l’ermitage de salon

Pendant que tout le monde en parle, j’enfile mon plus beau masque à l’argile pour séduire les sciences naturelles et je me pars en rafale documentaire. Plus la vie s’éclaircit, plus mon esprit fou étonné se précipite sur sa toile pour la retisser. Des milliards de nanoparticules plus grandes que moi.

dans le brouillard philosophique

La Dentisterie pour les Nuls

Les pauvres étouffent, croulent sous des coupures, pendant que les riches les regardent en riant, les dents pleines de chocolats fins.
Cocheneries. Mi-cuits. Nougats. Chocolats.
 

J’étouffe. J’en connais pas un qui respire ben.
Pourtant, la vente de chocolat bat son plein. 

Leurs rires gras résonnent dans les p’tites têtes.
La bave chocolatée coule sur le menton des plus cons qui se tapent les cuisses jusqu’à se brûler les poils.
Ils regardent le spectacle de milliards de petits têtards qui tentent de se sortir la tête de l’eau et ils rient, ils rient, ils rient. 

 
Pour les pauvres, pas de chocolats.
Ça fait carier les dents.
La dentisterie, c’est juste pour les pourris. 

Rumeur

Au coucher tout n’était que rumeur

On disait

La nouvelle était d’importance – d’une rare et grave importance – mais aucune confirmation n’était possible pour le moment

J’ai quand même bien dormi – j’ai rêvé que je faisais de la bicyclette – ensuite qu’un ours se couchait sur moi – bon dieu qu’il était lourd

Au matin – devant mon café – devant la télé – la nouvelle était encore incertaine

Dans le taxi – à la radio – on employait toujours l’imparfait ou le conditionnel – j’ai toujours eu du mal à différencier l’un de l’autre

Dans la rue qui me menait au travail – on discutait de la chose – que ce soit sur le trottoir ou dans les cafés

On imaginait le pire – on échafaudait tous les scénarios possibles – même l’inimaginable

Au travail aussi – tout le monde en parlait

Que ce soit au téléphone – par courriel – ou par tweet – la ville était une vraie basse cour

Le suspense à duré comme ça toute la journée

On a condamné – compris – excusé – exécuté

Chacun fut juge du procès de l’autre

Puis vint le téléjournal de fin de soirée – celui de 22 heures

Tous en haleine

Tous devant le petit écran de 47 pouces

Mais la rumeur……………..resta rumeur

Tout l’imbroglio fut démenti

Tout comme la veille

Au coucher – rien ne fut confirmé

J’ai quand même bien dormi – j’ai fait un rêve érotique – ensuite je me suis élancé dans le vide – sans parachute

Au matin – devant la télé – je prenais à nouveau mon café

Rumeurs et tremblement

Je me suis levé un peu endormi aujourd’hui. Je prends mon café tranquillement, mes sens s’éveillent.

Au bureau, il y a peu d’employés, je suis toujours l’un des premiers.

Chacun est concentré à sa tâche. Je vérifie les derniers courriels entrés. Un est plus important: il est possible qu’une nouvelle sorte aujourd’hui dans les médias, même si tout à été fait pour en minimiser une divulgation possible. Et si on entend quoi que ce soit, on doit avertir notre superviseur. Je m’informe auprès des autres ? Tout le monde extrapole, tout le monde suppute même si pour l’instant on ne sait, pour ainsi dire, rien.

À la pause, autour de la machine à café, c’est le gros sujet de discussion. Qu’elle est cette fameuse information qui pourrait faire grand bruit ? On revient sur les dernières actualités du jour et personne ne voit vraiment : aucun esclandre, aucune annonce gouvernementale d’importance n’est attendue.

La journée se poursuit selon son train-train habituel de bureau. On sent tout de même une tension voilée car il y a quand même beaucoup de mouvements entre les bureaux.

Vers la fin de la journée, notre superviseur fait un dernier tour de reconnaissance et s’informe avant de quitter si nous avons du nouveau : rien en particulier.

Il y avait bien cette histoire mais elle est trop insolite, comme une publicité d’une mauvaise télé-réalité : un milliardaire qui a avoué que pendant 30 ans il avait commis des meurtres sans se faire prendre. Le plus particulier c’est qu’il a fait cet aveu par inadvertance lors d’une entrevue !

SMALL TALK

Dis moi.

Ça va?

Ta réponse brève et travestie me convient parfaitement.

Parce que j’entends une petite aigreur dans ta voix.

On dirait que tu ne dis pas la vérité, que tu as été écorchée.

Tu poses des gestes de tendresse qui viennent du malheur de l’absence.

Nous sommes tous seuls, rassure toi.

Mais je n’ai pas le temps d’en parler maintenant, ce n’est pas une bonne heure.