Grâce à toi

Tu n’étais pas prévue ni souhaitée
mais depuis que tu es arrivée
tout le monde célèbre
et se rassemble
à cause de toi.

Ça sort sur les balcons,
dans les rues, les campagnes;
partout dans le pays
il y a du bruit
à cause de toi.

Tu n’es pourtant pas gentille.
Tu fais de la casse
de droits et libertés,
tu fais fi de la démocratie
mais grâce à toi plus sont unis.

Tu es la cerise sur le sundae
d’un gros coulis de corruption;
faut dire merci à Jean Charest
d’avoir fait du manque de jugement
sa spécialité.

Grâce à toi tous tapent bien fort
et bossent le dos de leurs casseroles
pour que demain s’embarrassent
et débarrassent (avec la crasse)
les fruits pourris

qui polluent le gouvernement.

Réponse à Denise Bombardier

En réponse à sa chronique du 26 mai 2012 intitulée: « La victoire de la rue » publiée dans Le Devoir.

Bonjour Mme Bombardier,

Ma maman m’a fait parvenir votre chronique ce matin, par courriel. Elle vous admire beaucoup, mais je remarque qu’elle a pris l’habitude de me faire part de vos textes lorsqu’elle a un doute sur vos positions. Oh, elle ne l’a jamais présenté ainsi, mais le geste finit inévitablement par un long échange téléphonique entre elle et moi. Je vous remercie de donner prétexte à des discussions très intéressantes et éclairantes entre elle et moi.

Ma mère vous admire parce que, comme elle, vous avez réussi à vous hisser comme figure d’autorité dans les sphères largement dominées par la gent masculine. Vous êtes une femme intelligente, vous avez une carrière impressionnante et l’estime de plusieurs. D’une certaine manière, vous êtes une pionnière, une courageuse, qui prend position sur des sujets difficiles, parfois tabous.

Cependant, les dernières fois où je me suis aventurée à lire votre chronique, j’ai éprouvé un grand malaise. En ce qui concerne la plus récente, pour être franche, je ne sais même pas par où commencer pour présenter un argumentaire contre vos positions: il y a tant à dire. Je voulais juste vous signifier que vous me décevez beaucoup, car votre intellect si affûté semble servir à propager des idées démagogiques, paternalistes et méprisantes envers la situation québécoise actuelle.

Je voulais vous rassurer: n’ayez pas peur. Cette manifestation de solidarité est majoritairement pacifiste, festive, émotionnelle et un signe de bonne santé de notre société. Les multiples raisons pour descendre dans la rue, ou tout simplement sortir sur le balcon, sont énumérées dans les nombreux commentaires de vos lecteurs. Il est beaucoup plus sain de dire collectivement ‘assez!’ que de se taire et d’obéir aux matraques.

Cordialement,

Julie Kurtness,
Montréal

Je désobéis

Bonjour Monsieur Charest,

Je m’appelle Maude. J’ai trente ans.

Je suis pourrie côté politique, sans doute autant que vous l’êtes côté humain.

Vous savez, Monsieur Charest, je ne suis  même plus étudiante. Je n’ai pas fini mon baccalauréat pour plein de raisons, mais entre autres parce que ça coûtait trop cher. Il y en a qui sont vraiment doués, plus que moi, et qui travaillent en plus d’étudier, mais pour moi, c’était trop. Je n’ai pas beaucoup d’énergie vous savez…  Et ça coûte cher, vivre. Manger, payer son loyer, se déplacer…  J’oubliais… vous n’avez surement aucune de ses angoisses de la vie qui nous coûtent chères à nous, en bras, en larmes, en temps, en argent, en énergie…

Je ne comprendrai jamais rien à la politique, mais j’ai comme la drôle d’impression de me faire fourrer.  Je me sens violée, Monsieur Charest. Est-ce normal? Bien que je n’ai pas voté pour vous, il me semble que le rôle d’un ministre, c’est de faire avancer les choses, de protéger son peuple, de l’aider. Souvent, on entend que les viols sont commis par des proches. Par des gens en qui on avait confiance.  Vous nous violez, Monsieur Charest, et ça n’a pas l’air de vous déranger. Ça ne vous empêche pas de dormir? Moi, il y a des semaines que je n’ai pas fermé l’œil…

Depuis mes 18 ans, j’ai toujours voté. Je suis fière aujourd’hui de dire que jamais AU GRAND JAMAIS je n’ai voté pour vous. Je ne vous aime pas, Monsieur Charest.
Pas du tout.
J’ai pourtant tellement d’amour à donner.
Je ne comprends pas… Pourquoi on ne discute pas, pourquoi vous nous enlevez nos droits fondamentaux, pourquoi vous nous pulvérisez de gaz quand on vous crie que nous ne sommes  pas contents, qu’on en a plein le cul pour être franche, qu’on a  mal.

Moi, j’ai mal, Monsieur Charest. J’ai mal au cœur. Et pas parce que j’ai trop bu, bien que c’est ce que vous me donnez le goût de faire : boire pour oublier.  Oublier que nous ne sommes pas écoutés, pas compris.  Pour oublier que ça sent la guerre, là, dehors. J’ai mal à mon pays, à mon identité culturelle et il ne se vend pas de baume pour apaiser cette douleur. Je parle d’achat là, je viens d’avoir votre attention? Ce baume, Monsieur Charest, ça ne pourrait être que vous qui me le donnez, mais ça ne semble pas vous traverser l’esprit.

J’ai peur, Monsieur Charest. J’ai terriblement peur et ce n’est pas des étudiants. Je n’ai pas peur d’un peuple qui tente de rester debout malgré les coups de matraque. Je n’ai pas peur d’un peuple fier, qui lui n’a pas oublié ses racines. J’ai peur de vous, Monsieur Charest, de votre dictature, de vos armes, de votre inconscience. J’ai peur pour mon futur, pour mes futurs enfants… En tout cas, jusqu’à tout récemment, c’est ce que je désirais le plus au monde : faire des enfants. Maintenant, je ne sais plus…  Donner la vie à un être pur que vous détruirez? Que vous voudrez casser? Que vous empêcherez de s’exprimer, de parler, de marcher? Je ne sais plus, Monsieur Charest. Je ne sais plus si je veux donner la vie, des fois je me demande même comment je fais, moi, pour rester vivante dans ce pays que j’exècre de plus en plus. Ce pays qui me ressemble de moins en moins.

Nous ne sommes pas dupes, Monsieur Charest. Votre parfum, est-ce Corruption? Parce que ça sent fort, et ça ne sent pas bon.

N’entendez-vous pas qu’on n’en peut plus? On est épuisés, Monsieur Charest. On n’en veut plus, de votre Parti. De vos idées qui datent du Moyen-Âge. De votre mauvaise gestion. De vos mensonges. De votre mauvaise foi. N’entendez-vous pas le peuple crier haut et fort que c’est assez… Que vous devriez démissionner…

J’ai consulté un psychologue. Parce que j’suis pleine de rage en dedans, parce que ça me donne envie de m’ouvrir en deux pour que ça sorte. Je suis pleine de rage et ça me fait mal. Il m’a dit, mon psy, de sortir ma colère en pleurs au lieu de crier… Ça fait des semaines que je pleure et que je serre les poings, mais je ne frappe pas. Pas comme vous et vos policiers, payés  pour nous frapper. Pour nous gazer.
C’est vous, le violent, Monsieur Charest… Et arrêtez, je vous prie, de nous prendre pour des caves : on le voit bien que certains « casseurs » sont du SPVM… Je pense  à cette agente de la paix (sic), dont le matricule est 728, et aux autres comme elle qui sont une honte à ma race, une honte pour l’humanité… Je pense à ces forces de l’ordre violentes, qui nous poivrent, nous frappent, et je pleure Monsieur Charest. Savez-vous que je pleure depuis plusieurs jours? Vous l’ai-je dit que j’avais mal, que je souffre? Je ne sais plus à qui le dire, qui m’entend? Je n’ai pas le pouvoir comme vous, Monsieur Charest, pour faire changer les choses. Parce que si je l’avais, ce serait sans aucun doute l’agente 728 qui serait arrêtée et menottée. Comme tous les autres violents. La même sanction pour chaque Homme.

J’essaie de rester polie. Et j’essaie de ne pas devenir violente comme vous. J’essaie, je me retiens. J’essaie aussi de sécher mes larmes, de voir l’ensemble comme un grand vent qui se lève avec moi. Comme un grand souffle d’espoir qui finira bien par laver ce sol sale. Sale de mensonges, noir de honte. Ce sol qui sent la mort… J’ai le goût que ça sente la vie, moi, Monsieur Charest. J’ai hâte que les fleurs poussent. Et si je me souviens bien, les fleurs ne poussent pas dans le sang.

Je ne peux vous dire qu’une chose, Monsieur Charest :
Je souhaite de tout mon cœur qui souffre que nous ne plierons pas.
Que nous resterons debout.
Que vous croulerez avant nous.

Nous ne sommes pas des lâches, nous, Monsieur le Premier Ministre. Et si vous, vous avez oublié, moi je me souviens…

(Note de l’auteur: Je vous invite à copier/coller ce texte, à enlever mon nom et mon âge, mettre les vôtres, et à envoyer le tout au bureau de Monsieur Charest. Ensuite, changeons Charest pour Harper.)

Lettre citoyenne au 100e jour du conflit étudiant

Cher concitoyenNE,

Je t’écris parce qu’au fil des jours (rouges de plus en plus noirs) j’ai réfléchi longuement sur notre Québec. Je ne suis qu’une citoyenne parmi tant d’autres, je ne détiens aucune vérité, mais je questionne tout, et maintenant, je veux te faire part de mes réflexions.

Le Québec se distingue par ses valeurs sociales de justice et d’équité. Elles ont été acquises au fil du temps grâce aux citoyens qui se sont levés avant nous pour réclamer ces droits, pour que s’améliorent leurs conditions de vie et que nous puissions aujourd’hui en bénéficier.

Comme dans un couple, dans une société, chacun doit faire sa part. Mais il y a des éléments sacrés dans un budget dans lesquels on ne peut pas couper si on veut rester en santé. L’éducation fait partie de ceux-là. L’éducation est un gage de santé pour une société. À tous les niveaux. Moins de pauvreté. Moins de criminalité. Meilleure santé générale = moins de frais de santé pour le gouvernement.
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