la cadence à trois gommes par semaine.

Ou elle avait été placée là par un misanthrope. Un homme gris, peu scrupuleux, qui travaillait à temps partiel dans une fabrique de bouffe pour pouvoir se payer une caisse de bière le vendredi soir et qui n’avait rien à cirer des hypothétiques « clients », de tristes mangeurs de nourriture dégueulasse pour qui il n’avait aucun respect. Il lui arrivait de manger de la gomme en travaillant, et quand elle n’avait plus de saveur, il la jetait négligemment dans une des boîtes. Pas plus compliqué que ça.

Perdu dans ses pensées, Simon réalisa que l’image de sa grand-mère s’était émoussée au fil des ans. Il se souvint subitement d’un soir où elle lui avait demandé de s’asseoir à côté d’elle pour écouter une « très belle chanson ». Elle avait appuyé sur le bouton « play » du radiocassette et scrutait intensément sa réaction tandis que la voix désagréable d’un petit Français sur fond de cui-cui, de vocalises féminines et de synthétiseur emplissait la pièce. Et au moment où les yeux de son aïeule avaient commencé à s’emplir d’eau (quand l’enfant crie), elle s’était dirigée vers le garde-manger pour en sortir un paquet de gomme verte. Elle lui avait tendu un bâtonnet enveloppé de papier ciré tandis que L’arbre et l’enfant d’Alain Morisod achevait de lui donner froid dans le dos. Sa grand-mère avait semblé déçue qu’il ne pleure pas, mais n’en avait rien dit.

Simon tendit la boule à son chat qui la renifla avec dédain et tourna les talons. Il la scruta une dernière fois à la lumière, puis la glissa sur sa langue et l’avala d’un coup avant de sortir prendre l’air. Si la légende urbaine se révélait vraie, son souvenir mâchouillé subsisterait sept ans en lui avant de se décomposer.