La Mécanique du Bonheur

15 mai 2008

Je prends le temps de t’écrire… Ça fait partie de la guérison, il paraît.

À ton arrivée, tu ne me retrouveras pas à la maison.
Tu ne me retrouveras plus jamais.
Je t’ai quitté.
J’ai ramassé mes affaires, coupé le cellulaire, pis je suis partie. Comme j’aurais dû le faire y’a longtemps, trop longtemps…

J’peux ben te dire que je me suis trouvé un petit shack, pas d’électricité ni rien. C’est là que je vais guérir, c’est là que je vais t’oublier. Effacer ton visage de ma mémoire, laver mon corps de tes coups. Panser mes blessures. Sentir la douceur du vent, au lieu de tes grosses mains sales de mécanicien, qui me palpent ou me talochent.

Tu diras à tes chums que tu aurais dû mieux « corriger ta petite salope », encore, comme toutes les fois où Monsieur n’avait pas son bonbon au retour du boulot, comme toutes les fois où tu ne trouvais pas ton steak assez saignant. Bleu, c’est comment tu veux ton steak, et non pas ce que tu devrais faire apparaitre sur mon corps.

Tu ne m’aimes pas. Quand on aime quelqu’un, on ne le frappe pas.
Je ne t’en veux pas. Je m’en veux à moi, d’avoir enduré tes colères, trop souvent pour des riens. De ne pas être partie plus tôt. D’avoir eu envie d’en finir… De ma vie, de cette violence. De t’avoir donné une sorte de pouvoir sur moi, comme si je commençais à te croire quand tu me traitais de salope, quand tu me traitais de grosse, de bonne à rien.
Mais je ne te crois pas.
Et tu ne mérites pas.
Pas mes larmes, pas ma peine, pas ma pensée.
Tu ne mérites même pas d’être un souvenir.

À ton retour de la shop, j’aurai déjà roulé plus de huit heures.
J’me demande ben qui tu vas frapper en lisant ça, et je souris parce que ce ne sera pas moi.
Moi, je serai loin, et bien, et seule. Et lorsque guérira ce bras cassé, que ma peau aura retrouvé sa couleur de pêche et que le sang sera à jamais lavé, je t’oublierai.

Moi aussi, j’peux faire de la mécanique. Pour mon bonheur.

Sarah

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Je désobéis

Bonjour Monsieur Charest,

Je m’appelle Maude. J’ai trente ans.

Je suis pourrie côté politique, sans doute autant que vous l’êtes côté humain.

Vous savez, Monsieur Charest, je ne suis  même plus étudiante. Je n’ai pas fini mon baccalauréat pour plein de raisons, mais entre autres parce que ça coûtait trop cher. Il y en a qui sont vraiment doués, plus que moi, et qui travaillent en plus d’étudier, mais pour moi, c’était trop. Je n’ai pas beaucoup d’énergie vous savez…  Et ça coûte cher, vivre. Manger, payer son loyer, se déplacer…  J’oubliais… vous n’avez surement aucune de ses angoisses de la vie qui nous coûtent chères à nous, en bras, en larmes, en temps, en argent, en énergie…

Je ne comprendrai jamais rien à la politique, mais j’ai comme la drôle d’impression de me faire fourrer.  Je me sens violée, Monsieur Charest. Est-ce normal? Bien que je n’ai pas voté pour vous, il me semble que le rôle d’un ministre, c’est de faire avancer les choses, de protéger son peuple, de l’aider. Souvent, on entend que les viols sont commis par des proches. Par des gens en qui on avait confiance.  Vous nous violez, Monsieur Charest, et ça n’a pas l’air de vous déranger. Ça ne vous empêche pas de dormir? Moi, il y a des semaines que je n’ai pas fermé l’œil…

Depuis mes 18 ans, j’ai toujours voté. Je suis fière aujourd’hui de dire que jamais AU GRAND JAMAIS je n’ai voté pour vous. Je ne vous aime pas, Monsieur Charest.
Pas du tout.
J’ai pourtant tellement d’amour à donner.
Je ne comprends pas… Pourquoi on ne discute pas, pourquoi vous nous enlevez nos droits fondamentaux, pourquoi vous nous pulvérisez de gaz quand on vous crie que nous ne sommes  pas contents, qu’on en a plein le cul pour être franche, qu’on a  mal.

Moi, j’ai mal, Monsieur Charest. J’ai mal au cœur. Et pas parce que j’ai trop bu, bien que c’est ce que vous me donnez le goût de faire : boire pour oublier.  Oublier que nous ne sommes pas écoutés, pas compris.  Pour oublier que ça sent la guerre, là, dehors. J’ai mal à mon pays, à mon identité culturelle et il ne se vend pas de baume pour apaiser cette douleur. Je parle d’achat là, je viens d’avoir votre attention? Ce baume, Monsieur Charest, ça ne pourrait être que vous qui me le donnez, mais ça ne semble pas vous traverser l’esprit.

J’ai peur, Monsieur Charest. J’ai terriblement peur et ce n’est pas des étudiants. Je n’ai pas peur d’un peuple qui tente de rester debout malgré les coups de matraque. Je n’ai pas peur d’un peuple fier, qui lui n’a pas oublié ses racines. J’ai peur de vous, Monsieur Charest, de votre dictature, de vos armes, de votre inconscience. J’ai peur pour mon futur, pour mes futurs enfants… En tout cas, jusqu’à tout récemment, c’est ce que je désirais le plus au monde : faire des enfants. Maintenant, je ne sais plus…  Donner la vie à un être pur que vous détruirez? Que vous voudrez casser? Que vous empêcherez de s’exprimer, de parler, de marcher? Je ne sais plus, Monsieur Charest. Je ne sais plus si je veux donner la vie, des fois je me demande même comment je fais, moi, pour rester vivante dans ce pays que j’exècre de plus en plus. Ce pays qui me ressemble de moins en moins.

Nous ne sommes pas dupes, Monsieur Charest. Votre parfum, est-ce Corruption? Parce que ça sent fort, et ça ne sent pas bon.

N’entendez-vous pas qu’on n’en peut plus? On est épuisés, Monsieur Charest. On n’en veut plus, de votre Parti. De vos idées qui datent du Moyen-Âge. De votre mauvaise gestion. De vos mensonges. De votre mauvaise foi. N’entendez-vous pas le peuple crier haut et fort que c’est assez… Que vous devriez démissionner…

J’ai consulté un psychologue. Parce que j’suis pleine de rage en dedans, parce que ça me donne envie de m’ouvrir en deux pour que ça sorte. Je suis pleine de rage et ça me fait mal. Il m’a dit, mon psy, de sortir ma colère en pleurs au lieu de crier… Ça fait des semaines que je pleure et que je serre les poings, mais je ne frappe pas. Pas comme vous et vos policiers, payés  pour nous frapper. Pour nous gazer.
C’est vous, le violent, Monsieur Charest… Et arrêtez, je vous prie, de nous prendre pour des caves : on le voit bien que certains « casseurs » sont du SPVM… Je pense  à cette agente de la paix (sic), dont le matricule est 728, et aux autres comme elle qui sont une honte à ma race, une honte pour l’humanité… Je pense à ces forces de l’ordre violentes, qui nous poivrent, nous frappent, et je pleure Monsieur Charest. Savez-vous que je pleure depuis plusieurs jours? Vous l’ai-je dit que j’avais mal, que je souffre? Je ne sais plus à qui le dire, qui m’entend? Je n’ai pas le pouvoir comme vous, Monsieur Charest, pour faire changer les choses. Parce que si je l’avais, ce serait sans aucun doute l’agente 728 qui serait arrêtée et menottée. Comme tous les autres violents. La même sanction pour chaque Homme.

J’essaie de rester polie. Et j’essaie de ne pas devenir violente comme vous. J’essaie, je me retiens. J’essaie aussi de sécher mes larmes, de voir l’ensemble comme un grand vent qui se lève avec moi. Comme un grand souffle d’espoir qui finira bien par laver ce sol sale. Sale de mensonges, noir de honte. Ce sol qui sent la mort… J’ai le goût que ça sente la vie, moi, Monsieur Charest. J’ai hâte que les fleurs poussent. Et si je me souviens bien, les fleurs ne poussent pas dans le sang.

Je ne peux vous dire qu’une chose, Monsieur Charest :
Je souhaite de tout mon cœur qui souffre que nous ne plierons pas.
Que nous resterons debout.
Que vous croulerez avant nous.

Nous ne sommes pas des lâches, nous, Monsieur le Premier Ministre. Et si vous, vous avez oublié, moi je me souviens…

(Note de l’auteur: Je vous invite à copier/coller ce texte, à enlever mon nom et mon âge, mettre les vôtres, et à envoyer le tout au bureau de Monsieur Charest. Ensuite, changeons Charest pour Harper.)